Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes dans la région Indo-Pacifique, notamment entre l’Inde et la Chine, les questions liées aux capacités de combat aérien prennent une importance cruciale. Le Rafale F4 de Dassault Aviation, un chasseur multirôle de 4,5 génération éprouvé en combat, constitue un pilier de la stratégie de défense indienne, renforcée par ses succès récents comme lors de l’opération Sindoor contre le Pakistan. Avec la présentation du Shenyang J-35A, un chasseur furtif de cinquième génération chinois dévoilé au Salon aéronautique de Zhuhai 2024 et récemment entré en production, une interrogation majeure se pose : le Rafale F4 est-il en mesure de rivaliser avec cette nouvelle menace ? Cette analyse comparative examine les caractéristiques, les forces et les scénarios potentiels, à partir d’expertises et d’éléments récents.
Le Rafale F4 représente la dernière évolution de la plateforme polyvalente de Dassault Aviation, entrée en service dans l’Armée de l’air et la Marine françaises en 2023. Cette version améliore le réseau tactique, l’intelligence artificielle pour l’aide à la décision du pilote, le radar AESA (à balayage électronique actif) ainsi que l’intégration d’armes de nouvelle génération telles que les missiles air-air MICA-NG. Conçu pour des opérations « omni-rôles », il peut alterner efficacement entre supériorité aérienne, frappes au sol, reconnaissance, missions anti-navires voire dissuasion nucléaire. L’engagement de l’Inde pour 114 Rafale « Made in India », d’une valeur de 22 milliards de dollars, témoigne de sa confiance dans l’appareil, confortée par son aptitude réelle au combat : le système de guerre électronique Spectra du Rafale a notamment évité plusieurs missiles PL-15 chinois lors de l’opération Sindoor.
Le J-35A est quant à lui le second chasseur furtif chinois de cinquième génération, venant compléter le plus lourd J-20. Développé par la Shenyang Aircraft Corporation comme variante terrestre du J-35 embarqué (issu du prototype FC-31), il a été présenté publiquement en novembre 2024 et a débuté une production en série limitée à l’été 2025. Propulsé par deux moteurs WS-13E ou WS-19 avancés, le J-35A mise sur la furtivité, la fusion des capteurs et la polyvalence pour des missions de supériorité aérienne, de frappes au sol ou en mer, ainsi que d’interception de bombardiers ou missiles de croisière. Les médias d’État chinois mettent en avant ses capacités de « première détection, première frappe », en le présentant comme un chasseur moyen agile, intégré au combat en réseau et pouvant collaborer avec des drones (UAV). Des prototypes avec numéros de série ont été repérés en juillet 2025, et l’appareil a été présenté lors de la parade du 3 septembre 2025 pour la fête nationale, soulignant la volonté de Pékin de concurrencer la supériorité aérienne américaine et alliée dans la région.
Pour savoir si le Rafale F4 peut rivaliser, une comparaison des principales caractéristiques s’impose. Les données directes comparatives sont limitées en raison du faible recul opérationnel du J-35A. Toutefois, des simulations, analyses et confrontations analogues (par exemple Rafale contre F-35) offrent une meilleure compréhension. Le J-35A bénéficie d’un net avantage en furtivité, facilitant la détection précoce, mais le Rafale compense par son agilité reconnue, son expertise en guerre électronique et la portée de ses armements, ce qui pourrait contrebalancer dans des combats à longue portée (BVR) ou au corps à corps.
| Caractéristique | Dassault Rafale F4 | Shenyang J-35A | Analyse / Avantage |
|---|---|---|---|
| Génération | 4,5 (multirôle avancé avec furtivité partielle) | 5e (furtivité intégrale) | J-35A : furtivité favorisant la première détection. Rafale compte sur des revêtements discrets et la guerre électronique pour survivre. |
| Équipage | 1 ou 2 (monoplace C/M ou biplace B) | 1 (standard monoplace) | Égalité : le bimoteur biplace du Rafale facilite la formation et les missions complexes. |
| Dimensions | Longueur : 15,27 m ; envergure : 10,9 m ; hauteur : 5,34 m | Longueur : ~17,3 m ; envergure : ~11,5 m ; hauteur : ~4,8 m | J-35A : cadre légèrement plus grand pour plus de carburant et armement interne. |
| Masse (à vide / MTOW) | Vide : ~10 000 kg ; MTOW : 24 500 kg | Vide : ~13 000 kg (est.) ; MTOW : ~25 000 kg | J-35A : un peu plus lourd, sur potentiel de charge utile mais avec plus de traînée. |
| Moteurs | 2 × Snecma M88-2 (75 kN sec, 100 kN postcombustion) | 2 × WS-13E/WS-19 (~86-100 kN est.) | Égalité : propulsion bi-réacteur. M88 éprouvé pour supercroisière. |
| Vitesse max | Mach 1,8+ (~2 200 km/h) | Mach 1,8 (est.) | Égalité : vitesses de pointe comparables ; supercroisière possible sur les deux. |
| Rayon d’action | Ferry : 3 700 km ; rayon combat : ~1 850 km | Ferry : ~2 500 km (est.) ; rayon combat : >1 200 km | Rafale : autonomie plus importante sans ravitaillement, avantage en patrouille prolongée. |
| Plafond | 15 240 m | ~18 000 m (est.) | J-35A : plafond plus élevé utile pour interceptions. |
| Radar / Capteurs | Radar AESA Thales RBE2 ; OSF IRST ; suite guerre électronique Spectra | Radar AESA (KLJ-7A ou équivalent) ; IRST ; fusion de capteurs | J-35A : fusion avancée pour « première frappe ». Rafale excellent en brouillage et évitement, confirmé en opération Sindoor. |
| Furtivité (surface radar) | ~1 m² (furtivité partielle via revêtements) | <0,1 m² (baies internes strictes) | J-35A clairement en tête dans l’évasion radar. |
| Armement | 14 points d’emport ; Meteor (200+ km BVR), MICA-NG, SCALP, canon 30 mm ; charge utile jusqu’à 9 500 kg | Baies internes + externes ; PL-15 (200+ km BVR), PL-10, bombes de précision ; charge estimée à 8 000 kg | Égalité : missiles longue portée sur les deux ; Meteor du Rafale avec zone « no escape » supérieure. |
| Manœuvrabilité | 9g+ ; canard-delta assurant grande agilité | 8-9g (est.) ; aile intégrée pour stabilité | Avantage Rafale, sa super-manoeuvrabilité est éprouvée en combat rapproché. |
| Coût unitaire | ~130-150 millions $ (export F4 estimé) | ~80-100 millions $ (est., échelle de production) | J-35A potentiellement moins cher, adapté à la production de masse. |
| Expérience au combat | Importante (Libye, Syrie, opération Sindoor) | Aucune (prototypes uniquement en 2025) | Avantage Rafale : fiabilité prouvée en opérations réelles. |
Forces et faiblesses : analyse approfondie
Le Rafale F4 se distingue par sa polyvalence et ses systèmes de combat éprouvés. Sa suite Spectra, qui a notamment déjoué trois missiles PL-15 lors de l’opération Sindoor, offre une défense électronique robuste contre des menaces avancées comme celles du J-35A. L’intégration de l’IA améliore la conscience situationnelle du pilote en combat collaboratif, et ses 14 points d’emport permettent un large choix d’armements en mode non furtif. Par ailleurs, sa cinématique – avec un excellent rapport poussée/poids et une configuration canard-delta – confère un avantage en combats rapprochés où la furtivité est moins déterminante. Enfin, sa capacité « omnirole » offre une flexibilité opérationnelle que le J-35A, axé sur les frappes furtives, ne semble pas égaler.
Le J-35A exploite cependant les avantages de la cinquième génération. Sa très faible surface radar lui permet d’approcher sans être détecté et de tirer ses missiles PL-15 à distance de sécurité avant que le radar RBE2 du Rafale puisse verrouiller. La fusion de ses capteurs, combinant radar AESA, IRST et données réseau, permet des frappes de première détection vantées par les experts chinois. En tant que chasseur moyen, il complète le J-20 dans des tactiques de meutes, susceptibles de submerger des adversaires non furtifs grâce au nombre et au soutien de drones. Son rayon combat supérieur à 1 200 km et la compatibilité avec les porte-avions chinois via la variante embarquée J-35 ajoutent à sa menace stratégique, particulièrement en Mer de Chine méridionale ou le long de la ligne de contrôle effective (LAC). Toutefois, des moteurs encore peu éprouvés (retards des WS-19) et l’absence d’expérience opérationnelle soulèvent des questions de fiabilité, contrairement au Rafale fort de plus de 20 ans sur le terrain.
Scénario hypothétique : le Rafale F4 peut-il tenir tête ?
Face à face en combat longue distance (BVR), la furtivité du J-35A lui offrirait vraisemblablement l’initiative, lui permettant d’engager en premier et de conserver un profil bas grâce à ses baies internes. Des simulations comparables à celles conduites entre F-35 et Rafale – où la furtivité fait souvent la différence – estiment un taux de succès de 60 à 70 % en faveur du chasseur de cinquième génération. Néanmoins, si le Rafale survit à la première salve grâce à son brouillage Spectra et ses leurres, la supériorité du missile Meteor, avec son propulseur à statoréacteur et son large « no escape zone », pourrait inverser la tendance au-delà de 100 km.
En combat rapproché (WVR), l’agilité du Rafale, son casque de visée Thales Scorpion intégré en F4, lui donnent un avantage net. La forme aérodynamique furtive du J-35A pourrait en effet pénaliser sa manœuvrabilité. Dans un contexte plus large, un déploiement massif de Rafale (114 unités envisagées par l’Inde) soutenu par des avions AWACS pourrait neutraliser la furtivité du J-35A par la supériorité en nombre et la guerre électronique. Des analystes de The Diplomat et 19FortyFive estiment que si le J-35A marque un tournant technique pour la Chine, la maturité du Rafale fait de lui un adversaire redoutable, comme en témoignent ses succès face à la technologie chinoise lors des derniers conflits.