Le programme AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft) de l’Inde franchit une étape majeure avec la mise en service imminente de la plateforme de test Iron Bird, prévue pour avril 2028. Cette avancée clé s’inscrit dans le calendrier ambitieux du projet, visant un premier vol en 2029.
Dans la course à un chasseur furtif de cinquième génération, l’Agence de Développement Aéronautique (ADA) accélère la création d’une installation avancée de test au sol dédiée au programme AMCA. Ce simulateur d’intégration au sol, nommé « Iron Bird », permettra d’éprouver à l’échelle réelle les systèmes critiques de l’appareil, tels que les commandes de vol électriques, l’avionique, les systèmes hydrauliques et l’intégration des moteurs avant d’effectuer les essais en vol. Cette étape vise à réduire les risques techniques en amont.
Pesant environ 25 tonnes, cette installation reproduira la configuration bimoteur initiale du chasseur, équipée des moteurs General Electric F414 pour la version AMCA Mk1. Elle offrira l’opportunité aux ingénieurs de résoudre les problèmes d’intégration, de détecter les bugs logiciels et d’assurer la compatibilité des composants. Les tests comprendront notamment les lois de contrôle de vol, la fusion des capteurs pour les opérations furtives, ainsi que les mécanismes des baies à armement, garantissant que cet avion multirôle furtif de 18 mètres de long réponde aux exigences de supercroisière, de transport interne des munitions et de discrétion radar.
La récente publication d’un appel d’offres par l’ADA pour la construction de cette installation marque un tournant décisif. Les entreprises nationales sont invitées à soumissionner dans un délai serré de 30 mois à compter d’octobre 2025. Ce calendrier, confirmé par des sources proches du programme, permet d’avoir l’Iron Bird opérationnel début 2028, offrant ainsi une année complète de tests intensifs avant les essais en vol du prototype. Cette infrastructure s’inspire des programmes internationaux, notamment celui du F-35, tout en privilégiant une forte intégration locale avec plus de 80 % de contenu indien grâce à des partenariats avec HAL et Tata Advanced Systems Limited (TASL).
Le déploiement officiel de l’AMCA Mk1 est attendu en 2028, avec un premier vol prévu entre fin 2028 et début 2029, selon le Directeur Général de l’ADA, le Dr Jitendra Jadhav. Ce calendrier ambitieux témoigne de la dynamique retrouvée du programme, notamment après la sélection des moteurs, avec Safran (France) chargé de co-développer la motorisation de la version Mk2, d’une poussée de l’ordre de 120 kN. Le rôle de l’Iron Bird est central pour limiter les risques, en simulant plus de 1 000 heures de vol au sol, et ainsi éviter les retards constatés sur d’autres projets comme le Tejas.
À l’horizon 2033-2034, l’Armée de l’Air indienne envisage l’intégration initiale de 40 à 50 AMCA, avec un objectif de 126 unités dans les années 2040, remplaçant progressivement les Mirage 2000 et les Sukhoï Su-30MKI vieillissants. Le chef de l’Armée de l’Air indienne, le Maréchal de l’air AP Singh, s’est montré optimiste, estimant que le premier vol en 2028 et l’entrée en service vers 2035 sont « réalisables voire meilleurs », à condition que des sous-systèmes clés comme le radar AESA Uttam et les suites de guerre électronique indigènes progressent en parallèle.
Le lancement de cette installation arrive à point nommé, alors que l’Inde fait face à un déficit en escadrons face à des tensions frontalières. L’AMCA, doté d’admissions d’air à écoulement sinueux et d’entrées supersoniques sans déflecteur (diverterless supersonic inlets), promet d’introduire des technologies proches de la sixième génération, y compris l’autonomie assistée par intelligence artificielle et les armes à énergie dirigée. Sur le plan économique, la phase prototype du programme, valorisée à environ 15 000 crores de roupies, dont le contrat est en cours d’évaluation par sept entreprises privées, devrait dynamiser le secteur aéronautique de Bengaluru et créer plus de 5 000 emplois.