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Dans un contexte de renforcement des relations bilatérales, l’ambassadeur indien aux États-Unis, Vinay Mohan Kwatra, a eu des discussions de haut niveau avec Jim Taiclet, PDG de Lockheed Martin, axées sur le renforcement de la coopération industrielle entre New Delhi et Washington. Cette rencontre, qui s’inscrit dans le dynamisme croissant des partenariats de défense entre l’Inde et les États-Unis, a mis en lumière le rôle crucial des entreprises américaines dans la promotion de l’initiative indienne Atmanirbhar Bharat (Inde autonome), en particulier dans les secteurs aérospatial et manufacturier.

Kwatra a partagé sur le réseau X les perspectives issues de cet échange productif, soulignant l’alignement stratégique entre les deux parties. « Rencontré Jim Taiclet, PDG de Lockheed Martin. Une conversation très fructueuse sur la coopération industrielle Inde-États-Unis, notamment dans le cadre de nos objectifs Atmanirbhar Bharat, pour lesquels les entreprises américaines de défense jouent un rôle clé. »

Ce dialogue intervient à un moment crucial pour l’Indian Air Force (IAF), qui modernise ses capacités de transport tactique dans le cadre du programme très attendu Medium Transport Aircraft (MTA). Lockheed Martin positionne activement son C-130J Super Hercules comme candidat principal à cet appel d’offres, qui prévoit l’acquisition de jusqu’à 80 appareils pour pallier le déficit significatif en moyens de transport tactique de moyenne capacité. L’IAF opère actuellement une flotte de 12 C-130J, achetés entre 2011 et 2013 dans le cadre d’un contrat historique de 1,5 milliard de dollars, première grande vente militaire américaine à l’Inde en plus de quarante ans, mettant fin à un gel imposé après l’essai nucléaire indien de 1974.

Un des piliers de l’offre Lockheed Martin réside dans son implantation industrielle indienne via Tata Sikorsky Aerospace Limited (TSAL), coentreprise avec Tata Advanced Systems Limited (TASL) basée à Hyderabad. TSAL joue un rôle clé dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du C-130, en fabriquant des aérostructures de cabine pour toutes les variantes du C-130 à l’échelle mondiale — un exemple concret du programme « Make in India ». Ce partenariat garantit non seulement un transfert de technologies et un développement des compétences, mais s’inscrit également parfaitement dans l’esprit d’Atmanirbhar Bharat, favorisant la production locale et les opportunités d’exportation.

« Les investissements de Lockheed en Inde, notamment dans la fabrication d’aérostructures et les compensations potentielles liées au programme MTA, en font un allié naturel dans notre parcours vers l’autonomie stratégique », a commenté une source de l’industrie de défense, reprenant l’esprit des discussions de Kwatra. La coentreprise a déjà livré plus de 200 ensembles structurels depuis 2010, développant une main-d’œuvre qualifiée et une chaîne d’approvisionnement robuste, facilement extensibles pour répondre aux besoins du MTA.

Malgré son avantage d’opérateur actuel et son expérience éprouvée — les C-130J de l’IAF ont totalisé plus de 50 000 heures de vol dans des missions variées allant de l’aide humanitaire aux opérations de forces spéciales —, le C-130J fait face à une concurrence féroce dans la compétition pour le MTA. Les autres prétendants majeurs incluent le C-390 Millennium d’Embraer, récemment renforcé par une alliance stratégique avec Mahindra Defence Systems annoncée le 17 octobre 2025, ainsi que l’A400M Atlas d’Airbus.

Les analystes considèrent que le C-130J est le « concurrent le moins innovant » et le moins compétitif en termes de coût pour ce programme de nouvelle génération. Son prix unitaire, situé entre 80 et 90 millions de dollars, le place derrière le C-390, doté de moteurs turbofan modernes, de coûts opérationnels presque deux fois inférieurs à ceux de l’A400M, et de meilleures performances sur pistes courtes, parfaitement adaptées aux terrains accidentés indiens. L’A400M, quant à lui, excelle dans le transport lourd (jusqu’à 37 tonnes) et la portée stratégique, mais présente un coût nettement supérieur, dépassant 150 millions de dollars, ainsi qu’une chaîne industrielle plus complexe.

Le C-390 d’Embraer a récemment remporté des contrats à l’international, dont une commande portugaise pour six appareils, et sa proposition « Made in India », via la coopération avec Mahindra, promet une intégration locale allant jusqu’à 80 %. Le ministère indien de la Défense compte publier la demande de propositions (RFP) d’ici la fin de 2025, en mettant l’accent sur l’interopérabilité, les compensations (au moins 30 % obligatoires) et l’alignement avec les objectifs nationaux d’autonomie industrielle.

Au-delà de Lockheed Martin, Vinay Mohan Kwatra a également rencontré simultanément David Turk, secrétaire adjoint américain à l’Énergie, pour aborder les questions de sécurité énergétique et de commerce, témoignant d’un progrès global vers un mini accord commercial. Ces discussions renforcent le cadre de l’iCET (Initiative on Critical and Emerging Technology), qui a permis de canaliser plus de 10 milliards de dollars dans la coproduction de défense depuis 2020.