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Le secrétaire à la Défense indien, Rajesh Kumar Singh, a récemment fait le point sur le projet du turboréacteur Kaveri, soulignant l’évolution stratégique de ce programme clé dans la quête d’autonomie technologique aéronautique de l’Inde.

Initialement conçu pour équiper l’avion de combat léger (LCA) TEJAS, le moteur Kaveri est désormais redirigé vers des applications dans les véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV), notamment le projet de drone furtif Ghatak. Ce changement de cap fait suite aux difficultés rencontrées par l’Organisation de recherche et de développement pour la défense (DRDO) pour atteindre le rapport poussée/poids requis.

Le moteur Kaveri, dans sa version dite « dry » (sans postcombustion), a démontré une poussée comprise entre 49 et 51 kN lors de tests au sol et en haute altitude effectués en Russie. Ces performances le rendent approprié pour des usages dans des systèmes de drones, notamment dans des programmes MALE (moyenne altitude – longue endurance).

Rajesh Kumar Singh a précisé que cette réorientation du projet vise à faciliter la cession de licences technologiques à des partenaires privés indianisés, avec actuellement 24 entreprises nationales en compétition pour la production de 87 drones MALE. Cette dynamique traduit une maturation du secteur privé dans le domaine aéronautique militaire indien.

Parallèlement, la DRDO propose de co-développer avec un partenaire international de premier plan un nouveau moteur à réaction de 120 kN de poussée. Ce programme ambitieux, récemment mis en avant lors du discours du Premier ministre pour la fête de l’Indépendance, prévoit une propriété intellectuelle entièrement indienne ainsi qu’une production domestique intégrale. Des prototypes sont attendus dans environ huit ans, suivis d’une phase de certification.

Le projet Kaveri illustre l’engagement de l’Inde vers une souveraineté technologique renforcée, réduisant la dépendance aux fournisseurs étrangers dans un contexte géopolitique marqué par des perturbations majeures des chaînes d’approvisionnement globales, affectant aussi des systèmes sophistiqués comme le S-400.

Des jalons récents incluent l’autorisation pour les essais en vol sur un banc d’essai volant, notamment un Ilyushin Il-76 modifié. Ces tests interviennent après plus de 140 heures d’essais précédents et des essais en haute altitude ayant dépassé les objectifs de poussée initialement fixés pour un UAV.

Malgré les progrès, le secrétaire Singh a souligné certaines difficultés persistantes, notamment des retards dans la livraison de moteurs étrangers, comme ceux fournis par General Electric. Des clauses strictes de contrats à livraison en un an ont été mises en place pour renforcer la responsabilité des fournisseurs, qu’ils soient domestiques ou internationaux.

Ce projet multiple, avec d’une part la reconversion du Kaveri pour drones et d’autre part la création d’un moteur haute poussée nouvelle génération, consolide la souveraineté de l’Inde en matière de propulsion aéronautique. Le moteur Kaveri pourrait également servir de base pour des plateformes futures telles que les dérivés de l’AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft).

En outre, des améliorations techniques comme l’intégration d’un postcombustion permettant d’atteindre une poussée de 73 à 75 kN sont en cours. Ces efforts conjoints de la DRDO et de l’établissement de recherche sur les turbines à gaz (GTRE) témoignent d’une persévérance malgré les revers historiques rencontrés depuis les années 1980.

Ce double axe de développement illustre la volonté de l’Inde de renforcer son autonomie dans un environnement stratégique international de plus en plus tendu.