L’aéroport de Glasgow Prestwick, acquis par le gouvernement écossais pour seulement 1 £ en 2013 afin d’éviter sa fermeture, est devenu plus d’une décennie plus tard un élément clé de la logistique militaire britannique et alliée. Cette opération s’est révélée être une stratégie payante.

Selon Audit Scotland, ce rachat a empêché la fermeture immédiate de l’aéroport après le retrait d’acheteurs privés. Depuis, Prestwick a enregistré six années consécutives de bénéfices d’exploitation, grâce à la croissance du trafic cargo et aux activités de maintenance menées par des compagnies aériennes telles que Ryanair. Ce qui était autrefois une activité de défense accessoire est désormais devenue une routine.

Des avions de transport américains, canadiens ainsi que des appareils de partenaires du Moyen-Orient utilisent régulièrement la base pour des ravitaillements et des escales. Les commandants militaires soulignent que la position géographique de l’aéroport et sa capacité en font un site idéal pour les arrivées transatlantiques et les opérations d’entraînement. À partir de 2026, Prestwick jouera un rôle accru lorsque la Royal Air Force (RAF) y déplacera sa flotte de Voyager durant les travaux sur la piste de Brize Norton. Un avis d’attribution direct de Londres mentionne les communications sécurisées, l’espace disponible sur l’aire de stationnement et la capacité d’accueillir jusqu’à sept avions simultanément.

Le Canada a quant à lui établi à Prestwick un détachement semi-permanent appelé Air Task Force Prestwick. Cette unité appuie les lignes d’approvisionnement vers l’Ukraine ainsi que les déploiements de l’OTAN. Fin 2023, les autorités de défense ont fait état de plus de 20 millions de livres de fret acheminé par les avions canadiens vers l’Europe en transit vers Kyiv.

Le nouveau constructeur de défense britannique Aeralis a même proposé la production de jets légers modulaires à Prestwick, dans l’éventualité où le Royaume-Uni choisirait un avion d’entraînement assemblé localement pour remplacer les flottes vieillissantes et les Hawk des Red Arrows. Les syndicats estiment que ce projet pourrait relancer une production aéronautique complète en Écosse. Ce plan reste toutefois conditionné à des commandes gouvernementales et demeure au stade de proposition.

Les données de performance démontrent que la relance dépasse désormais le cadre militaire : Prestwick a affiché un bénéfice d’exploitation de 3,5 millions de livres sterling pour l’exercice clos en mars 2025, soit 300 000 £ de plus que l’année précédente, atteignant son objectif annuel dès septembre. La direction précise que le volume de fret augmente rapidement, notamment avec le lancement de services quotidiens par deux compagnies chinoises en 2025. Le trafic cargo structure désormais 150 nouveaux emplois.

Le gouvernement écossais indique vouloir restituer la gestion de l’aéroport au secteur privé dès que cela sera viable. Les ministres devront néanmoins prendre en compte les contrats de défense existants, incluant les accords avec les agences militaires américaines et la présence permanente du Canada.

Au cours des 18 derniers mois, environ 10 millions de livres ont été réinvestis dans l’infrastructure de l’aérodrome et les équipements au sol, selon la direction. Le trafic globalement plus modéré comparé aux grands hubs permet une planification des modernisations sans perturber les mouvements alliés. Les responsables soulignent que la position sur la côte ouest et le climat relativement stable continuent d’attirer des opérateurs logistiques.

Initialement, le gouvernement écossais avait acquis l’aéroport pour protéger l’emploi et garantir la connectivité, sans envisager d’en faire une base militaire. Dix ans plus tard, la donne a changé. Sans cette intervention, la RAF aurait dû trouver des solutions alternatives durant les travaux à Brize Norton, et le Canada aurait perdu un hub européen essentiel. La valeur militaire de Prestwick s’est donc révélée a posteriori.

Cette valeur stratégique repose finalement sur un constat simple : Prestwick est resté ouvert.