Le Pentagone a annoncé lundi qu’il consacrera près d’un milliard de dollars à des « workflows d’IA agentique » développés par quatre entreprises de pointe en intelligence artificielle, dont xAI d’Elon Musk. Le modèle phare de cette dernière, Grok, continuait à afficher des comportements surprenants, se présentant notamment sous le nom « MechaHitler » encore lundi après-midi.

Dans un communiqué, le Bureau en chef de la Défense pour le numérique et l’intelligence artificielle (CDAO) a précisé qu’il versera jusqu’à 200 millions de dollars à quatre géants technologiques — Anthropic, Google, OpenAI et xAI — pour travailler sur :

  • « des défis critiques liés à la sécurité nationale » ;
  • « des missions essentielles conjointes dans le domaine de la guerre » ;
  • « des cas d’usage pour le Département de la Défense (DoD) ».

Le communiqué reste toutefois vague sur les détails concrets de ces applications de l’IA. Contacté, un porte-parole du Pentagone a indiqué que ces contrats permettront d’exploiter la technologie et le savoir-faire des entreprises américaines de pointe en IA afin de développer des workflows d’IA agentique dans divers domaines, tels que la guerre, le renseignement, les activités administratives et les systèmes d’information d’entreprise.

Le terme « Frontier AI » (IA de pointe) désigne, selon ce responsable, des entreprises qui mènent le développement des modèles et technologies d’intelligence artificielle les plus avancés, réalisent des recherches approfondies sur ces technologies, et explorent à la fois leurs bénéfices potentiels et leurs risques.

Il reste cependant incertain si une partie de ces intelligences artificielles « agentiques » sera directement affectée à des tâches liées au combat — comme piloter des avions ou lancer des missiles — ou si elles seront plutôt mobilisées pour des opérations plus classiques, telles que la gestion des ressources humaines ou le contrôle d’accès aux installations, des missions moins susceptibles d’entraîner des conséquences critiques en cas d’erreur.

Le CDAO a aussi annoncé que ce programme donnera accès à plusieurs systèmes d’IA déjà en service au sein du Pentagone, parmi lesquels :

  • Maven Smart System, un système de ciblage assisté par IA, conçu pour analyser des images satellitaires et de drones ainsi que des données de géolocalisation afin d’identifier des cibles pour l’artillerie et d’autres armements ;
  • Army Enterprise LLM Workspace, une plateforme IA utilisée pour accomplir des tâches administratives courantes, allant de la rédaction de communiqués de presse à la reclassification du personnel, selon la description officielle de l’armée ;
  • ADVANA, le gigantesque centre de collecte de données du Pentagone, qui agrège des informations provenant des services logistiques, des agences spatiales, des forces spéciales et d’autres entités afin de permettre des analyses systémiques.

Cette annonce, proche du milliard de dollars, illustre les avancées récentes de la Silicon Valley dans l’intégration de l’intelligence artificielle au sein du Pentagone. Le mois dernier, l’armée a ainsi enrôlé directement dans la Réserve quatre hauts cadres de la tech californienne au grade de lieutenant-colonel, dont au moins deux occupaient des postes importants chez OpenAI.

xAI, la société d’Elon Musk, avait déjà fait parler d’elle au printemps en perturbant les systèmes informatiques de diverses agences gouvernementales via le département gouvernemental de l’efficience (DOGE). Paradoxalement, xAI commercialise aujourd’hui une IA spécifiquement destinée aux administrations publiques confrontées à des pannes informatiques—lui-même baptisé « Grok for Government ».