Alors que l’Armée de l’air indienne (IAF) fait face à un déclin de ses capacités opérationnelles dans un contexte régional de menaces croissantes, le ministère de la Défense accélère les démarches pour obtenir l’Acceptance of Necessity (AoN) en vue de l’acquisition de 114 avions de combat multirôle (MRFA) dans le cadre d’un appel d’offres majeur estimé à environ 20 milliards de dollars.
La finalisation du processus AoN est prévue pour novembre 2025. Toutefois, le choix entre un appel d’offres ouvert ou une procédure gouvernement-à-gouvernement (G2G) n’est pas encore arrêté, ce qui pourrait favoriser l’achat supplémentaire de Rafale auprès de la France. Le montage industriel envisagé comprendrait une production locale dans des installations appartenant à Dassault, combinée à un approvisionnement en composants nationaux, afin de concilier les ambitions de l’initiative “Make in India” avec les besoins opérationnels urgents.
Le programme MRFA, relancé à partir de l’appel d’offres Medium Multi-Role Combat Aircraft (MMRCA), vise à moderniser la flotte en intégrant 114 chasseurs avancés de 4,5e génération, afin de renforcer les capacités de combat de l’IAF. L’aviation indienne opère actuellement à hauteur de 31 escadrons, alors que la dotation autorisée est de 42. Le retrait progressif des plateformes anciennes telles que les MiG-21, Jaguar et Mirage 2000, prévu entre 2025 et 2030, creuse un déficit critique. L’opération « Sindoor » en mai 2025, un bref mais intense conflit Inde-Pakistan marqué par l’usage de drones en essaim et d’attaques aériennes, a mis en lumière la nécessité d’une modernisation rapide, avec les Rafale jouant un rôle clé dans les frappes longue distance contre des cibles pakistanaises.
Ce projet, l’une des acquisitions de défense les plus importantes de l’Inde, met l’accent sur une production sous licence sur le territoire national avec un transfert technologique (ToT) substantiel, visant à atteindre un contenu indigène de 70 à 80 %. Le ministère de la Défense prévoit de soumettre le dossier AoN au Defence Acquisition Council (DAC) entre octobre et novembre 2025, lançant ainsi formellement le processus d’achat.
Ce calendrier correspond aux prévisions initiales qui tablaient sur un lancement de la demande de propositions (RFP) début 2025, malgré quelques retards. Le chef adjoint de l’IAF a souligné que le MRFA est « nécessaire en urgence », insistant sur le recul du nombre d’escadrons aggravé par les retards des programmes nationaux comme le Tejas Mk1A et Mk2.
Le ministère doit trancher entre un appel d’offres multivendeur ouvert et un accord G2G simplifié, chacun ayant des implications distinctes en termes de rapidité, coût et localisations industrielles. Un appel d’offres ouvert, évoqué dans des rapports d’octobre 2024, inviterait des compétiteurs mondiaux, garantissant transparence et concurrence, conformément à la Defence Procurement Procedure (DPP) 2020.
Cependant, cette option pourrait étendre le processus de 4 à 5 ans, impliquant évaluations, essais et négociations, repoussant les premières livraisons au début des années 2030. Les candidats potentiels incluent le Rafale français, les américains F-21 (Lockheed Martin) et F/A-18 Super Hornet (Boeing), l’Eurofighter Typhoon, le Gripen suédois (Saab), ainsi que les russes Su-57E ou Su-75, tous soumis à des exigences de production locale et de transfert de technologie.
En revanche, un contrat G2G, similaire à celui de 2016 pour l’achat de 36 Rafale, permettrait une mise en œuvre plus rapide, en évitant les longues procédures d’appel d’offres tout en s’appuyant sur les canaux diplomatiques pour accélérer approbations et livraisons. L’IAF penche apparemment pour cette option afin d’acquérir 114 Rafale supplémentaires, invoquant des avantages économiques et logistiques, particulièrement après l’expérience de l’opération Sindoor où les Rafale ont démontré leur supériorité. Selon des sources, une approche G2G pourrait voir les premiers appareils livrés directement de France, suivis d’une production locale, réduisant les délais à 3-4 ans pour la formation du premier escadron. Néanmoins, les controverses passées concernant le contrat Rafale, notamment les obligations de compensation industrielle et les questions tarifaires, incitent le gouvernement à rechercher un modèle « transparent et sans polémique ».
Un accord G2G avec la France apparaît comme la piste la plus probable, compte tenu de la familiarité de l’IAF avec le Rafale et de la commande navale en cours de 26 Rafale-M validée en avril 2025. La Russie pousse également pour un accord G2G sur le Su-57E, avec une coproduction envisagée chez HAL pour 50 à 60 unités, dans le contexte de la visite présidentielle de Vladimir Poutine en septembre 2025. Les États-Unis proposent le F-35 via un accord G2G mais rencontrent des obstacles liés aux sanctions CAATSA et au faible transfert de technologie.
Si le choix d’une procédure G2G se confirme, le Rafale de Dassault sera en tête, sur la base du succès du contrat précédent et des collaborations industrielles récentes. La variante Rafale F4, dotée d’avionique avancée, de fusion de capteurs et compatible avec des armements indiens comme le missile Astra, déjà testé lors d’exercices tels que Red Flag-Alaska 2024, pourrait constituer la flotte principale. Ce type d’accord impliquerait une fabrication locale pour respecter les objectifs d’indigénisation, avec une première série d’avions livrée prête au vol, suivie d’appareils assemblés en Inde.