Le prochain char de combat principal britannique, le Challenger 3 (CR3), est en cours de développement et a été présenté lors du salon Defence and Security Equipment International à Londres cette année.
Des prototypes sont actuellement testés à l’Armoured Trials and Development Unit du camp de Bovington, dans le Dorset.
Le CR3 devrait entrer en service dans l’armée britannique entre 2027 et 2030. Sur le papier, ce véhicule semble prometteur, en attente des résultats des essais sur le terrain réalisés par les unités du Royal Armoured Corps.
Cependant, certains critiques soulignent que seulement 148 chars seront acquis, avec seulement 60 systèmes de protection active (APS) à partager entre l’ensemble de la flotte. À la lumière des enseignements tirés du conflit en Ukraine, cette limitation paraît risquée. Le char conserve également le moteur de 1 200 chevaux de son prédécesseur, le Challenger 2, jugé sous-motorisé par les opérateurs ukrainiens compte tenu du poids important du véhicule. Si le CR3 atteint près de 80 tonnes en configuration complète de combat, des questions subsistent quant à sa mobilité et à la capacité des moyens britanniques de récupération et de franchissement à le supporter. Ses perspectives à l’exportation semblent par ailleurs limitées.
Ces critiques, bien que légitimes, ne signifient pas nécessairement que le CR3 sera un mauvais char. Néanmoins, il pourrait représenter la dernière évolution d’une conception désormais dépassée. La génération actuelle de chars occidentaux – Leopard 2, M1A2 Abrams et désormais CR3 – est de plus en plus perçue comme trop volumineuse, lourde, coûteuse et vulnérable pour justifier un développement supplémentaire selon des lignes traditionnelles. Les champs de bataille modernes ont démontré qu’un drone peu onéreux peut neutraliser ou détruire ces machines, tandis que leur coût limite la taille des flottes et affaiblit donc la résilience opérationnelle.
L’Ukraine a montré que la masse et la redondance sont essentielles. Malgré leur sophistication, les chars occidentaux sont trop peu nombreux pour absorber les pertes au combat ou les arrêts techniques. Leurs paramètres fondamentaux – puissance de feu, mobilité et protection – sont restés sensiblement inchangés depuis un siècle, alors même que les menaces ont évolué. Historiquement, la priorité était donnée à l’armure frontale, mais les conflits en Ukraine et au Haut-Karabakh ont révélé que les attaques proviennent désormais de toutes directions, y compris par le dessus et par le dessous. Le spectre des menaces est devenu sphérique.
La survie de l’équipage est désormais primordiale. La configuration classique avec une tourelle et trois membres d’équipage est dépassée, notamment avec la généralisation des chargeurs automatiques et des tourelles télécommandées. Les futurs modèles devraient s’inspirer du T-14 Armata russe, qui intègre l’équipage dans une capsule blindée située dans la coque. Cette architecture réduit le profil et le poids du véhicule, même si elle ne supprime pas totalement la vulnérabilité aux attaques par le dessus ou par le dessous.
On envisage de plus en plus une évolution vers des chars plus petits, plus légers et moins coûteux, situés dans une fourchette de 45 à 50 tonnes. Ces engins pourraient disposer de tourelles télécommandées, d’équipages protégés dans la coque, d’une couverture d’armure équilibrée ainsi que d’une large intégration de systèmes de protection active et de dispositifs anti-drones.
Une question stratégique se pose donc : quelle orientation pour la Grande-Bretagne après le Challenger 3 ? Certains estiment qu’avec un volume aussi limité, le Royaume-Uni ferait mieux de renoncer totalement au domaine des chars. D’autres pensent qu’un modèle plus petit et plus abordable permettrait de retrouver une masse crédible. Les alliés de l’OTAN sont confrontés à des dilemmes similaires dans la planification des successeurs des Leopard 2, Abrams et Leclerc.
La voie la plus probable à moyen terme est un programme européen collaboratif. Le Main Ground Combat System (MGCS), porté par la France et l’Allemagne, vise à remplacer leurs chars actuels, mais n’est pas attendu avant les années 2040, si tant est qu’il survive aux exigences nationales concurrentes. Plus prometteuse à court terme est l’initiative Marine Armoured Tank of Europe (MARTE), menée par l’Allemagne et soutenue par dix États membres de l’UE ainsi que par la Norvège. MARTE ambitionne de combler l’écart entre le Leopard 2 et le MGCS avec un char de 60 à 65 tonnes armé d’un canon de 130 mm, équipé d’une tourelle télécommandée et disposant d’un équipage de trois personnes logé dans la coque.
Le Royaume-Uni devrait sérieusement envisager de rejoindre le programme MARTE. Les entreprises britanniques pourraient apporter leur expertise sur les systèmes de protection, l’optique, les chaînes cinématiques et la suspension, assurant ainsi une participation industrielle et une production domestique. Le Challenger 3 pourrait servir de solution transitoire performante, mais il incarne une philosophie de conception déjà proche de l’obsolescence. La Grande-Bretagne doit donc regarder au-delà, et la coopération européenne apparaît comme la seule voie réaliste pour l’avenir.
Lt Col Stuart Crawford est commentateur politique et spécialiste de la défense, ancien officier de l’armée britannique.