Article de 662 mots ⏱️ 4 min de lecture

Le royaume de Malaisie a décidé d’annuler l’achat de quatre hélicoptères UH-60 Black Hawk, après que le souverain actuel du pays les ait qualifiés de « cercueils volants ». Cette décision, annoncée publiquement lors d’un défilé militaire, reflète les préoccupations exprimées par le roi Sultan Ibrahim Iskandar concernant la sécurité et la pertinence de cet appareil pour les forces armées malaisiennes.

Lors de la célébration militaire à laquelle il participait, le Sultan Ibrahim, 17e roi de Malaisie, a critiqué le projet d’acquisition, rappelant que ces Black Hawks sont des appareils d’occasion, datant d’environ 30 ans, anciennement utilisés par l’armée américaine. « Veut-on mettre nos pilotes dans un ‘cercueil volant’ ? » a-t-il interrogé, selon le journal malaisien Utusan Malaysia.

Il n’est pas clair si cette déclaration visait à critiquer l’habitacle relativement exigu du HH-60, qui transporte moins de troupes que certains appareils américains comme le CH-53 ou l’avion à rotors basculants V-22 Osprey, ou s’il s’agissait d’un reproche concernant le bilan sécuritaire du Black Hawk. Aucune réponse officielle n’a été fournie par l’ambassade de Malaisie à Washington aux questions posées à ce sujet.

Sur le plan de la sécurité, les critiques du souverain semblent moins fondées. Un rapport de 2021 de la Government Accountability Office (GAO) des États-Unis montre que les modèles H-60 en service dans l’armée américaine et la Garde nationale sont, en termes d’accidents par heure de vol, environ deux fois plus sûrs que les hélicoptères CH-47 Chinook ou AH-64 Apache. De plus, l’accident aérien de janvier à Washington D.C., qui a coûté la vie à trois membres d’équipage et 64 civils, était le premier accident mortel impliquant un Black Hawk depuis septembre 2023. Ce crash a été attribué à une erreur humaine, sans lien direct avec un défaut technique de l’appareil.

Le scepticisme envers le Black Hawk pourrait également s’expliquer par la crainte du roi de reproduire des erreurs passées en matière d’équipement militaire. Sultan Ibrahim a rappelé un précédent négatif des années 1980, lorsque la Malaisie avait acquis, pour environ un million de dollars pièce, 88 avions A-4 Skyhawk de seconde main, tous issus des stocks retirés de l’armée américaine, principalement datant de la guerre du Vietnam.

Selon l’historique relaté par la presse locale et des associations d’anciens, seulement 40 appareils avaient finalement été livrés et aucun n’a dépassé une décennie d’utilisation, la plupart souffrant de problèmes mécaniques récurrents. Le souverain a mis en garde : « Ne répétons pas l’erreur d’acheter des Skyhawks d’occasion. » Ces déclarations ont été prononcées lors d’un défilé à la base Iskandar, commémorant le 60e anniversaire des Gerak Khas, les forces spéciales de l’armée malaisienne.

Le roi s’est également livré à une critique acerbe des procédures d’acquisition de matériel militaire dans le pays, dénonçant la forte influence des lobbyistes et d’anciens généraux reconvertis en commerciaux. « Je crois que tout cela s’est produit parce que le ministère de la Défense est rempli d’‘agents’ ou d’anciens généraux devenus ‘vendeurs’. Il y avait même des compagnies de textile qui sont venues proposer des drones », a-t-il déclaré.

Cette annulation soulève une question importante : vers quelles sources la Malaisie va-t-elle désormais se tourner pour s’équiper militairement ? Sultan Ibrahim a rencontré peu avant cette prise de position le président russe Vladimir Poutine à Moscou. Il avait aussi reçu en avril le Premier ministre chinois Xi Jinping, ce qui suggère un possible recentrage vers des fournisseurs alternatifs, notamment russes et chinois, dans le domaine du matériel de défense.