Le Royaume-Uni suit avec intérêt la décision du Canada, premier client à l’étranger du système radar australien Jindalee Over-the-Horizon Radar (JORN), un contrat qui devrait devenir la plus grande exportation de défense jamais réalisée par l’Australie.

Le Premier ministre canadien fraîchement élu, Mark Carney, a confirmé un accord de 6,5 milliards de dollars canadiens avec l’Australie pour l’acquisition de la technologie JORN, après un échange avec son homologue australien Anthony Albanese. Cette annonce a été faite lors d’une visite officielle dans le territoire arctique de Nunavut, où Carney a souligné l’importance du système pour détecter et répondre aux menaces dans les approches nordiques du Canada.

« Il permettra avant tout d’assurer la sécurité de tous les Canadiens », a déclaré Mark Carney. La version canadienne du radar soutiendra l’initiative bilatérale de défense aérospatiale NORAD entre les États-Unis et le Canada, avec une capacité de surveillance des menaces aériennes et maritimes bien au-delà de l’horizon.

Développé par des scientifiques australiens et construit par BAE Systems Australia, le système JORN est opérationnel depuis plus de 30 ans. Contrairement aux radars conventionnels à ligne de vue, JORN utilise des ondes radio à haute fréquence qui rebondissent sur l’ionosphère pour détecter des cibles jusqu’à 3 000 kilomètres. Cette capacité à opérer au-delà de l’horizon est considérée comme l’une des plus avancées mondialement.

Zone d’opération du JORN.

Alors que les États-Unis négociaient de longue date avec l’Australie sur ce système, les discussions ont été retardées par la revue des dépenses du Pentagone, connue sous le nom de DOGE audit. Profitant de ce délai, le Canada a agi rapidement pour finaliser le contrat avant Washington.

Selon les sources, « les Canadiens comptaient initialement suivre l’achat américain, mais les circonstances ont évolué rapidement. »

Le Royaume-Uni examine également la possibilité d’acquérir le système JORN. Selon le journaliste Andrew Greene, « le Royaume-Uni, où siège la maison-mère de BAE Systems Australia, a manifesté son intérêt pour cette technologie, mais n’a pas encore donné son accord officiel. »

Les stratèges britanniques considèrent probablement JORN comme un outil clé pour protéger leur espace aérien nordique et assurer une surveillance persistante à longue distance, notamment dans un contexte de renforcement des partenariats de défense dans l’Arctique et l’Indo-Pacifique. Cependant, le choix d’une technologie australienne face à des systèmes nationaux ou alliés soulève des questions politiques et industrielles qui restent à trancher.

Richard Marles, ministre australien de la Défense, a qualifié l’accord canadien de « probablement la plus grande exportation de l’industrie de défense australienne à ce jour », soulignant auprès d’ABC News Breakfast que ce contrat pourrait générer d’importants retours pour l’industrie nationale.

Fonctionnement du système

Le réseau radar opérationnel Jindalee (JORN) est un radar à détection au-delà de l’horizon (Over-the-Horizon Radar, OHR) exploité par l’Armée de l’air australienne (Royal Australian Air Force). Il est conçu pour détecter et suivre les activités aériennes et maritimes sur de très longues distances, avec une portée nominale de 1 000 à 3 000 kilomètres, pouvant atteindre plus de 4 000 kilomètres.

Le système émet des ondes radio à haute fréquence qui rebondissent sur l’ionosphère, ce qui lui permet de surveiller des zones bien au-delà de l’horizon radar classique. Cette capacité est fondamentale pour couvrir toutes les approches nord de l’Australie ainsi que certaines régions d’Asie du Sud-Est. JORN joue un rôle central dans les stratégies australiennes de surveillance et d’alerte précoce.

Outre la détection, JORN peut également mesurer des variables météorologiques comme la direction du vent ou la hauteur des vagues. Il est réputé capable de détecter des aéronefs à faible visibilité et des lancements de missiles à des distances intercontinentales.

Le réseau est composé de trois stations radar actives situées à Longreach (Queensland), Laverton (Australie-Occidentale) et Alice Springs (Territoire du Nord). Chaque station comprend une paire émetteur-récepteur spatialement séparée pour réduire les interférences mutuelles.

Les émissions utilisent la technologie Frequency-Modulated Continuous Wave (FMCW) dans une plage de fréquences de 5 à 30 MHz, bien inférieure aux radars conventionnels. L’orientation des faisceaux se fait électroniquement, sans déplacement physique des antennes. La détection repose sur l’analyse des décalages Doppler et des différences de phase sur un vaste réseau d’antennes.

L’efficacité du système dépend d’un suivi continu des conditions ionosphériques, assuré par un réseau de douze ionosondes verticales qui cartographient l’état de l’ionosphère toutes les 225 secondes.

Le Centre de coordination JORN (JCC), implanté à la base aérienne RAAF d’Edinburgh en Australie-Méridionale, gère les flux de données et coordonne avec d’autres agences de défense et de renseignement. L’exploitation opérationnelle est assurée par l’unité No. 1 Remote Sensor Unit (1RSU).

Les données recueillies servent non seulement la surveillance défensive, mais également des objectifs stratégiques plus larges, tels que la détection de missiles et la connaissance de la situation dans l’espace. Lancé dans les années 1970, le projet a connu plusieurs phases d’amélioration, dont un contrat de modernisation de 1,2 milliard de dollars attribué à BAE Systems en 2018.

JORN présente une sensibilité suffisante pour détecter de petits aéronefs comme un Cessna 172 à plus de 2 500 kilomètres. Cependant, ses performances restent dépendantes des conditions atmosphériques et solaires, notamment les fluctuations ionosphériques et les phénomènes météorologiques extrêmes. Comme tous les radars Doppler, JORN est limité dans la détection d’objets se déplaçant tangentiellement à la ligne de visée ou à la même vitesse que le milieu environnant.