Le chasseur sud-coréen KF-21 Boramae voit son prix grimper à 110 millions de dollars, malgré une augmentation significative de son coût unitaire initial. Ce nouvel appareil de 4,5e génération, développé pour moderniser l’armée de l’air sud-coréenne et destiné à un marché export en expansion, conserve toutefois un avantage compétitif face aux chasseurs occidentaux comme le F-35 ou le Rafale.
Le 26 juin 2025, Korea Aerospace Industries (KAI) a signé un contrat pour la production de 20 nouveaux chasseurs KF-21 Boramae destinés à la Force aérienne de la République de Corée (ROKAF), pour un montant total de 2,39 trillions de wons, soit environ 1,75 milliard de dollars. Ce contrat s’ajoute à une première commande de 20 appareils passée en juillet 2024, évaluée à 1,96 trillion de wons (soit 1,4 milliard de dollars).
La hausse du prix unitaire s’explique par la montée des coûts de production et l’intégration de fonctionnalités techniques avancées. Le coût du fuselage est passé de 70,4 millions à 87,5 millions de dollars. En y ajoutant les deux moteurs General Electric F414-GE-400K fournis par Hanwha Aerospace pour 11,25 millions de dollars chacun, le prix total par avion atteint désormais 110 millions de dollars.
Une solution compétitive sur le marché mondial
Malgré cette augmentation, le KF-21 reste une option financièrement plus accessible comparée à d’autres appareils comme le Rafale français, le Gripen suédois ou le F-35 américain. Ce contexte illustre les ambitions de Séoul qui souhaite moderniser sa force aérienne tout en développement un débouché à l’export vers l’Asie, le Moyen-Orient et d’autres régions.
Conçu pour remplacer les vieillissants F-4 Phantom II et F-5 Tiger II sud-coréens, le KF-21 Boramae complète les escadrons déjà équipés de F-35A et de F-15K. Lancé dans le cadre d’un programme de 6,8 milliards de dollars initié en 2015, ce chasseur multirôle allie avionique moderne, capacités furtives partielles, et performances robustes pour la supériorité aérienne et les frappes au sol de précision.
Selon la Defense Acquisition Program Administration (DAPA) de Corée du Sud, les livraisons du dernier contrat seront terminées d’ici 2028, conformément à l’objectif de la ROKAF de disposer de 120 appareils d’ici 2032. La hausse des coûts suscite néanmoins des interrogations sur la viabilité à long terme du programme et sa compétitivité, alors que des pays comme le Pérou, les Philippines ou les Émirats arabes unis manifestent un intérêt croissant pour cet avion.
Les raisons de la montée des coûts
Le prix du KF-21 s’est nettement accru depuis la première commande. Le fuselage, initialement évalué à 70,4 millions de dollars en 2024, est désormais estimé à 87,5 millions. L’intégration des moteurs F414-GE-400K, en partenariat avec Hanwha Aerospace, porte à 110 millions de dollars le coût total unitaire.
KAI attribue cette hausse à plusieurs facteurs : inflation, augmentation du prix des matières premières telles que le titane et les semi-conducteurs, ainsi que les investissements dans des technologies avancées. La seconde série intègre notamment une version améliorée du radar AESA développé par Hanwha Systems et de nouveaux armements, dont le missile air-sol Cheonryong et le missile air-air à courte portée SRAAM-II, prévus à l’horizon 2032.
Le contrat de Hanwha Aerospace pour la fourniture de 40 moteurs F414, d’un montant de 623,2 milliards de wons (450 millions de dollars), comprend également les pièces de rechange et le support logistique, ce qui augmente le coût global. Ces moteurs sont aussi utilisés sur le F/A-18 Super Hornet de la marine américaine et le JAS 39 Gripen suédois, offrant une poussée de 44 000 livres permettant au KF-21 d’atteindre Mach 1,8.
Les analystes industriels soulignent que les perturbations mondiales des chaînes d’approvisionnement et la demande accrue pour des composants haute performance entraînent une hausse des prix pour de nombreux programmes de défense. Malgré ces contraintes, KAI mise sur l’automatisation et l’optimisation de la production pour maîtriser le coût de son chasseur, offrant ainsi une option concurrentielle face aux appareils occidentaux plus coûteux.
Un appareil techniquement avancé
Le KF-21, long de 16,75 mètres avec une envergure de 11,3 mètres, affiche un poids maximal au décollage de 25,6 tonnes, dont 7,7 tonnes pouvant être affectées à la charge offensive répartie sur 10 points d’emport externes. Ses deux moteurs F414 lui confèrent une autonomie opérationnelle d’environ 1 000 km en mission de combat et 2 870 km en ferry, avec la possibilité de ravitaillement en vol grâce aux KC-330 sud-coréens.
Le radar AESA de Hanwha Systems fournit une détection et un suivi de cibles supérieurs. En mai 2024, un prototype du KF-21 a démontré la capacité à détecter un drone à 87 kilomètres et à tirer un missile AIM-2000 qui a passé à moins d’un mètre de sa cible. L’armement embarqué comprend également un canon M61A2 Vulcan de 20 mm, ainsi que des missiles modernes comme le Meteor européen à longue portée et le missile IRIS-T allemand à courte portée.
Contrairement aux chasseurs de 5e génération tels que le F-35 ou le F-22, le KF-21 ne dispose pas de soute interne à armement, limitant ainsi ses qualités furtives. Toutefois, sa signature radar réduite, obtenue par une aérodynamique optimisée et des matériaux absorbant les ondes, lui assure une furtivité supérieure à celle de rivaux comme le Rafale français ou l’Eurofighter Typhoon, sans égaler toutefois le F-35. En novembre 2024, KAI a enregistré plus de 1 000 sorties sans accident, incluant un vol à Mach 1,8 et les lancements réussis des missiles Meteor et IRIS-T.
L’interopérabilité avec les systèmes standards de l’OTAN, démontrée lors d’exercices en formation avec des KF-16, renforce son attractivité pour des pays alliés à l’Occident. KAI envisage également l’intégration future avec des systèmes sans pilote « loyal wingman », comme le drone LOWUS, ouvrant la voie à un rôle de plateforme de commandement pour des véhicules aériens de combat autonomes dans les années 2030.
Comparaison avec les concurrents
Avec un coût unitaire de 110 millions de dollars, le KF-21 s’impose comme une alternative séduisante dans un segment où les appareils concurrents sont sensiblement plus onéreux.
Le Rafale de Dassault, par exemple, est facturé environ 225 millions de dollars l’unité dans un récent contrat avec la Serbie, grâce à son équipement avionique sophistiqué et sa polyvalence reconnue. Le Saab Gripen E/F, visé par la Colombie, affiche un prix variant entre 162 et 243 millions de dollars selon la configuration et la quantité commandée.
Le F-35A, déjà en service en Corée du Sud, a été acheté à un prix moyen de 202,4 millions de dollars par appareil en 2023, hors armement. Les F-16 Block 70/72 et F/A-18 Super Hornet, bien que toujours produits, ne bénéficient pas de nouveaux contrats d’exportation majeurs récents, et leur coût dépasse généralement 120 millions de dollars pour des versions modernisées. Le KF-21 offre ainsi une combinaison attrayante de coûts maîtrisés et d’équipements avancés, particulièrement pour les pays souhaitant moderniser leur flotte sans les dépenses élevées des chasseurs de 5e génération.
Le Rafale excelle par son souci de polyvalence et son large panel d’armements, notamment les missiles de croisière SCALP et MICA. Son radar AESA Thales RBE2 et ses systèmes de guerre électronique en font un appareil redoutable, mais son prix élevé et la complexité de sa maintenance peuvent représenter un frein pour des budgets limités.
Le Gripen E/F, doté d’un moteur unique F414, est reconnu pour ses coûts d’exploitation réduits et sa logistique simplifiée, ce qui en fait un choix pertinent pour des forces aériennes comme celles de la Suède ou du Brésil. Toutefois, il offre une capacité payload et une autonomie inférieures au KF-21, et son prix varie fortement selon les options retenues.
Le F-35, véritable avion de 5e génération, se distingue par ses qualités furtives renforcées, la fusion de ses capteurs et ses capacités de combat en réseau. Toutefois, ses coûts d’acquisition et de maintenance sont particulièrement élevés, estimés à plus de 400 millions de dollars par avion sur l’ensemble de son cycle de vie, rendant son acquisition difficile pour de nombreuses nations. Le KF-21, bien qu’inférieur en furtivité, se positionne comme un compromis efficace, délivrant environ 80 % des performances d’un chasseur de 5e génération à la moitié du prix, selon KAI.
Enjeux géopolitiques et ambitions internationales
Le développement du KF-21 s’inscrit dans une volonté sud-coréenne de réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers, notamment américains, qui ont longtemps dominé ses acquisitions militaires. Avec 65 % des composants fabriqués localement et la participation de plus de 600 entreprises sud-coréennes, ce programme représente une véritable impulsion pour l’industrie aéronautique nationale. Le succès à l’export du FA-50, avion léger d’attaque issu de KAI et vendu à la Pologne ou aux Philippines, ouvre la voie à la montée en puissance du KF-21 sur les marchés internationaux.
Plusieurs pays ont manifesté un intérêt marqué : les Émirats arabes unis, dont un haut responsable a piloté un prototype en avril 2025 ; le Pérou, avec lequel KAI a signé un protocole d’accord pour la production locale de pièces ; les Philippines, utilisateurs d’ores et déjà du FA-50, qui ont sélectionné le KF-21 et le F-16 pour un éventuel achat de 40 appareils ; enfin la Pologne, intéressée par la version Block II intégrant des capacités accrues de frappe au sol à partir de 2028.
Cependant, les perspectives d’export restent limitées par la dépendance aux moteurs américains F414, soumis aux strictes régulations ITAR (International Traffic in Arms Regulations), ce qui complique la signature de contrats avec des pays hors OTAN ou alliances américaines. De plus, les débats budgétaires internes à Séoul ont parfois retardé le financement du programme, comme en 2024.
L’Indonésie, partenaire à hauteur de 20 % du projet KF-X, fait face à des retards de paiement dépassant 746 millions de dollars début 2025, conduisant la Corée du Sud à conserver un prototype initialement destiné à ce pays. Malgré ces obstacles, Kang Goo-young, PDG de KAI, souligne l’attractivité du chasseur dans les marchés d’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient, soulignant son rapport qualité-prix et son interopérabilité avec l’OTAN.
Un long chemin vers l’autonomie aérienne de la Corée du Sud
La Corée du Sud a longtemps reposé sur les avions américains. Durant les années 1970-80, la ROKAF opérait principalement des F-4 Phantom et des F-5 Tiger, essentiels pour contenir les risques liés à la Corée du Nord. L’arrivée des F-16 dans les années 1990 et des F-15K dans les années 2000 a renforcé cette capacité, mais aussi exposé la dépendance financière et technologique. La production sous licence du KF-16 par KAI, avec 180 exemplaires construits jusqu’en 2004, fut une première étape vers une plus grande indépendance.
Dévoilé en avril 2021 et entré en vol d’essai en juillet 2022, le KF-21 symbolise un saut technologique majeur, inscrivant la Corée du Sud dans un cercle restreint de pays capables de mettre au point un chasseur supersonique avancé. Avec un budget de développement représentant seulement 1,5 % de celui du F-35, il illustre une démarche innovante et efficace, même si certains experts doutent de son avenir face à l’émergence des chasseurs de 6e génération.
Sur le plan opérationnel, le KF-21 répond principalement à la menace régionale nord-coréenne, ainsi qu’au renforcement de la force aérienne chinoise avec des avions furtifs comme le J-20. Ses capacités multirôles permettent d’intervenir dans le combat aérien, les frappes contre des centres de commandement, et en soutien aux forces terrestres.
S’intégrant à la stratégie sud-coréenne dite « à 3 axes » (frappes préemptives, défense antimissile, ripostes), le KF-21 complète la flotte actuelle, avec une approche « high-low mix » similaire à celle de l’US Air Force, combinant des F-35 furtifs à haute menace et des KF-21 pour les missions plus courantes.
L’avenir du KF-21
KAI et Hanwha Aerospace travaillent actuellement à réduire la dépendance du KF-21 aux composants étrangers, notamment en développant un moteur national d’une poussée comprise entre 6 800 et 10 900 kg, attendu pour 2035. Cette avancée permettrait de contourner les restrictions d’exportation américaines et de réduire les coûts. La version améliorée KF-21EX, dotée de soutes internes à armement pour renforcer la furtivité, est en préparation pour rapprocher l’appareil des standards de la 5e génération.
Ces évolutions, présentées lors du salon aéronautique de Farnborough 2024, élargiraient l’attrait à l’international, notamment pour la Pologne, désireuse de diversifier ses forces au-delà du F-35 et du FA-50. Les essais récents incluent le lancement réussi en juin 2025 d’un missile air-sol longue portée, attestant de la montée en puissance des capacités opérationnelles.
Néanmoins, le marché des chasseurs de 4,5 génération reste très concurrentiel, avec des acteurs établis comme le Rafale et le Gripen, ainsi que des concurrents venant d’Asie et de Russie (J-10CE, Su-57) ciblant les marchés sensibles aux coûts en Asie et Afrique. De même, la mutation vers les chasseurs de sixième génération – avec des programmes américains comme le NGAD et européens comme le Global Combat Air Programme – questionne la pérennité technologique du KF-21.
La capacité de KAI à tenir ses objectifs de livraison et à conclure des contrats export sera cruciale pour maintenir l’élan du programme.
Conclusion
Le KF-21 Boramae incarne la volonté de la Corée du Sud d’accroître son autonomie en matière de défense aérienne avec un chasseur avancé et accessible. Si son coût unitaire a augmenté à 110 millions de dollars, il reste néanmoins compétitif sur un marché international où les coûts d’acquisition et de maintenance des 5e génération explosent.
Pour les nations qui cherchent un équilibre entre capacités modernes et maîtrise du coût, notamment en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient, le KF-21 offre une alternative crédible. Toutefois, le succès du programme dépendra de la gestion des restrictions d’exportation et du maintien d’un financement stable, ainsi que de la capacité à convaincre des clients internationaux exigeants.