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Le Royaume-Uni prévoit de concevoir et de déployer son propre missile de croisière hypersonique d’ici à 2030, dans le but d’aligner ses capacités avec celles des grandes puissances mondiales telles que la Chine, la Russie et les États-Unis.

Ce projet vise à développer un missile capable d’atteindre des vitesses supérieures à Mach 5, soit cinq fois la vitesse du son. Le ministère de la Défense souhaite que ce missile soit intégralement conçu et fabriqué sur le territoire britannique, avec une mise en service prévue avant la fin de la décennie.

Le développement d’une arme hypersonique, dont la vitesse dépasse largement celle des missiles de croisière classiques, offrirait au Royaume-Uni la capacité de contourner les systèmes modernes de défense aérienne grâce à sa rapidité et à sa capacité de manœuvre en vol.

Le choix de la plateforme de lancement reste à déterminer, avec des options envisageant un déploiement depuis le sol, des avions de chasse ou des navires de guerre. Ces plans en sont encore à un stade préliminaire, et le ministère de la Défense n’a pas souhaité faire de commentaires détaillés compte tenu de la sensibilité de cette technologie.

« Nous poursuivons le développement de technologies hypersoniques pour renforcer les capacités souveraines avancées du Royaume-Uni. Nous continuons d’investir dans nos équipements afin de faire face aux menaces présentes et futures », a déclaré un porte-parole.

Un projet issu d’une démarche initiée

Cette annonce n’est pas totalement inattendue. Dès l’année dernière, le ministère de la Défense britannique avait lancé une initiative visant à renforcer sa capacité d’attaque hypersonique, matérialisée par un appel d’offres publié sur le site officiel britannique des marchés publics. Publié le 8 décembre 2023 sous la référence 2023/S 000-036268, cet appel d’offres décrit le « Cadre de développement des technologies et capacités hypersoniques ».

Ce cadre a pour objectif d’accélérer le développement de la capacité d’attaque hypersonique du Royaume-Uni et de faciliter la commercialisation des futurs éléments opérationnels relevant des technologies hypersoniques et proches. Évalué à environ un milliard de livres et étalé sur sept ans, ce programme ne se limite pas à la conception d’armements avancés, mais prévoit aussi de « favoriser la collaboration entre le ministère de la Défense, l’industrie et le monde académique ».

Le dispositif couvre une large gamme de services et fournitures répartis en huit lots distincts. Il englobe notamment la « recherche, les systèmes, les composants, les technologies, la fourniture d’infrastructures, les essais, ainsi que d’autres expertises et matériaux associés ». Ces lots concernent à la fois les « composants fonctionnels », tels que « systèmes de propulsion, structures aéronautiques, calculateurs de contrôle de vol, systèmes de guidage et capteurs », et les « composants non fonctionnels » comme « essais et évaluations, intégration aux plateformes, recherches académiques ».

Le cadre est conçu pour être flexible et permettre « l’intégration périodique de nouveaux fournisseurs tous les 6 à 12 mois environ », afin de rester pertinent dans un « environnement politique, technologique et réglementaire en constante évolution ».

Description officielle du cadre

« Dans le cadre de la stratégie de livraison de l’équipe Hypersonics (Royaume-Uni), le ministère britannique de la Défense (MoD) – équipement et soutien à la défense (DE&S) – prévoit d’établir un accord-cadre multisources pour les technologies et le développement des capacités hypersoniques. L’objectif est d’accélérer le développement de la capacité d’attaque hypersonique du Royaume-Uni et de faciliter la commercialisation de futurs éléments opérationnels liés aux technologies hypersoniques et adjacentes. Ce cadre favorisera la collaboration entre le MoD, l’industrie et le monde académique pour accélérer l’acquisition d’une capacité d’attaque hypersonique avancée. »

La nature de la procédure implique la fourniture de services et matériels répartis en huit lots distincts. La description de chaque lot est détaillée dans cet avis et dans l’invitation provisoire à soumissionner, accessible via le portail d’approvisionnement de la défense. Ce cadre servira à désigner des fournisseurs pour soutenir la recherche, le développement et les essais des technologies hypersoniques, couvrant différents niveaux de maturité technologique (TRL). Les produits et services livrés dans le cadre des marchés conclus pourront atteindre un niveau TRL 9.

Les services et matériels attendus incluent, sans s’y limiter, la recherche, les systèmes, composants, technologies, infrastructures, essais ainsi que d’autres expertises et matériaux. Ces éléments se répartissent en deux catégories : les composants fonctionnels (combustibles liquides et solides, systèmes de propulsion, structures aéronautiques, calculateurs de contrôle de vol, systèmes de guidage et capteurs, systèmes de communication et de liaison de données, intégration des systèmes, systèmes de contrôle de vol physiques, ogives, alimentation électrique, batteries, actionneurs, matériaux haute température et capteurs) et les composants non fonctionnels (essais et évaluations, intégration sur plateforme, recherche académique, autorité de conception des systèmes, modélisation et simulation, experts spécialisés, solutions intégrées, gestion thermique, infrastructures, planification de mission, assurance qualité). »

Les candidats au cadre devront passer par une procédure de qualification restrictive, comprenant notamment un questionnaire de pré-qualification disponible via le portail d’approvisionnement. Les candidats retenus seront ensuite invités à soumissionner lors de la phase d’appel d’offres.

L’avis précise que « les ordres d’exécution dans le cadre de l’accord seront attribués sous forme de contrats à bons de commande, soit par mini-concours, soit, dans certaines circonstances, par attribution directe ».