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Le sous-marin russe Novorossiysk, un bâtiment de la classe Kilo Modernisée, a été contraint de regagner sa base dans la mer Baltique à la suite d’une panne mécanique survenue en Méditerranée. Si certains rapports ont pu amplifier la gravité de la situation, cet incident illustre clairement le recul de la présence de la Marine russe dans cette région stratégique. Depuis la perte de sa base syrienne de Tartous en 2024 et les restrictions d’accès au détroit du Bosphore, la force navale russe déployée en Méditerranée s’est considérablement affaiblie. Les difficultés rencontrées par le Novorossiysk mettent en lumière des problèmes croissants de maintenance ainsi que l’érosion générale de la capacité opérationnelle de Moscou en Méditerranée.

La mésaventure du Novorossiysk a fait les gros titres et suscité des réactions parfois moqueuses au plus haut niveau. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a résumé la situation en évoquant ce « sous-marin russe en panne » tentant péniblement de regagner son port d’attache après sa mission. Ce sous-marin, modèle Pr.636.3 de la classe Kilo Modernisée, est en route de retour du bassin méditerranéen vers la mer Baltique depuis le début du mois.

Selon les informations disponibles, le Novorossiysk a subi une défaillance mécanique dans la partie occidentale de la Méditerranée fin septembre et a depuis effectué son retour à la surface. Toutefois, ce mode de navigation n’est pas inhabituel. Les sous-marins Kilo russes utilisent depuis des années ce procédé pour effectuer ce trajet. En outre, il n’est pas apparu soudainement au large des côtes françaises, contrairement à ce que laissent entendre certains titres sensationnalistes. Au-delà du jeu de mots maritime, beaucoup d’éléments relatifs à cet incident relèvent de l’exagération et de la spéculation, illustrant un nouveau cas d’« autocritique navale ». Néanmoins, ce problème révèle une dégradation plus profonde de la flotte sous-marine russe.

La force navale permanente russe en Méditerranée

La Marine russe avait instauré en 2013 une « force de tâche permanente » en Méditerranée. Celle-ci comprenait des sous-marins, ainsi que des frégates et des navires de guerre plus importants, tous basés à Tartous, en Syrie. La composante sous-marine, régulièrement déployée depuis la proche Flotte de la mer Noire, bénéficiait de relais avancés dans la région. Ce déploiement se réalisait malgré la Convention de Montreux, qui limite la circulation des sous-marins entre la mer Noire et la Méditerranée. Dans les faits, la Russie avait su interpréter de manière souple les règles concernant les déplacements pour maintenance afin de contourner ces restrictions.

La base de Tartous disposait d’infrastructures suffisantes pour accueillir la rotation des sous-marins pendant près d’un an. Un navire de réparation important, le PM-82, y était stationné pour assurer un soutien logistique et technique local. Dès 2022, au moins deux sous-marins y étaient régulièrement présents, y compris au déclenchement de l’invasion russe en Ukraine cette même année.

Cependant, la situation a rapidement dégénéré. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine a conduit la Turquie à interdire le passage du détroit du Bosphore aux navires de guerre russes, y compris aux sous-marins. Cette mesure s’est ajoutée à l’interdiction faite aux navires militaires russes de se rendre à Chypre, île auparavant essentielle pour le ravitaillement et la maintenance. Ainsi, la capacité opérationnelle russe en Méditerranée a subi un sérieux revers.

Un déclin marqué de la présence russe en Méditerranée

En mars 2024, la menace posée par les navires de surface sans équipage ukrainiens (USV) en mer Noire a obligé la Russie à détourner ses navires de ravitaillement sur un itinéraire beaucoup plus long, depuis la mer Baltique. Le coup le plus dur est cependant intervenu en décembre 2024 avec la chute soudaine du régime d’Assad en Syrie, entraînant l’expulsion de la Marine russe de Tartous. Le Novorossiysk fut l’un des premiers bâtiments à quitter la base, franchissant le détroit de Gibraltar le 2 janvier 2025.

Depuis cette perte, la Russie peine à maintenir une présence sous-marine crédible en Méditerranée. Les déploiements doivent désormais démarrer depuis la Baltique, un trajet d’environ 4 000 km à réaliser aussi bien au début qu’à la fin de chaque mission. Ce facteur limite considérablement le temps passé en Méditerranée, pèse sur les équipages et allonge les délais de maintenance.

Les patrouilles sous-marines se poursuivent, mais avec une capacité amoindrie

Le Novorossiysk est retourné en Méditerranée fin juin 2025, escorté par un remorqueur de soutien. Il a été signalé faisant escale dans plusieurs ports d’Afrique du Nord où il a probablement reçu une maintenance spécialisée à au moins une occasion. Néanmoins, le réseau logistique local demeure insuffisant pour compenser la perte des bases syrienne et chypriote.

Par ailleurs, la flotte russe de sous-marins diesel-électriques, en particulier les Kilo, semble confrontée à des retards importants en matière de maintenance. Cela touche les unités stationnées en mer Noire — dont une, le Rostov-sur-le-Don, a été mise hors service après de multiples attaques ukrainiennes à la missile —, ainsi qu’au sein de la flotte de la Baltique. Malgré une flotte comptant plus d’une dizaine d’unités, aucun navire ne peut momentanément remplacer le Novorossiysk.

La Russie peut encore déployer des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins capables de naviguer en immersion sur toute la durée du transit et d’arriver sans prévenir. Il est avéré que les sous-marins nucléaires de croisière de la classe Yasen, aussi appelés Severodvinsk, ont ponctuellement opéré en Méditerranée depuis 2022. Toutefois, ces unités sont également sollicitées au maximum de leurs capacités, ce qui semble exclure une présence permanente.

Un retour au bassin méditerranéen envisageable ?

Les déploiements sous-marins russes en Méditerranée ressemblent aujourd’hui davantage à une présence symbolique qu’à une force navale véritablement opérationnelle. Il est néanmoins probable que Moscou vise à rétablir une base dans cette région pour accueillir une force renforcée, concentrant ses ressources sur le flanc sud de l’OTAN. La Libye, et plus particulièrement le port de Tobrouk, apparaît comme un site probable.

La mise en place d’une telle base nécessitera du temps et des travaux de construction. Le premier signe pourrait être l’arrivée de navires cargos gouvernementaux russes ou le déploiement au départ de la Baltique de bâtiments de réparation. En attendant, il semble que le Novorossiysk doive encore patienter avant de récupérer une infrastructure méditerranéenne, sans indication qu’un autre sous-marin Kilo soit en route vers le sud.

Il ne faut pas sous-estimer la force sous-marine russe, notamment ses nouvelles unités nucléaires. Néanmoins, les sous-marins Kilo exposent leurs limites, et la Russie a désormais perdu tout ancrage durable en Méditerranée.

H.I. Sutton