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Le programme AWACS du DRDO basé sur un rotodome offrant une couverture radar complète à 360° est délaissé au profit du Netra MkII, qui propose une couverture radar à 300°, jugée suffisante par l’Armée de l’air indienne (IAF). Cette décision reflète un choix pragmatique axé sur les capacités opérationnelles, les coûts et les délais de développement, dans un contexte stratégique marqué par la montée en puissance régionale.

La recherche indienne de systèmes aéroportés de détection précoce et de contrôle (AEW&C) a débuté avec le Netra Mk1, développé par le Centre pour les Systèmes Aéroportés (CABS) du DRDO et embarqué sur la plateforme Embraer EMB-145. Ce système, opérationnel depuis 2017, utilise deux antennes AESA (Active Electronically Scanned Array) offrant une couverture radar de 240°, intégrées dans une aile dorsale. Malgré son efficacité pour la surveillance tactique, sa portée et son endurance limitées, dues à la taille réduite de l’Embraer, ont incité l’IAF à rechercher des solutions plus performantes.

Initialement, le DRDO avait envisagé un programme AWACS doté d’un rotodome rotatif à 360°, à l’instar de l’E-3 Sentry américain, permettant une couverture radiale complète et une conscience situationnelle étendue. L’objectif était de développer une plateforme de grande taille offrant une endurance accrue, une portée radar plus importante et une surveillance complète, indispensable pour le suivi du théâtre indo-pacifique face à des menaces comme les avions KJ-2000 chinois ou les Saab 2000 Erieye pakistanais. Cependant, les coûts élevés, la complexité technique et les longs délais de développement inhérents au rotodome ont conduit à une mise en second plan de ce projet au profit du Netra MkII.

Netra MkII : une solution pragmatique

Le Netra MkII représente une évolution majeure du Netra Mk1, cette fois implanté sur le plus grand Airbus A330, ce qui améliore considérablement l’endurance, la capacité de charge utile et les performances radar. L’IAF a commandé six systèmes Netra MkII, dont la première livraison est attendue pour 2030, dans le cadre d’un programme de 19 000 crores de roupies approuvé en 2024. Le système dispose d’un radar AESA avancé offrant une couverture de 300°, grâce à une configuration triangulaire des antennes — deux montées sur les flancs et une à l’avant — qui assure une surveillance quasi totale avec des angles morts minimaux.

Selon des sources proches, cette couverture à 300° est jugée suffisante pour répondre aux exigences opérationnelles de l’IAF, notamment lorsqu’elle est couplée à l’intégration de radars au sol, de capteurs spatiaux et d’autres aéronefs comme les Su-30MKI et Rafale. Le radar, développé par le DRDO, affiche une portée de détection supérieure à 400 km et peut suivre simultanément plusieurs cibles, y compris des avions furtifs, des missiles de croisière et des drones. Il intègre également des fonctions avancées de gestion tactique, capable de diriger en temps réel les chasseurs et les missiles sol-air.

L’endurance de 12 à 15 heures de l’A330, contre 5 à 6 heures pour l’Embraer du Netra Mk1, permet des missions prolongées sur des zones étendues telles que la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine ou la Région de l’Océan Indien (IOR). La capacité accrue de l’équipage permet d’embarquer des analystes pour traiter les données en vol, réduisant la dépendance aux stations terrestres. Ces atouts confèrent au Netra MkII un rôle de « multiplicateur de force », rendant moins urgente la mise en œuvre d’un système rotodome complet, dont le développement exigerait des investissements et des délais considérables.

Raisons de la perte de priorité du programme 360° rotodome

  1. Suffisance opérationnelle : La couverture radar à 300° du Netra MkII, avec un angle mort limité à un secteur arrière étroit, convient à la majorité des missions de l’IAF. L’emploi judicieux des aéronefs et les opérations en réseau utilisant plusieurs AWACS ou radars au sol compensent cette lacune, réduisant la nécessité d’une couverture rotodome complète.
  2. Coût et complexité : Le développement d’un rotodome rotatif à 360° pose d’importants défis techniques, incluant l’intégration aérodynamique, les besoins énergétiques et les modifications structurelles de la cellule. Le mécanisme rotatif apporte poids supplémentaire et complexité de maintenance, ce qui accroît les coûts. À l’inverse, les antennes AESA fixes du Netra MkII sont plus simples à intégrer et à entretenir, bénéficiant de l’expérience acquise avec le Netra Mk1.
  3. Contraintes budgétaires : Confrontée à plusieurs programmes coûteux — notamment le MRFA, Tejas Mk2 et AMCA — l’IAF privilégie une solution économique. Le Netra MkII, reposant sur une cellule commerciale et une technologie radar locale, représente un compromis rentable, avec un coût unitaire estimé à 3 000 crores de roupies, contre le double envisageable pour le système rotodome.
  4. Besoins de déploiement rapide : Face à un manque de moyens et à des menaces régionales, l’IAF doit privilégier des solutions à court terme. Le Netra MkII, en cours de développement avancé avec des premières livraisons planifiées pour 2030, offre une réponse rapide. Un programme rotodome, prenant vraisemblablement plus d’une décennie, retarderait cette montée en puissance.

Cette décision ne remet pas en cause la volonté de renforcer les capacités AEW&C indiennes. La flotte croissante chinoise de KJ-2000 et KJ-500, complétée par les chasseurs furtifs J-20, constitue un défi majeur sur la LAC. Le Pakistan, avec ses plateformes Erieye et ZDK-03, ajoute une composante supplémentaire au paysage régional. Le Netra MkII, en synergie avec le système intégré de commandement et de contrôle aérien indien (IACCS), garantit une vigilance accrue et une capacité de riposte efficace.

Actuellement, l’IAF dispose de trois systèmes Netra Mk1 et de trois AWACS russes Phalcon dotés de rotodomes 360°, offrant une combinaison tactique et stratégique de plateformes AEW&C. L’arrivée de six unités Netra MkII devrait élargir significativement ce spectre, permettant une surveillance persistante de zones sensibles telles que le Ladakh ou l’IOR. La priorité donnée au Netra MkII cadre aussi avec l’initiative « Atmanirbhar Bharat » (Inde autosuffisante), en s’appuyant sur une technologie radar indigène et l’intégration locale par Bharat Electronics Limited (BEL) et HAL, réduisant les dépendances étrangères.

Bien que le programme rotodome 360° soit actuellement relégué à l’arrière-plan, le DRDO n’a pas totalement abandonné l’idée. Les enseignements tirés du développement du Netra MkII, notamment dans les technologies AESA et l’intégration système, pourraient alimenter un futur programme AWACS si les besoins opérationnels évoluent. Un système rotodome pourrait devenir indispensable face à l’apparition de plateformes furtives plus sophistiquées ou si l’IAF étend sa projection de puissance dans l’IOR.