Dans une avancée majeure pour le secteur de la défense indien, Tata Advanced Systems Limited (TASL), en collaboration avec le géant espagnol de la technologie de défense Indra, a réussi à fabriquer, livrer et intégrer le premier radar de surveillance aérienne 3D indigène – le Lanza-N – à bord d’un navire de la Marine indienne. Annoncé le 11 septembre 2025, ce jalon marque la première fois qu’une entreprise indienne conçoit et installe un radar naval de nouvelle génération, illustrant un bond significatif vers l’autonomie stratégique dans la production d’armement, conformément à l’initiative Atmanirbhar Bharat.
Avec une portée de 470 km contre les avions de chasse, même dans des conditions difficiles, et la capacité de fournir des coordonnées précises en trois dimensions, le radar Lanza-N promet de transformer les capacités de surveillance maritime et de combat de la Marine indienne. Dix-neuf autres unités doivent encore être livrées, ce qui fait de ce système un atout majeur pour contrer les avions de combat adverses et autres menaces aériennes.
Le Lanza-N, variante navale du célèbre radar 3D Lanza d’Indra, figure parmi les systèmes de défense aérienne et antimissile les plus avancés au monde. Conçu pour évoluer dans des environnements maritimes difficiles, il offre une portée de détection d’environ 254 milles nautiques (470 km) contre les avions de chasse, en faisant un outil redoutable pour l’alerte précoce et la connaissance du champ de bataille. Sa capacité de surveillance tridimensionnelle procure des coordonnées exactes, notamment l’altitude, essentielle pour le suivi et l’engagement des cibles amies ou ennemies.
Une robustesse face aux conditions hostiles
Ce qui distingue le Lanza-N, c’est sa résilience dans les environnements perturbés, notamment en présence d’interférences dues à la mer ou aux conditions météorologiques, ainsi que face aux contre-mesures électroniques (ECM) utilisées pour brouiller ou tromper les radars. Sa conception modulaire à semi-conducteurs offre une grande fiabilité, tandis que sa capacité à détecter un large éventail de menaces – drones, avions supersoniques, missiles anti-radiations, plateformes navales – en fait un multiplicateur de force polyvalent. Le radar intègre également un radar secondaire de surveillance (IFF/SSR) pour l’identification des forces amies, renforçant la clarté opérationnelle dans des scénarios complexes.
La mise en service du Lanza-N à bord d’un navire de la Marine indienne, vraisemblablement le destroyer de classe Delhi INS Mysore, fait suite à des essais en mer rigoureux validant ses performances face à diverses plateformes aériennes et navales. Ce succès découle d’un partenariat stratégique entre TASL et Indra, officialisé en 2020 par un contrat portant sur la livraison de 23 radars Lanza-N sur dix ans. Dans ce cadre, Indra a fourni trois systèmes complets, tandis que TASL est chargé de produire et d’intégrer localement les 20 unités restantes, aidée par une installation d’assemblage, d’intégration et de test du radar située au Karnataka.
Sukaran Singh, PDG et directeur général de TASL, souligne l’importance de cette coopération : « Notre partenariat avec Indra reflète un engagement partagé à renforcer les capacités de fabrication de radars en Inde. En combinant synergies locales, expertise technique et chaîne d’approvisionnement robuste, nous bâtissons un écosystème solide pour les technologies de défense avancées. » Ana Buendía, responsable de l’unité navale d’Indra, complète : « Ce projet dépasse la simple livraison et mise en œuvre des radars ; il nous a permis d’établir une usine de radars à Bengaluru, garantissant une production plus rapide et un soutien rapproché pour la Marine indienne. »
Ce partenariat illustre non seulement le renforcement des capacités militaires indiennes, mais aussi l’approfondissement des liens stratégiques entre l’Inde et l’Espagne, positionnant TASL comme un acteur majeur de la production aérospatiale et de défense mondiale.
Pourquoi le Lanza-N révolutionne la Marine indienne
L’intégration du radar Lanza-N améliore significativement la capacité de la Marine indienne à sécuriser ses frontières maritimes et à maintenir sa supériorité dans la région de l’océan Indien (ROI). Voici les principales raisons qui font de ce radar un atout décisif face aux avions de chasse rivaux :
- Portée et précision inégalées : Sa portée de 470 km permet de détecter et suivre des avions supersoniques ennemis – comme ceux déployés par certains voisins régionaux – bien avant qu’ils ne deviennent une menace imminente. Grâce à sa capacité 3D, il fournit des données précises d’altitude, permettant à la Marine de hiérarchiser et d’engager efficacement les cibles, même dans des environnements contestés. Cela est essentiel pour contrer des avions sophistiqués comme le chinois J-20 ou le pakistanais JF-17, qui misent sur la vitesse et la furtivité.
- Résistance aux conditions hostiles : Le radar fonctionne efficacement dans des zones à forte « pollution » radar, causée par les ondes de la mer ou la météo, ainsi qu’en présence de contre-mesures électroniques. Cette capacité est primordiale dans le ROI, théâtre d’une rivalité technologique intense. Sa conception à semi-conducteurs assure une disponibilité maximale et une performance renforcée même dans les environnements marins difficiles, caractérisés par l’humidité et la chaleur.
- Polyvalence contre une variété de menaces : Au-delà des avions de chasse, le Lanza-N détecte les drones, missiles anti-radiations et plateformes navales. Cette multifonctionnalité répond aux menaces asymétriques, comme les essaims de drones, devenues un défi croissant dans les conflits modernes. Son intégration aux systèmes de gestion de combat des navires garantit un partage fluide des données pour une réaction rapide face aux menaces changeantes.
- Amélioration de la connaissance du domaine maritime : En surveillant de vastes zones dans le ROI, le Lanza-N renforce la conscience situationnelle de la Marine indienne, essentielle pour protéger des points stratégiques comme le détroit de Malacca et contrer les incursions potentielles des marines rivales. Son déploiement sur les frégates, destroyers et porte-avions contribuera à la constitution d’un réseau de surveillance intégré, étendant la portée opérationnelle.
- Avantage stratégique face aux adversaires régionaux : Les capacités du Lanza-N offrent à la Marine un net avantage lors d’éventuelles confrontations avec des rivaux comme le Pakistan ou la Chine. Par exemple, la dépendance pakistanaise aux images satellites chinoises et aux moyens aériens, mise en lumière après l’incident de Balakot en 2019, souligne l’importance de radars avancés comme le Lanza-N. En détectant ces aéronefs à longue distance, la Marine peut neutraliser ces menaces avant qu’elles n’atteignent des cibles majeures telles que les porte-avions ou les installations côtières.
Avec le premier radar Lanza-N désormais opérationnel, TASL et Indra prévoient la livraison des 19 unités restantes, la production étant accélérée par l’usine du Karnataka. Ces radars seront déployés sur les navires de première ligne de la Marine indienne, notamment les frégates, destroyers et porte-avions, formant ainsi un réseau robuste de défense aérienne. L’INS Mysore, modernisé lors de sa remise à niveau à mi-vie, sert de preuve de concept, démontrant l’intégration harmonieuse du radar avec les systèmes existants.
Ce déploiement intervient dans un contexte régional tendu, notamment avec le Pakistan. Des analystes pakistanais, dont l’ancien ambassadeur Zamir Akram, ont prétendu qu’Inde cache des vulnérabilités, comme des dommages sur des bases de l’Indian Air Force lors du conflit de 2019, en supprimant des images satellites. Cependant, les capacités avancées du Lanza-N réfutent ces allégations. Grâce à sa détection à longue portée, ce radar augmente la transparence et la confiance dans la posture défensive indienne, rendant caduques les théories de suppression d’images. Comme l’a souligné un expert indien en défense : « L’Inde ne peut empêcher les satellites de photographier ses bases, mais avec un système comme le Lanza-N, toute menace entrante sera détectée et neutralisée bien avant d’être problématique. »