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Le Pentagone intensifie la production du radar AN/SPY-6, dans le cadre d’un programme pluriannuel à plusieurs milliards de dollars visant à équiper les futurs bâtiments de surface de la Marine américaine. Cette nouvelle phase de développement s’accompagne d’un appel à sous-traitants afin d’assurer la fabrication et la livraison de kits avancés pour le système SPY-6 dès l’année fiscale 2027.

Le radar AN/SPY-6, connu sous le nom de radar de défense aérienne et antimissile (Air and Missile Defense Radar – AMDR), est une technologie de pointe modulaire développée spécifiquement pour renforcer la supériorité aérienne et maritime. Déployé sur plusieurs plateformes navales américaines – destroyers de classe Arleigh Burke, porte-avions et futures frégates – il utilise une technologie novatrice au nitrure de gallium qui offre une sensibilité accrue pour détecter et suivre une large gamme de menaces, des avions furtifs aux missiles balistiques, même dans des conditions difficiles.

Intégré au système de combat Aegis, le SPY-6 améliore la coordination des défenses aériennes et antimissiles, fournissant des informations en temps réel pour un ciblage et un engagement précis, ce qui en fait un élément clé de la puissance navale future grâce à une architecture évolutive et ouverte, adaptable aux menaces émergentes.

Une avancée majeure pour la Marine américaine

Le SPY-6 marque une évolution substantielle par rapport à l’ancien radar AN/SPY-1, pilier du système Aegis depuis plusieurs décennies. La version AN/SPY-6[V]1 destinée aux destroyers Flight III offre une sensibilité et une capacité de traitement bien supérieures grâce au recours au nitrure de gallium (GaN).

Ce radar est au cœur de la modernisation de plateformes clés telles que les destroyers Arleigh Burke Flight III, les futurs destroyers DDG(X) et les frégates de classe Constellation (FFG(X)), tous intégrés au système Aegis pour une défense antimissile optimisée.

Face aux menaces grandissantes de missiles balistiques et hypersoniques, l’enjeu de cette production multibillionnaire est crucial : il s’agit non seulement de renouveler les capteurs de la flotte mais aussi d’élargir la capacité de projection de puissance et de protection des forces américaines dans un contexte stratégique en constante évolution.

Des contrats ambitieux pour une production à grande échelle

Le Naval Sea Systems Command (NAVSEA) supervise une importante phase contractuelle, comprenant un contrat IDIQ (Indefinite Delivery Indefinite Quantity) à multi-attributs, qui devrait démarrer dès l’exercice financier 2027 et s’étendre jusqu’en 2028 au plus tard. Ce marché porte sur la production de toutes les variantes du SPY-6 :

  • AN/SPY-6[V]1 pour les destroyers Arleigh Burke Flight III,
  • AN/SPY-6[V]2 et [V]3 pour les porte-avions et navires amphibies,
  • AN/SPY-6[V]4 pour les destroyers Flight IIA.

Le périmètre comprend également la mise à jour technologique, la gestion de l’obsolescence et le développement potentiel, dans une logique de « Build-to-Print » exigeant une fabrication extrêmement précise selon les spécifications techniques. Le nombre d’ensembles à produire est estimé entre 5 et 18 unités par an de 2027 à 2030, avec une possibilité d’inclure des ventes militaires à l’étranger (FMS) à des alliés, complexifiant davantage le dispositif.

Si Raytheon est le principal acteur dans la production du SPY-6 à ce jour, le Pentagone cherche à stimuler la concurrence pour améliorer l’innovation et réduire les coûts. Le NAVSEA appelle donc des sous-traitants spécialisés dans la fabrication de sous-systèmes complexes, notamment les unités Digital Receiver/Exciter (DREX), les modules intégrés de transmission/réception micro-ondes (TRIMM) et les équipements de puissance primaire (PPE).

Le gouvernement privilégie les entreprises ayant une expérience confirmée dans la production de systèmes radar de haute technologie, disposant d’installations solides et pouvant respecter des délais stricts. Les sous-traitants certifiés en électronique RF bande S, systèmes d’alimentation haute tension et unités avancées de refroidissement sont aussi très recherchés, la modularité du SPY-6 nécessitant une intégration fluide entre différents fournisseurs.

Cette stratégie multi-attributs représente une opportunité majeure pour l’industrie de défense, offrant aux équipementiers établis et aux sous-traitants spécialisés la chance de renforcer leur rôle dans la chaîne d’approvisionnement. Des journées industrielles virtuelles et des entretiens individuels planifiés en 2025 témoignent de la volonté du gouvernement d’impliquer un large éventail d’acteurs, grands groupes comme PME innovantes.

Un impact global et industriel élargi

Le radar AN/SPY-6 présente un fort potentiel d’exportation via les ventes militaires à l’étranger (FMS). Des pays alliés qui exploitent déjà des flottes équipées du système Aegis, comme le Japon ou l’Australie, pourraient intégrer cette technologie avancée, améliorant ainsi leur défense contre les menaces balistiques et hypersoniques dans des zones stratégiques telles que l’Indo-Pacifique.

Sur le plan industriel, ce programme favorise l’entrée de nouveaux fournisseurs de composants innovants, notamment des systèmes basés sur le nitrure de gallium ou des solutions de refroidissement avancées. Par la promotion de la concurrence et la collaboration, l’effort SPY-6 pourrait remodeler le paysage industriel de la défense navale en attirant de nouveaux acteurs technologiques.

Les prochaines étapes

Le Pentagone avance rapidement pour concrétiser ce programme, avec un calendrier bien défini. Le NAVSEA vise à finaliser le contrat IDIQ multi-attributs avant la fin de l’exercice financier 2027, avec une échéance à 2028.

Les jalons incluent l’engagement continu avec l’industrie, notamment la journée virtuelle prévue le 29 avril 2025 et les entretiens personnalisés avec les candidats potentiels. Ces échanges permettront de finaliser la stratégie d’acquisition. Les entreprises intéressées doivent soumettre leurs retours et déclarations de capacités avant le 20 mai 2025.

La publication de la demande de propositions (Request for Proposal – RFP) est l’étape clé suivante, attendue sur la plateforme SAM.gov. Les bénéficiaires probables seront les fabricants expérimentés de radars, ainsi que des sous-traitants certifiés capables de produire des composants spécialisés, tels que les modules TRIMM ou les systèmes d’alimentation haute tension. Les sociétés innovantes pourraient aussi trouver des opportunités en répondant aux défis d’obsolescence ou de réduction des coûts.

Suivre la parution des appels d’offres sur SAM.gov sera essentiel pour rester à l’avant-garde de cette opportunité industrielle majeure qui façonnera la future supériorité aérienne et antimissile de la Marine américaine.