Le 21 décembre 2025, le gouvernement américain a annoncé la création d’une nouvelle classe de grands bâtiments de combat de surface : la « classe Trump ». Le président Donald Trump a confirmé cette annonce le lendemain lors d’un discours à sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, présentant ces navires comme le pilier d’une « flotte d’or ». Le USS Defiant (BBG-1) devrait être le premier bâtiment de cette série, avec un programme prévoyant entre 10 et 25 unités. L’objectif affiché est de rétablir une supériorité maritime visible face à la Chine et à la Russie.

Données techniques principales et armement

Les premières caractéristiques conceptuelles ont été dévoilées sur une page d’information à forte portée politique. Avec un déplacement compris entre 30 000 et 40 000 tonnes, les bâtiments de la classe Trump seraient plus imposants que les destroyers de la classe Arleigh Burke (9 200 tonnes) et s’approcheraient des dimensions historiques des cuirassés Iowa (45 000 tonnes en charge maximale). Ces navires seraient équipés de 120 à 130 cellules de lancement vertical (VLS) pour des missiles conventionnels et potentiellement nucléaires hypersoniques (concepts similaires aux SLCM-N), complétés par des canons railguns, des tourelles de canon de calibre 5 pouces, des lasers à haute énergie et une intégration avancée de drones. Présentés comme les « bâtiments de surface les plus létaux jamais conçus », ils viseraient également à assumer des fonctions de commandement et contrôle (C2) pour des formations mixtes homme-machine.

Les détails relatifs à la propulsion et à la protection restent flous. L’armement nucléaire annoncé représenterait un changement de paradigme significatif, s’éloignant de la discrétion des sous-marins nucléaires qui a dominé depuis les années 1990, pour une dissuasion nucléaire volontairement visible.

Un projet mégalomane ?

Selon CNN et Reuters, le coût par unité serait estimé entre 5 et 7 milliards de dollars (soit 4,24 à 5,93 milliards d’euros). La pose de la quille est envisagée au plus tôt en 2028-2029, avec une mise en service prévue après 2035, sous réserve du budget 2027 et de l’approbation du Congrès.

Le secrétaire à la Marine, John Phelan, encourage une concurrence ouverte entre les chantiers navals tels que Huntington Ingalls et General Dynamics afin d’optimiser les coûts et d’éviter les retards constatés sur les programmes Littoral Combat Ship et Constellation. Parallèlement, le président Trump critique fermement les industriels de la défense pour leurs dépassements budgétaires chroniques et les retards de production, réclamant davantage de responsabilités et menaçant de sanctions.

Cette initiative intervient dans un contexte de concurrence accrue pour les ressources, avec plusieurs programmes majeurs en cours : porte-avions Ford (CVNX), sous-marins Columbia (SSBN) et Virginia (Block V), destroyers Burke Flight III et DDG(X), frégates Constellation FFG(X) successeurs, véhicules amphibies du Corps des Marines, et désormais la classe Trump. Selon le Government Accountability Office, des chantiers comme HII Newport News, Bath Iron Works, Fincantieri Marinette et General Dynamics National Steel and Shipbuilding Company éprouvent de plus en plus de difficultés à respecter les calendriers de construction. Face à ces défis structurels, la classe Trump prend la forme d’un projet vitrine hautement prestigieux.

Capacités opérationnelles et disponibilité politique

Globalement, la classe Trump apparaît moins comme un concept de flotte cohérent que comme une expérience stratégique dans un environnement de plus en plus exigeant. Dans la communication présidentielle, elle est présentée comme la base d’une « Marine d’or » – une narration politique valorisant la force visible, sans garantir néanmoins la résilience opérationnelle ni financière. Ce navire combine dissuasion nucléaire, puissance de feu, défense aérienne et fonctions de commandement dans une unité très exposée, dans un contexte sécuritaire marqué par l’interconnexion, la vulnérabilité et les goulets d’étranglement industriels.

La concrétisation de cette ambition en capacités opérationnelles tangibles, ou son accrochage à un simple symbole, ne se jouera pas dans les annonces mais dans les décisions budgétaires, la capacité industrielle et les performances sur le terrain. Le premier véritable test sera le budget de la défense de l’exercice fiscal 2027.

Pour les membres européens de l’OTAN, la classe Trump illustre avant tout l’écart croissant entre la capacité militaire et la disponibilité politique. Opérationnellement, un tel navire élargirait considérablement le spectre américain dans les domaines de la défense aérienne, de l’armement longue portée et du commandement et contrôle au niveau des unités. Cependant, ces capacités existent indépendamment de leur mise à disposition effective en cas de conflit allié.

Particulièrement sous une administration américaine qui relie plus étroitement les engagements sécuritaires aux intérêts nationaux, l’existence de moyens militaires ne garantit pas automatiquement des retombées au profit de l’alliance. Pour les forces européennes, cela signifie que la dépendance structurelle demeure : les équipements clés, munitions, capteurs et logiciels proviennent encore largement des États-Unis. La dissuasion au sein de l’alliance devient ainsi non seulement une question de présence militaire, mais aussi de synchronisation politique accrue.

Au-delà de la dimension purement maritime, la classe Trump marque également un tournant dans la projection du pouvoir naval américain. La possibilité d’embarquer des missiles nucléaires sur des bâtiments de surface augmente leur pertinence militaire, mais aussi leur priorité comme cible et le risque d’escalade dans les conflits intenses entre puissances. La visibilité devient ici un élément assumé de la logique de dissuasion, avec les risques correspondants.

Enjeux industriels – le cas de la frégate F127

Un aspect industriel et d’approvisionnement est également important. Un programme de prestige aussi gourmand en ressources que la classe Trump risque de mobiliser une part significative des capacités de développement, d’intégration et de production dans les secteurs des capteurs, des effecteurs, des logiciels et de l’intégration systèmes, notamment sous le contrôle des cycles d’approbation et de mise à jour américains. Dans un contexte déjà tendu pour la défense américaine, cela peut engendrer des conflits de priorisation qui dépassent le cadre des seuls programmes nationaux.

Cela concerne aussi les projets européens. Par exemple, la frégate allemande F127 repose sur des systèmes et des chaînes d’approvisionnement américaines dans des domaines clés. Si les capacités industrielles sont prioritairement allouées à la classe Trump, cela pourrait impacter indirectement les calendriers, les séquences de livraison ou la disponibilité – même si les licences d’exportation sont maintenues. Cette situation dépendra moins de décisions politiques que de pratiques industrielles.

Ignorant les conventions, le président américain Donald Trump a inévitablement donné son nom au futur cuirassé de l’US Navy.