Plus de cinquante ans après le naufrage du premier PNS Ghazi lors de la guerre de 1971, le Pakistan fait renaître ce nom emblématique avec son nouveau sous-marin de dernière génération. Cette résurrection intervient peu après la célébration par l’Inde de sa Journée de la Marine, rappelant la fin tragique du sous-marin pakistanais.
Le premier PNS Ghazi, un sous-marin de classe Tench construit aux États-Unis et loué par le Pakistan en 1963, a sombré mystérieusement au large de Visakhapatnam dans la nuit du 3 au 4 décembre 1971. Envoyé en mission audacieuse pour traquer le porte-avions indien INS Vikrant et poser des mines dans les ports de l’est, le Ghazi a coulé avec ses 93 membres d’équipage. Les circonstances exactes restent controversées : l’Inde attribue la perte à des charges sous-marines lancées par le destroyer INS Rajput, tandis que le récit pakistanais évoque une explosion interne ou une mine accidentelle. Quoi qu’il en soit, cette perte a gravement affaibli la stratégie navale pakistanaise dans le golfe du Bengale et a contribué à la victoire décisive de l’Inde, menant à la création du Bangladesh.
Un nouveau chapitre sous-marin
Le 17 décembre 2025, à la base de construction navale Shuangliu du groupe Wuchang à Wuhan en Chine, le quatrième et dernier sous-marin de classe Hangor construit dans ce pays a été lancé et baptisé PNS Ghazi. La cérémonie, en présence de hauts responsables navals pakistanais et chinois, marque la fin de la construction des quatre premiers bâtiments réalisés sous un contrat signé en 2015 d’une valeur avoisinant les 5 milliards de dollars. La marine pakistanaise a qualifié cet événement de « jalon important », précisant que ces sous-marins vont désormais subir des essais en mer rigoureux avant leur livraison.
Par ailleurs, quatre autres sous-marins de la même classe sont en cours de construction au chantier naval de Karachi, bénéficiant d’un transfert technologique chinois permettant une production locale.
Un bond technologique majeur
Contrairement au Ghazi originel propulsé par un moteur diesel-électrique des années 1940, le nouveau PNS Ghazi est un sous-marin moderne de classe Hangor, version export du sous-marin chinois avancé Type 039B Yuan. Ces bâtiments de 2 800 tonnes disposent d’une propulsion indépendante de l’air (AIP), offrant la capacité de rester immergés plusieurs semaines sans remonter en surface pour recharger les batteries. Cette capacité améliore considérablement la furtivité et l’endurance par rapport aux sous-marins diesel classiques.
Équipé de capteurs de pointe, de six tubes lance-torpilles de 533 mm, et compatible avec des torpilles lourdes, des missiles anti-navires, ainsi que, potentiellement, avec des missiles de croisière balistiques Babur-3 à capacité nucléaire lancés depuis sous-marin, la classe Hangor représente une avancée stratégique majeure.
La marine pakistanaise souligne que ces bâtiments joueront un rôle « pivot » dans le maintien de la paix et de la stabilité régionale par une dissuasion crédible. La mise en service progressive de huit sous-marins Hangor, attendue dès 2026, renforcera significativement la flotte sous-marine pakistanaise, en remplaçant les anciens modèles Agosta et en instaurant l’une des forces sous-marines conventionnelles les plus modernes de la région.
Ce programme, soutenu par le développement des liens de défense sino-pakistanais, traduit la volonté d’Islamabad de renforcer ses capacités d’interdiction et de contrôle d’accès dans la mer d’Arabie et le nord de l’océan Indien.