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Le Royaume-Uni reste-t-il une puissance mondiale ? La question revient fréquemment, souvent teintée de scepticisme.

Des années de turbulences politiques, une croissance timide et les conséquences du Brexit ont conduit beaucoup à se demander si le Royaume-Uni ne s’est pas relégué à un rôle plus modeste. Pourtant, la puissance ne se mesure pas en un seul critère. Lorsque l’on considère conjointement l’armée britannique, ses services de renseignement, sa dissuasion nucléaire et son influence internationale, le constat apparaît bien plus solide que ne le laissent penser les pessimistes.


Si les forces armées sont aujourd’hui plus réduites qu’il y a une génération, passant de plus de 200 000 en 2012 à un effectif moindre, leur équipement figure parmi les plus avancés au monde. La Royal Navy déploie deux porte-avions modernes et dispose, ponctuellement, de sous-marins d’attaque de la classe Astute. Par ailleurs, la construction des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la classe Dreadnought progresse pour remplacer la flotte Vanguard. L’Armée de l’air britannique opère des avions Typhoon et F-35, tout en expérimentant des systèmes sans pilote qui devraient prendre une place croissante dans la décennie à venir.

Le budget de la défense reste important. Avec plus de 80 milliards de dollars prévus en 2024, le Royaume-Uni se situe parmi les six premiers pays au monde. Si ce montant reste largement inférieur à celui des États-Unis et de la Chine, il surpasse celui de la France et dépasse la plupart des alliés de l’OTAN. Les gouvernements successifs ont annoncé vouloir porter ce budget à 2,5 % voire 3 % du PIB, bien que les contraintes budgétaires rendent cet objectif difficile à atteindre concrètement.

La dissuasion nucléaire demeure un pilier de la position stratégique britannique. Depuis 1969, le pays maintient en permanence un sous-marin en patrouille, garantissant ainsi une capacité de riposte indépendante. Si le stock d’armes nucléaires est plus réduit que ceux d’autres puissances, sa crédibilité n’est pas remise en cause. Avec le programme Dreadnought en cours, le Royaume-Uni conservera ce statut au moins jusqu’aux années 2030 et au-delà. Seuls quelques pays peuvent s’en prévaloir.

Les services de renseignement constituent aussi un levier important. MI6, MI5 et GCHQ restent au cœur de l’architecture mondiale de la sécurité. Le partenariat des Five Eyes offre un accès à des flux d’informations inaccessibles à la plupart des nations. Dans le domaine de la cybersécurité, le National Cyber Security Centre confère au Royaume-Uni un centre névralgique pour contrer les menaces numériques, plaçant régulièrement le pays parmi les meilleurs au niveau mondial. Ces capacités, souvent invisibles du grand public, consolident à la fois la défense nationale et le rayonnement international.

Le soft power ajoute une dimension supplémentaire. La portée internationale de la langue anglaise, la présence mondiale des universités britanniques et le rôle continu de la BBC confèrent au Royaume-Uni une empreinte culturelle bien plus étendue que sa taille. Londres reste l’un des principaux centres financiers mondiaux. Le Commonwealth offre des liens diplomatiques à travers l’Afrique, l’Asie et les Caraïbes. Enfin, le Royaume-Uni conserve sa place à la table des grandes instances internationales telles que l’OTAN, le G7 ou le Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, ces atouts cohabitent avec des contraintes réelles. L’économie britannique a connu une croissance lente, légèrement supérieure à 1 % l’an dernier, et la productivité stagne depuis la crise financière. Dette, inflation et pression sur les services publics limitent les marges de manœuvre budgétaires. Sur le plan mondial, la part du Royaume-Uni dans la production économique globale est nettement plus faible qu’au milieu du XXe siècle. De même, les effectifs humains ne sont plus ce qu’ils étaient.

Le bilan reste néanmoins clair : le Royaume-Uni n’est pas une superpuissance au niveau des États-Unis ou de la Chine, mais il ne s’agit pas non plus d’un acteur marginal. Son arsenal nucléaire, son armée modernisée, ses services de renseignement de premier plan et son réseau diplomatique étendu le placent dans une catégorie à part, aux côtés de la France et devant la plupart des autres puissances comparables. Combinés à une influence culturelle importante et à la capacité à agir en coordination avec ses alliés, ces éléments garantissent que le Royaume-Uni compte toujours en 2025.

La question n’est donc pas tant de savoir si le pays est puissant, mais comment il choisit d’exercer cette puissance. Les ressources existent pour jouer un rôle significatif sur la scène internationale, mais elles exigent des investissements soutenus et une orientation politique claire. L’influence britannique n’est plus acquise de facto ; elle doit être entretenue par des décisions prises sur le plan national.

Si ces choix sont faits avec discernement, le Royaume-Uni continuera de peser dans les affaires mondiales pour les décennies à venir.