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Ce qui a commencé comme une initiative menée par l’Armée de l’Air indienne (IAF) sous l’égide de l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) est devenu un programme clé à l’échelle des trois armées dans l’architecture de défense aérienne de l’Inde. Le projet Kusha, un missile sol-air longue portée (LRSAM) de conception indigène, comparable au russe S-500, suscite un intérêt marqué de l’Armée de Terre, tandis que la Marine indienne a confirmé sa participation. Selon des sources proches des services de défense indiens, l’IAF s’est engagée à déployer cinq escadrons en complément de ses régiments S-400, alors que la Marine développe une variante M2 lancée depuis des navires. L’Armée, sans avoir finalisé ses configurations, pourrait opter pour un intercepteur M2 autonome destiné à protéger des infrastructures stratégiques, marquant ainsi une volonté commune d’instaurer une défense aérienne multi-couches et mobile d’ici 2030.

Approuvé par le Comité de Sécurité du Cabinet (CCS) en 2022 avec un financement de 21 700 crores INR dédié au développement et aux premiers achats, le projet Kusha comprend trois principales classes d’intercepteurs : M1 (150 km), M2 (250 km) et M3 (350 km), pouvant être étendues à quatre variantes pour répondre à des menaces spécifiques. Cette évolution traduit la prise en compte par les forces armées de la nécessité d’une défense aérienne intégrée face aux missiles hypersoniques, avions furtifs et essaims de drones, dans un contexte de tensions croissantes aux frontières.

Initialement conçu comme un programme de l’IAF pour combler les lacunes en matière d’interception longue portée, le projet Kusha a vu son champ d’action s’élargir à la mi-2025 quand la Marine a manifesté son intérêt pour une adaptation maritime. Le Research Centre Imarat (RCI) de Hyderabad, un centre de recherche du DRDO spécialisé dans la propulsion et la guidage, a depuis adapté le missile M2 pour des systèmes de lancement vertical (VLS) embarqués sur destroyers et frégates. Par ailleurs, les discussions en cours au sein de l’Armée, alimentées par les retours d’expérience de l’opération Sindoor en mai 2025, marquent un tournant vers une adoption à grande échelle.

Selon des sources au sein du milieu de la défense, des discussions interarmées de haut niveau ont eu lieu en septembre 2025, lors desquelles l’Armée a souligné les vulnérabilités des bases avancées le long de la ligne de contrôle réel (LAC). Contrairement à l’approche globale de l’IAF, l’Armée privilégie une intégration pragmatique, à l’image de ses stratégies avec les systèmes Akash et QRSAM. Cette convergence tri-service promet des économies d’échelle importantes, la production commune chez Bharat Dynamics Limited (BDL) pouvant réduire les coûts unitaires de 20 à 25 %.

En tant qu’acteur principal du programme, l’IAF a réaffirmé son engagement à mettre en service cinq escadrons Kusha d’ici 2033, répondant directement à la pénurie d’escadrons et étendant la portée des S-400. Chaque escadron, composé de 8 à 10 lanceurs, de radars multifonctions et de plus de 200 intercepteurs, offrira une couverture à 360° jusqu’à 350 km, en s’intégrant au système intégré de commandement et contrôle aérien (IACCS) pour une réponse automatisée aux menaces.

Les essais du missile intercepteur M1 débuteront fin 2025, avec une montée en puissance opérationnelle prévue pour 2028. Ce renfort équipera des secteurs clés tels que le Western Air Command, permettant des interceptions préventives contre des incursions de chasseurs chinois J-20 ou des armes de dissuasion pakistanaises. Comme l’a souligné le chef de l’IAF, le Maréchal de l’Air V.R. Chaudhari, en juin 2025, « Kusha n’est pas un remplacement, c’est un multiplicateur pour notre triade S-400 ».

La Marine indienne mise sur la variante M2, spécialement adaptée pour être lancée depuis des plateformes navales telles que les destroyers de classe Kolkata et les futures frégates du projet 18. Ce missile naval peut engager des missiles antinavires à faible altitude ainsi que des menaces hypersoniques terminales à plus de Mach 7. Le M2 conserve le cœur technologique de Kusha — propulsion à double impulsion et capteurs RF actifs — tout en intégrant des lanceurs résistant à la corrosion et des systèmes GPS/INS adaptés aux conditions dynamiques en mer.

La participation prudente de l’Armée au projet Kusha traduit un changement doctrinal : passer de défenses ponctuelles à des « parapluies » à l’échelle de théâtre, protégeant les nœuds logistiques et les corps de frappe. Bien que la décision ne soit pas encore arrêtée, il semble que l’Armée privilégie un système M2 autonome, déployable sous forme de batteries mobiles, similaire à l’approche navale, avec une portée de 250 km visant la protection d’actifs stratégiques tels que les dépôts de munitions au Ladakh ou dans les zones avancées du Rajasthan.

Cette adaptation spécifique à chaque force rappelle les choix différenciés entre le QRSAM de l’Armée et l’Akash-NG de l’IAF. La gamme complète M1-M3 reste toutefois à l’étude, avec une forte insistance sur la mobilité via des lanceurs transportés par camion (TEL) équipés de conteneurs amortis pour les terrains accidentés. « L’Armée cherche à bénéficier d’une létalité prête à l’emploi sans engagement excessif », indique une source, la décision finale devant dépendre de la répartition budgétaire en 2026. Quoi qu’il en soit, cette coopération garantit un haut degré d’indigénisation, avec plus de 70 % de contenu local.

Force Niveau d’engagement Variante(s) privilégiée(s) Domaines clés Date prévue d’entrée en service
Armée de l’Air (IAF) 5 escadrons (confirmés) Famille complète M1, M2, M3 Complément S-400, bases aériennes 2028-2032
Marine Batteries navales M2 M2 (lancement embarqué) Dissuasion/contrôle maritime, interception des missiles anti-navires 2027-2030
Armée de Terre Intérêt (décision en attente) M2 autonome (probable) Protection des infrastructures, mobilité 2029 et au-delà

L’extension du projet Kusha aux trois services implique une harmonisation des réseaux de commandement, intégrant le système Akashteer de l’Armée, l’IACCS de l’IAF et l’IMAC de la Marine, afin d’éviter toute compartimentation. L’élargissement à une quatrième variante, dotée d’un intercepteur antisatellite, complexifie le calendrier, mais le financement du CCS devrait amortir les éventuels retards. Avec des essais du M1 imminents, Kusha incarne l’esprit de l’Aatmanirbhar Bharat (Inde autotrophe) en matière de défense, rivalisant avec les systèmes étrangers à une fraction du coût d’importation.