Le Pérou a confirmé l’acquisition de 24 chasseurs Gripen E/F de l’avionneur suédois Saab, pour un montant estimé à 3,5 milliards de dollars. Ce choix clôt un processus d’évaluation pluriannuel qui visait à remplacer les vieux Mirage 2000 et MiG-29 de la Force aérienne péruvienne (FAP). La sélection de ce modèle suédois écarte définitivement les Rafale français et les F-16 américains.

Le programme d’acquisition se déroulera en deux phases, avec un premier financement interne de 2 milliards de dollars assuré par la Banque de la Nation, inclus dans le budget national 2025, suivi d’un second volet évalué à 1,5 milliard de dollars et prévu en 2026.

Cette acquisition s’inscrit dans un plan à long terme du ministère de la Défense visant à restaurer et renforcer les capacités opérationnelles aériennes nationales. La récente approbation de la loi sur la dette publique 2025 par le Congrès péruvien prépare le terrain à la signature prochaine d’un décret d’intérêt national autorisant officiellement l’achat. Le 10 juillet, le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, doit se rendre à Lima pour discuter avec son homologue Walter Astudillo Chávez, avec pour objectif de finaliser l’accord intergouvernemental sur ces 24 chasseurs Gripen E.

La venue de la délégation suédoise marque une étape cruciale vers la conclusion de ce contrat de 3,5 milliards de dollars. Après de longues négociations techniques et politiques entre Saab et les autorités péruviennes, cette visite vise également à formaliser les modalités de coopération en défense, notamment la structure du transfert technologique et les engagements industriels et financiers. Deux Gripen E, convoyés à Lima avec l’appui de l’Armée de l’air brésilienne, seront présentés lors de cette mission.

Au cours du mois de juin 2025, des représentants de Saab ont rencontré à Lima les responsables du ministère de la Défense et de la FAP, y compris le Commandant général Carlos Chávez Cateriano et le Directeur des compensations industrielles et sociales, Víctor Pomar. Ces échanges ont porté sur le dossier des compensations industrielles proposées, comprenant des investissements et un transfert de technologie pouvant s’étendre au-delà du domaine strictement militaire.

Saab, qui a déjà collaboré avec le chantier naval péruvien SIMA pour la co-production de patrouilleurs légers de la classe CB90, a précisé que son offre inclut des investissements directs et indirects destinés à renforcer la base industrielle locale. Toutefois, la version biplace Gripen F, développée pour le Brésil, reste en développement et n’est pas comprise dans le contrat péruvien. Aucun contrat formel n’avait été signé début juillet, mais les négociations poursuivent activement leur cours.

Le Gripen E a été choisi face à deux concurrents sérieux : le F-16 Block 70 de Lockheed Martin et le Rafale F4 de Dassault. Si ces derniers disposent d’une longue expérience opérationnelle et de compatibilité avec les standards de l’OTAN, l’offre de Saab était, selon les sources, moins coûteuse à l’unité, plus rapide à livrer et assortie de conditions de compensations plus avantageuses.

Le prix unitaire estimé du Gripen E serait compris entre 110 et 120 millions de dollars, contre 170 à 240 millions pour le Rafale et le F-16. Saab annonce un délai de livraison de 24 mois après la signature, là où les autres concurrents tablent sur 60 mois.

Le Pérou a demandé la livraison d’au moins deux avions pour le 23 juillet 2026, date du 103e anniversaire de la FAP. Les critères finaux de sélection ont combiné performance technique, coûts, aspects logistiques et adéquation stratégique à long terme.

Le Gripen E est un chasseur multirôle de 4e génération améliorée, équipé d’un radar AESA Raven ES-05, propulsé par un moteur General Electric F414G, et doté d’un système complet de guerre électronique. Il est compatible avec un large éventail d’armements air-air et air-sol tels que les missiles Meteor, IRIS-T, AIM-9X, AGM-65 Maverick, les bombes guidées GBU et le missile de croisière Taurus KEPD 350.

Il affiche un poids maximal au décollage de 16 500 kg, un rayon de combat de 1 303 km et une autonomie de 4 000 km. Le Gripen nécessite seulement 500 mètres pour décoller et 600 pour atterrir, ce qui est avantageux pour l’exploitation sur pistes courtes.

Son armement comprend également un canon Mauser BK27 de 27 mm. Le chasseur est capable de réaliser des missions de reconnaissance et d’attaque électronique grâce à une avionique modulaire facilitant la maintenance et une disponibilité opérationnelle élevée.

Lors du salon SITDEF 2025 à Lima, Saab a exposé une maquette à taille réelle du Gripen E aux couleurs brésiliennes, ainsi que plusieurs systèmes additionnels comme le système de défense sol-air RBS 70NG, les radars Giraffe 1X et Sea Giraffe, et des outils de gestion du trafic aérien. Bien que le détail complet du package offert n’ait pas été révélé, il inclut plusieurs plateformes et systèmes de formation avancés.

Cependant, certains experts péruviens en défense ont exprimé des réserves concernant le manque d’expérience opérationnelle en combat réel du Gripen E, soulignant que ses prédécesseurs C/D n’ont pas été testés dans des conflits de haute intensité.

Des questionnements subsistent aussi sur l’éventualité d’une production partielle des appareils au Brésil, où Saab possède une chaîne de montage en coopération avec Embraer. Cette perspective soulève des inquiétudes autour d’une possible dépendance logistique vis-à-vis de ce pays, notamment dans le contexte politique actuel dominé par le président Luiz Inácio Lula da Silva.

Le Pérou rejoint ainsi le Brésil et la Colombie, deux autres pays latino-américains ayant choisi le Gripen E. Le Brésil opère actuellement le F-39E, construit localement, tandis que la Colombie a officialisé sa commande en avril 2025 après une coordination avec les autorités suédoises.

Cette modernisation a été annoncée en octobre 2024 par le ministre de la Défense Walter Enrique Astudillo Chávez, planifiant la substitution de ses Mirage 2000P et MiG-29. La flotte Mirage a été acquise entre 1986 et 1987, initialement au nombre de 12 appareils (10 monoplaces, 2 biplaces). En 2024, seuls six étaient encore en service, avec une perte due à un accident en avril. Quant aux MiG-29, achetés en 1998, huit exemplaires modernisés étaient en service en 2025, tandis que dix autres étaient stockés.

La FAP dispose également d’autres appareils d’attaque comme le Su-25 et l’A-37 Dragonfly. Le programme précédent d’acquisition des Mirage avait été entaché par une controverse politique liée à la revente non autorisée de certains avions dans les années 1990, ce qui rend le processus actuel d’autant plus surveillé par les autorités et les instances de contrôle.

Le gouvernement justifie cet investissement comme une composante clé de la stratégie nationale de sécurité. Le général retraité César Torres, vice-ministre de la Politique de Défense, a souligné que ces chasseurs visent principalement à renforcer la dissuasion plutôt qu’à engager un conflit immédiat.

Ce renouvellement s’inscrit dans un effort plus large de modernisation des forces armées, incluant l’acquisition de deux avions de transport tactique C-27J Spartan de Leonardo et de deux Boeing 737 destinés au transport de marchandises et aux missions gouvernementales.

Le budget défense 2025 a été relevé à 8,893 milliards de soles péruviens (environ 2,37 milliards de dollars), soit une hausse de 2,8 % par rapport à l’année précédente. Ce plan financier accompagne une volonté de diversification des fournisseurs et un renforcement de l’industrie locale, comme l’illustre la coopération avec la Corée du Sud sur les programmes KF-1 et KF-21.

Sur les volets terrestre et naval, des accords ont été signés avec Hyundai Rotem pour l’acquisition de chars K2, avec Hyundai Heavy Industries pour un nouveau sous-marin, et des investissements importants sont réalisés dans les infrastructures militaires locales, notamment dans le chantier naval SIMA et la base aéronavale du Callao. Ces mesures reflètent une politique nationale de modernisation cohérente, visant à préserver la souveraineté industrielle et la flexibilité stratégique dans toutes les branches des forces armées péruviennes.