Le Centre de Recherche Imarat (RCI) de la Défense indienne (DRDO) a franchi une étape majeure en ouvrant officiellement la collaboration avec l’industrie privée et les start-ups indiennes pour co-développer des capteurs avioniques quantiques, technologies désormais considérées comme essentielles pour la future sixième génération d’avions de combat.
La technologie quantique appliquée à l’avionique n’est plus de la science-fiction. Elle marque une avancée décisive par rapport aux plateformes de cinquième génération actuelles, qui reposent sur des radars AESA avancés, des systèmes de détection infrarouge et des suites de guerre électronique. Les systèmes de dominance aérienne de demain bénéficieront d’une conscience situationnelle quasi parfaite, même en l’absence de GPS, lors de brouillage des communications ou face à des radars basse fréquence capables de révéler des avions furtifs.
Au cœur de cette révolution, le RCI concentre ses efforts sur trois domaines quantiques clés : la navigation inertielle quantique, la magnétométrie quantique et la détection radar ou lidar quantique. Ces capteurs, une fois aboutis, promettent une précision de navigation mesurée au centimètre après plusieurs heures sans GNSS, la détection d’avions furtifs à des distances rendant obsolètes les radars classiques, ainsi qu’une synchronisation temporelle si précise que des formations entières d’appareils pourront opérer sans émettre de fréquences radio.
Le RCI a déjà démontré en laboratoire des accéléromètres et magnétomètres quantiques avec une sensibilité plusieurs ordres de grandeur supérieure aux gyroscopes laser et fibre optique actuellement utilisés sur les avions Tejas et Rafale. La prochaine étape consiste à transformer ces systèmes quantiques, fragiles par nature, en modules compacts, résistants aux vibrations et thermiquement stables, aptes à fonctionner dans l’environnement extrême d’un chasseur évoluant à Mach 2+ et subissant des accélérations de 9g.
Le défi de miniaturisation et de robustesse est la raison principale pour laquelle le directeur du RCI, B.H.V.S. Narayana Murthy, a décidé d’ouvrir ce programme à l’industrie indienne via le Technology Development Fund et les appels à projets iDEX. Contrairement aux projets DRDO classiques, confinés au milieu des laboratoires, l’avionique quantique nécessite des compétences pointues en systèmes ultra-haut vide, circuits photoniques intégrés, détecteurs de photons uniques et refroidissement cryogénique, des domaines où plusieurs jeunes entreprises et start-ups indiennes comptent déjà parmi les acteurs mondiaux.
Des sociétés spécialisées en photonique sur silicium, en matériaux avec centres NV (diamant) et en interférométrie à atomes froids ont été approchées pour des développements conjoints et des partenariats de partage de risques. L’objectif est clair : fournir des modules capteurs quantiques certifiés pour le vol, prêts à être intégrés dès la phase 2 du programme AMCA et au sein des plateformes de sixième génération encore confidentielles, que l’Aeronautical Development Agency (ADA) commence à concevoir.
Les conséquences stratégiques sont considérables. Un système de navigation inertielle quantique est invulnérable au brouillage et à la falsification, offrant aux pilotes une capacité réelle de « vol en zone déniée » dans des espaces aériens contestés comme l’Himalaya ou la mer d’Arabie. Les magnétomètres quantiques pourront détecter des sous-marins immergés ou des engins explosifs improvisés enfouis, transformant chaque chasseur en un véritable nœud de renseignement multi-rôle. Plus fascinant encore, les prototypes de radars quantiques développés au RCI et dans les laboratoires partenaires utilisent des photons intriqués pour révéler des avions furtifs, quasi invisibles aux radars conventionnels.
Selon des sources industrielles proches de ces initiatives, le RCI est prêt à financer jusqu’à 90 % des coûts de développement pour les partenaires sélectionnés, avec un transfert complet du savoir-faire et une feuille de route industrielle clairement définie. Seule exigence majeure : la technologie issue de ces travaux doit rester entièrement indienne, du composant au capteur, jusqu’à l’intégration finale dans l’avion.