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Le premier exemplaire du chasseur F-35A destiné à l’Armée de l’air allemande vient d’entrer officiellement en phase de production chez Lockheed Martin aux États-Unis. L’assemblage final et le travail structurel sont en cours dans l’usine texane de Fort Worth. Des photographies récentes montrent l’appareil quasiment achevé, témoignant d’une progression régulière vers la livraison du programme de 35 avions. Ce jalon est salué par les autorités de défense allemandes et américaines comme une étape cruciale dans la modernisation des forces aériennes allemandes et leur engagement envers l’OTAN.

Ce premier F-35A, qui portera le numéro de série MG-01, est aujourd’hui en phase finale d’intégration des systèmes avant de débuter ses essais préalables à la livraison dans les mois à venir. Des pilotes allemands suivent déjà une formation aux États-Unis, et la remise officielle de l’appareil est prévue pour 2026. L’appui initial au déploiement sera réalisé sur des bases américaines pour familiariser les équipages et valider les procédures, avant un transfert définitif à la base aérienne de Büchel, en Allemagne, à partir de 2027. Cette base bénéficiera alors d’installations renforcées et certifiées pour la capacité nucléaire.

Le Bundestag avait validé en décembre 2022 l’acquisition des F-35 dans le cadre d’un contrat estimé à 10 milliards d’euros. Cette commande comprend 35 F-35A à décollage et atterrissage conventionnels, distribués avec leurs moteurs Pratt & Whitney F135, l’équipement de mission complet, ainsi que la certification nucléaire américaine pour la bombe tactique B61-12. Le programme intègre également les systèmes de formation, les pièces de rechange, le soutien logistique et le modernisation de l’infrastructure de la base aérienne de Büchel. Cette décision résulte principalement du besoin de remplacer le Panavia Tornado désormais obsolète, seul avion allemand autorisé aux missions nucléaires au sein de l’OTAN.

Actuellement, la Luftwaffe exploite une flotte mixte, comportant 138 Eurofighter Typhoon pour la supériorité aérienne et des missions multirôle, ainsi que 68 Tornado IDS d’attaque au sol, dont 8 sont placés en stockage à long terme. La flotte compte aussi 20 Tornado ECR spécialisés dans la guerre électronique et la suppression des défenses aériennes ennemies. Le F-35A prendra non seulement le relais du Tornado pour les missions nucléaires, mais offrira aussi des capacités accrues en matière de guerre électronique, d’attaque furtive et de pénétration en profondeur, dépassant nettement les performances des plateformes actuellement en service.

La production du F-35A allemand s’inscrit dans une intégration stratégique plus vaste au sein du programme mondial du F-35, piloté par les États-Unis. En décembre 2024, le général Ingo Gerhartz, inspecteur général de la Luftwaffe, s’est rendu dans les installations de Lockheed Martin à Marietta, en Géorgie, pour signer symboliquement le panneau du premier fuselage allemand, marquant ainsi l’entrée de l’Allemagne dans la chaîne internationale de fabrication. Ce fuselage a ensuite été transféré à Fort Worth pour l’assemblage final.

Le programme F-35 comprend également une dimension industrielle majeure pour l’Allemagne. Rheinmetall établit en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à Weeze, une ligne de production dédiée aux sections de fuselage, en collaboration avec Northrop Grumman et Lockheed Martin. Cette usine entrera en production en 2025, fournissant dès 2026 des éléments essentiels à la fabrication mondiale du F-35. Cette participation industrielle assure un retour économique durable et positionne l’industrie allemande au cœur d’un des piliers du futur pouvoir aérien de l’OTAN.

Sur le plan opérationnel, le F-35A offre à la Luftwaffe des avantages considérables : furtivité accrue, conscience situationnelle étendue, connectivité multidomaine et capacités intégrées de guerre électronique, autant d’atouts essentiels pour les futurs conflits de haute intensité. Contrairement au Tornado, qui peine à répondre aux exigences de survie et d’interopérabilité du XXIe siècle, le F-35 a été conçu dès son origine pour opérer dans des espaces aériens contestés, offrant ainsi un potentiel accru en matière de dissuasion et de frappe rapide.

Le volet nucléaire partagé demeure un élément central. Les nouveaux chasses allemands seront certifiés pour le transport de la bombe B61-12, assurant la continuité des engagements de l’Allemagne vis-à-vis de l’OTAN. Avec le retrait programmé des Tornado prévu pour 2030, le F-35A garantit qu’aucun vide capacitaire ne viendra compromettre ces missions cruciales.

Cette transition s’accompagne toutefois de défis importants. La Luftwaffe doit adapter doctrine, logistique, cybersécurité et formation pour intégrer un système basé sur une architecture logicielle complexe au sein de sa force aérienne. Les travaux d’amélioration des infrastructures à Büchel et autres bases sont en cours, nécessitant un engagement politique et financier soutenu. Néanmoins, les autorités militaires allemandes considèrent le F-35 comme un outil indispensable pour faire face aux menaces nationales et alliées dans un contexte stratégique en dégradation.

La récente publication d’images par Lockheed Martin illustre plus qu’une simple étape dans l’assemblage du F-35A : elle symbolise le tournant stratégique pris par l’Allemagne vers une meilleure intégration avec ses alliés de l’OTAN, la modernisation de ses capacités de dissuasion nucléaire et un investissement pérenne dans son industrie de défense. Pour la première fois, l’Allemagne entre pleinement dans l’ère du pouvoir aérien de cinquième génération avec une plateforme pensée pour non seulement survivre, mais dominer les futurs théâtres d’opérations.

Alain Servaes