Le Royaume-Uni franchit une étape majeure dans sa posture nucléaire avec l’acquisition prévue des chasseurs F-35A, réintroduisant une capacité nucléaire aéroportée et rétablissant ainsi, pour la première fois depuis une génération, une dyade nucléaire britannique. Ce renforcement s’inscrit dans un contexte stratégique de plus en plus tendu en Europe.

Le F-35A, différent de la variante F-35B à décollage court et atterrissage vertical déjà en service au Royaume-Uni, est capable de transporter des charges nucléaires comme conventionnelles. Cette capacité permettra au Royaume-Uni de participer à la mission de partage nucléaire de l’OTAN, qui repose sur les bombes à gravité américaines B61 et implique sept autres alliés de l’Alliance.

Le système Trident, basé en mer, continue d’assurer une dissuasion indépendante mais le F-35A dépendra d’armes contrôlées par les États-Unis et ne pourra être utilisé qu’avec l’autorisation politique conjointe de Londres et Washington.

Depuis le retrait en 1998 de la bombe WE.177, le Royaume-Uni n’avait plus de capacité nucléaire aéroportée. Christian Le Miere, expert du Council on Geostrategy, situe ce retour à une menace stratégique aggravée, caractérisée par une « Russie revanchiste à l’est et un engagement américain en déclin pour la sécurité européenne ». Dans ce cadre, renforcer la dissuasion nucléaire britannique apparaît « essentiel pour la stabilité stratégique régionale ».

L’utilisation d’appareils polyvalents, selon Christian Le Miere, apporte une plus grande souplesse dans la gestion du message nucléaire et de l’escalade. Alors que le système Trident peut être équipé de munitions à faible rendement, tout lancement depuis un sous-marin classe Vanguard pourrait être perçu comme une frappe stratégique majeure. En revanche, la capacité aérienne offre une option de signal plus contrôlable et visible.

L’achat des F-35A s’inscrit dans un plan plus large de réextension des forces nucléaires britanniques. Le stock nucléaire du Royaume-Uni avait culminé à plus de 500 ogives dans les années 1970, pour être réduit à 180 selon la revue stratégique de 2010. Cette tendance a été inversée lors de la Revue intégrée de 2021 qui a relevé la limite à 260 ogives. L’acquisition des nouveaux avions complète cette politique en diversifiant les vecteurs et en élargissant les engagements de dissuasion.

Cependant, cette décision soulève aussi des questions de souveraineté. Car les F-35A emporteront des armes américaines et seront intégrés au cadre décisionnel de l’OTAN, ce qui ne renforce pas la dissuasion indépendante du Royaume-Uni. La question stratégique centrale qui se pose est donc celle-ci : le Royaume-Uni doit-il développer une munition nucléaire aéroportée propre, ou continuer à dépendre des capacités américaines ?