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Le récent partenariat entre Larsen & Toubro (L&T) et l’américain General Atomics Aeronautical Systems Inc. (GA-ASI) pour la production en Inde de drones MALE (Medium Altitude Long Endurance) relance le débat sur la meilleure option économique pour répondre aux besoins indiens en systèmes aéronefs tactiques. Cette alliance, annoncée le 31 octobre, place L&T en position de favori pour un appel d’offres gouvernemental d’envergure évalué à environ 30 000 crores de roupies (plus de 3,5 milliards de dollars) portant sur 87 drones destinés à renforcer la surveillance et les capacités de frappe dans les espaces terrestres et maritimes.

Si cette collaboration s’inscrit pleinement dans l’esprit d’Aatmanirbhar Bharat — la politique d’autonomie industrielle indienne —, avec un fort accent sur la production locale et le transfert technologique, un point reste en suspens : quel modèle GA-ASI sera proposé pour concilier exigences techniques et contraintes budgétaires ? Le récent contrat de 2024 pour 31 drones de haute altitude (HALE) MQ-9B, d’une valeur totale de plus de 3,5 milliards de dollars, revient à environ 113 millions de dollars l’unité, un coût jugé exorbitant par certains observateurs qui s’interrogent sur la possibilité d’une version plus abordable de la famille MQ pour cette commande plus conséquente.

Selon Amit Kalyani, expert en aéronautique, « ce partenariat est un coup stratégique pour l’industrialisation locale, mais c’est le critère du coût qui sera déterminant ». L’appel d’offres impose en effet un contenu local minimum de 60%, une endurance supérieure à 30 heures et une capacité opérationnelle au-dessus de 10 500 mètres d’altitude environ. Le projet pourrait transformer l’écosystème des drones indiens, à condition de respecter des contraintes financières rigoureuses.

Cette collaboration s’appuie sur l’expertise industrielle de L&T, notamment acquise lors du montage du transport tactique C-295, et sur la solide expérience de GA-ASI, dont les systèmes comptent des millions d’heures de vol en zones de conflit. Le programme prévoit une production intégrale en Inde des plateformes issues de la série MQ, avec L&T chargé des cellules, de l’intégration et de la maintenance, tandis que GA-ASI fournira l’avionique, les capteurs et les charges utiles d’attaque. L’objectif est de créer un écosystème « plug-and-play » au service des trois armées indiennes, capable d’exécuter des missions ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance) en temps réel et des frappes de précision contre des cibles variées, des drones ennemis aux navires adverses.

Pour A.K. Gupta, vice-président exécutif Défense chez L&T, cette initiative représente « une fusion d’innovation et d’exécution », visant non seulement le contrat actuel de 87 drones, mais aussi à ouvrir la voie à l’exportation. Le Conseil d’Acquisition de la Défense indien a validé ce programme en août 2025, accélérant son processus au vu des tensions commerciales avec les États-Unis qui ont freiné d’autres importations.

Les offres sont attendues pour le premier trimestre 2026, avec des prototypes prévus en 2028 et une livraison complète pour 2032, ce projet pouvant générer environ 5 000 emplois dans les sites industriels de Talegaon et Coimbatore. La gamme MQ-ASI regroupe diverses plateformes : du haut de gamme MQ-9B SkyGuardian au plus tactique Gray Eagle (successeur du MQ-1C). GA-ASI a cessé la production du MQ-1 Predator il y a plus d’une décennie, ce qui limite les options bas coûts. Les experts avancent qu’une version adaptée du Gray Eagle Extended Range (ER) pourrait concilier performances MALE et budgets plus serrés, d’autant que l’armée américaine commence à retirer progressivement ce modèle au profit de systèmes de nouvelle génération.

Aspect MQ-9B (Contrat précédent) Gray Eagle ER (Supposé pour l’appel d’offres)
Coût unitaire (estimation) 100-130 M$ (système complet) 20-30 M$ (optimisé pour production locale)
Endurance / Altitude 40+ heures / 15 000 m (HALE) 25+ heures / 9 000 m+ (MALE)
Charge utile 1 750 kg (frappe/surveillance) 488 kg (ISR/frappe modulaire)
Spécificité indienne 31 unités, 3,5 Md$ au total 87 unités, objectif ~30 000 crores (~41 M$ par unité en moyenne)
Indigénisation Minimale (forte dépendance à l’import) 60% de contenu local via fabrication L&T

Avec l’absence de retour d’un MQ-1 Predator à bas coût, le Gray Eagle ER semble aujourd’hui la meilleure option à faible risque, capable d’offrir des « économies substantielles » grâce à des mises à jour logicielles comme le SC2 pour augmenter son rayon d’action. Proposé autour de 20 à 30 millions de dollars l’unité, son assemblage local permettrait de réduire de 30 à 40 % les coûts liés aux taxes à l’importation et à la logistique, se rapprochant ainsi de la limite budgétaire fixée par le gouvernement indien. D’autres concurrents comme Adani-Tapuchi, qui propose le drone israélien Heron TP, ou l’offre locale de Solar Defence, maintiennent la pression en promettant des coûts encore plus bas grâce à des chaînes d’approvisionnement entièrement implantées en Inde.

Des sources internes chez GA-ASI évoquent un « MQ hybride » développé spécifiquement pour l’Inde : une cellule Gray Eagle assortie des capteurs du MQ-9 pour conjuguer performances accrues et maîtrise des coûts. « La rentabilité découle de l’échelle et de la localisation, sans compromis sur les capacités », précise un porte-parole. Malgré cela, de nombreuses questions subsistent, d’autant que la concurrence des drones chinois Wing Loong, bien moins coûteux, s’intensifie dans la région.