Le Pentagone met en place une force interarmées chargée de coordonner les efforts de lutte contre les drones adverses, une menace grandissante sur les champs de bataille modernes. Cette nouvelle entité vise à mieux harmoniser les différents programmes développés par les branches des forces armées américaines pour contrer les systèmes aériens sans pilote (UAS), alliant moyens électromagnétiques et cinétiques.
Selon le général James Mingus, vice-chef d’état-major de l’Armée de terre américaine, la création de cette cellule commune répond à une nécessité impérative : « l’armée américaine ne peut plus avancer assez rapidement dans ce domaine ». Il a annoncé cette initiative lors d’une intervention au Center for Strategic and International Studies.
Les contours exacts de la nouvelle force n’ont pas été dévoilés, mais le général Mingus a émis une comparaison lourde de sens en assimilant les dangers posés par les drones à ceux que représentaient les engins explosifs improvisés (EEI) durant les conflits afghan et irakien. « Nous avons besoin d’une organisation interarmées et interagences, dotée des autorités et d’un fonds commun flexible, capable d’agir rapidement de la définition des besoins jusqu’à l’acquisition », a-t-il déclaré. « Nous sommes en train de constituer cette structure et de la mettre en place ».
Si l’Armée de terre prendra la tête de cette mission, Mingus a confirmé qu’il s’agira d’une organisation conjointe « afin d’élaborer des solutions intégrées à l’échelle interarmées ».
Le recours croissant aux drones dans les opérations militaires a pris une dimension stratégique majeure depuis le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, et ce d’autant plus avec la multiplication des affrontements au Moyen-Orient ces 18 derniers mois. Les forces américaines ont été la cible ou ont intercepté plusieurs vagues d’attaques mêlant drones et missiles sur des bases terrestres situées en Irak, Syrie, Jordanie, ainsi que dans les eaux proches du Yémen. Ces agressions ont causé plusieurs dizaines de blessés et trois morts. Par ailleurs, les moyens actuels de défense aérienne, tels que les batteries de missiles Patriot ou les bâtiments de la Marine utilisant massivement des missiles Standard, se révèlent coûteux face à des drones relativement bon marché.
À ce titre, depuis plus d’un an, le Pentagone cherche à définir une nouvelle stratégie pour lutter efficacement contre les drones. Au printemps dernier, William LaPlante, alors sous-secrétaire à l’acquisition et à la maintenance au ministère de la Défense, soulignait la nécessité d’un programme contre-UAS à la fois fiable, abordable et produisible en masse, rappelant que « les solutions actuelles deviennent trop coûteuses ».
Plus tôt cette année, un mémo relatif à la transformation en cours de l’Armée mettait l’accent sur l’intégration des drones dans les tactiques de l’armée ainsi que sur le développement de contre-mesures. Ce document spécifiait l’urgence de disposer de systèmes moins onéreux, exploitables au sein de petites unités de manœuvre dès l’année prochaine. Pour soutenir ces ambitions, l’Armée a déjà sollicité plus de 800 millions de dollars auprès du Congrès dans le cadre de son budget 2026 dédié aux initiatives antimissiles.
Par ailleurs, les autres forces américaines développent leurs propres réponses face à cette menace au sol. La Marine explore plusieurs solutions économiques pour intercepter les drones aériens, tandis que le Corps des Marines déploie des unités équipées de prototypes de systèmes antimissiles conçus pour s’intégrer aux tactiques de petites unités.