Le secrétaire d’État à la Défense des Pays-Bas a évoqué la possible libération du logiciel du F-35, soulevant des questions sur l’autonomie opérationnelle de cet avion de combat clé. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et plusieurs pays européens.
Depuis sa prise de fonction en juillet 2024, le secrétaire d’État à la Défense néerlandais, Christophe van der Tuinman, a déclaré que, malgré les frictions entre le gouvernement américain et de nombreuses nations européennes, la question est encore examinée quant à savoir si des mesures pourraient être prises pour restreindre l’accès au F-35. Ces mesures pourraient prendre la forme d’une interruption de la chaîne d’approvisionnement ou d’un arrêt des mises à jour logicielles, mettant en péril le fonctionnement continu de l’avion, seul appareil de combat des forces aériennes néerlandaises.
Il a été précédemment indiqué que le concept simpliste d’un « interrupteur de sécurité » contrôlé par les États-Unis sur le F-35 relève probablement de la fiction. Néanmoins, la dépendance aux mises à jour logicielles, aux fichiers essentiels de mission (Mission Data Files, MDF) et au système sophistiqué de maintenance et de logistique, tous sous contrôle américain, expose potentiellement des vulnérabilités en cas de retrait de ce soutien sur le long terme.
Il est aussi argumenté que toute décision américaine de couper l’accès ou le support du F-35 à ses alliés pourrait finalement se retourner contre ses propres intérêts, nuisant à la réputation des exportations militaires américaines et fragilisant la défense aérienne européenne, qui deviendrait alors encore plus dépendante des États-Unis, ce que Washington cherche d’ordinaire à éviter.
Malgré cela, van der Tuinman a affirmé qu’en cas de scénario catastrophique, le logiciel du F-35 pourrait, par des moyens inconnus, être modifié sans autorisation par des opérateurs externes. Il a comparé cette situation au « jailbreak » d’un iPhone, procède qui permet à un utilisateur d’accéder à des fonctions normalement verrouillées par Apple, au risque d’annuler la garantie et de fragiliser la sécurité du système.
Il est impossible de vérifier la véracité de ces assertions ou leur origine. Il est possible qu’il s’agisse simplement d’une spéculation ou d’informations non confirmées. Le secrétaire d’État a refusé d’entrer dans les détails, précisant que ce sujet ne lui semblait pas approprié à être discuté publiquement.
Face à la montée des tensions transatlantiques, il n’est pas surprenant que certains utilisateurs finaux du F-35 aient envisagé cette éventualité. Même en période de bonnes relations, la mise en place de plans de contingence est courante. Cela dit, compte tenu de la complexité du code source du F-35, qui compte plus de 8 millions de lignes, et des dispositifs de sécurité avancés censés protéger ce logiciel, une telle entreprise serait extrêmement difficile à mener.
Complexités du logiciel du F-35
Tout au long du programme, des déclarations contradictoires ont circulé concernant le degré d’accès des alliés au code source de l’appareil. Parmi tous les opérateurs, seuls le Royaume-Uni — unique partenaire de niveau 1 durant le développement du F-35 et où est basée BAE Systems, contributrice du code source — et Israël, qui dispose d’un consentement exclusif pour modifier et mettre à jour certains éléments de sa version nationale F-35I « Adir », bénéficient d’un accès poussé. Le Japon aurait reçu un accès limité en 2019. Les Pays-Bas, partenaires de niveau 2, n’auraient pas d’accès direct.
En plus des défis techniques, toute modification non autorisée par un pays sur ses F-35 risquerait d’exclure ses appareils des futurs développements et mises à jour officielles, les confinant à leur configuration actuelle. Cela limiterait l’intégration de nouvelles armes, capteurs ou technologies. De plus, l’accès aux fichiers MDF actualisés, indispensables pour identifier et contrer les équipements adverses les plus récents, pourrait être restreint.
Il n’est pas certain que, même si la libération logicielle évoquée par van der Tuinman devenait possible, des modifications ou mises à jour substantielles puissent être réalisées indépendamment par un pays sans la connaissance approfondie des fabricants originels. De surcroît, cette « libération » logicielle ne résoudrait pas une éventuelle interruption de la chaîne d’approvisionnement physique. Bien que certaines pièces du F-35 soient produites en Europe, notamment par les Pays-Bas, beaucoup d’autres composants sont exclusivement fabriqués aux États-Unis. Les usines européennes assurent l’assemblage final de l’avion et de son moteur F135, mais dépendent de la livraison transatlantique des pièces détachées.
Cette chaîne logistique complexe implique des pays du monde entier, fournissant un réseau centralisé de pièces et ressources. Ce système, coordonné via les plateformes ALIS et ODIN (systèmes de gestion logistique et de maintenance), permet de livrer les pièces au bon moment et endroit. Cette organisation explique également pourquoi plusieurs pays s’opposent aux pressions visant à limiter l’approvisionnement en pièces détachées vers Israël, ce qui serait pratiquement impossible à mettre en œuvre sans perturber l’ensemble du programme F-35.