Le sous-marin canadien HMCS Corner Brook a utilisé un torpille lourd Mk 48 Mod 7AT pour porter le coup décisif contre le croiseur de classe Ticonderoga, mis hors service, USS Mobile Bay lors de l’exercice RIMPAC 2026 au nord de Kauai, à Hawaï.
Ce vaste exercice multinational a combiné les capacités de frappe des forces terrestres, aériennes, de surface et sous-marines afin de tester la précision du tir coordonné sur une cible navale de grande taille évoluant dans des eaux de grande profondeur. Cette attaque a confirmé la reprise opérationnelle de la force sous-marine canadienne, rétablissant une chaîne d’attaque active après 14 ans sans cycles opérationnels réguliers.
Au cours de l’exercice SINKEX, les forces alliées ont lancé une combinaison de roquettes M142 HIMARS, missiles antinavires Type 12, missiles AGM-158C LRASM, missiles Spike NLOS et torpilles lourdes contre la coque du bâtiment en service de déconstruction, dans des eaux profondes de 4570 mètres.
Le HMCS Corner Brook a provoqué la perte définitive de la flottabilité du navire grâce à un torpille guidé par fil de commande Mk 48 Mod 7AT, à la suite d’un programme de remise à niveau et de modernisation d’une valeur de 695 millions de dollars canadiens.
Cette opération marquait la première participation d’un sous-marin canadien à RIMPAC depuis celle du HMCS Victoria en 2014, ainsi que le premier déploiement multinational majeur du HMCS Corner Brook depuis son retour au service opérationnel complet le 2 avril 2025. L’exercice a ainsi permis de vérifier la capacité du Canada à rétablir une chaîne complète d’attaque sous-marine, de la détection passive et classification des cibles au tir effectif des armes, après une période prolongée de 14 ans hors des cycles opérationnels classiques.
RIMPAC 2026 s’est déroulé du 24 juin au 31 juillet autour des îles hawaïennes, rassemblant 31 pays, 36 navires de surface, cinq sous-marins, 15 forces terrestres nationales, plus de 206 aéronefs et environ 25 000 personnels engagés.
Le USS Mobile Bay, immatriculé CG-53, a été mis en service dans la Marine américaine le 21 février 1987, comme le septième croiseur lance-missiles de la classe Ticonderoga. Le bâtiment mesurait 173 mètres de longueur pour une largeur de 16,8 mètres, déplaçant près de 9 800 tonnes en charge, et pouvait atteindre une vitesse maximale dépassant les 30 nœuds.
Sa capacité de combat reposait principalement sur le système Aegis et le radar à balayage électronique AN/SPY-1, complétés par les radars de conduite de tir AN/SPG-62, les radars de recherche de surface et le système de guerre anti-sous-marine AN/SQQ-89. Deux lanceurs verticaux Mk 41 offraient 122 cellules à missiles pouvant embarquer des munitions SM-2, SM-3, ESSM, Tomahawk et RUM-139 VL-ASROC. Ces équipements conféraient au croiseur des capacités polyvalentes en défense aérienne, défense antimissile balistique, frappe terrestre et lutte contre les sous-marins.
Le HMCS Corner Brook est un sous-marin diesel-électrique de la classe Victoria, entré en service dans la Royal Navy sous le nom de HMS Ursula le 8 mai 1992. Le Canada a acquis quatre unités de la classe Upholder en 1998 via un contrat de location de huit ans évalué à 427 millions de dollars américains, mettant en service l’ex-Ursula comme HMCS Corner Brook le 29 juin 2003. Le sous-marin possède une longueur de 70,3 mètres, une largeur de 7,6 mètres et un tirant d’eau d’environ 5,5 mètres, avec un déplacement en surface de 2 220 tonnes et un déplacement submergé compris entre 2 439 et 2 495 tonnes. Son système de propulsion combine deux générateurs diesel Paxman, des batteries, un moteur électrique, un seul arbre d’hélice et une hélice à pas fixe de sept pales.
Avant de tirer sur l’USS Mobile Bay, l’équipage du HMCS Corner Brook a dû déterminer l’azimut, la route, la vitesse et la distance de la cible, calculer un point d’interception, sélectionner les paramètres de recherche du torpille et vérifier qu’aucun navire ou sous-marin allié n’avait pénétré dans la zone de danger.
Après le lancement, le torpille est resté relié au sous-marin par un câble de guidage, permettant à l’équipe de commandement d’ajuster sa trajectoire avant que l’arme ne passe en mode de recherche terminale autonome. Le système de capteurs et de guerre électronique du sous-marin est essentiel à sa capacité d’approcher une cible sans révéler sa position.
Le HMCS Corner Brook conserve notamment le radar Type 1007, le périscope de recherche électro-optique CK035 et le périscope de tir optronique CH085. Son équipement sonar inclut les ensembles Type 2007 et Type 2046 intégrés au système canadien de sonar remorqué.
Le Canada n’avait pas envoyé de sous-marin à RIMPAC depuis la participation du HMCS Victoria en 2014, un déploiement prévu en 2020 ayant été annulé en raison de la pandémie de COVID-19. Ainsi, la participation de juillet 2026 a renoué avec la contribution sous-marine canadienne lors d’un exercice multinational d’envergure, sans toutefois démontrer la capacité à maintenir des opérations simultanées avec des sous-marins dans le Pacifique, l’Atlantique et l’Arctique.
Le projet canadien d’acquérir jusqu’à 12 sous-marins de type 212CD augmenterait les capacités déployables, mais son impact opérationnel dépendra du calendrier d’acquisition, des infrastructures à Esquimalt et Halifax, de la formation des équipages, de l’intégration des systèmes d’armes, des capacités de maintenance et de la période de transition entre la classe Victoria et sa relève.
Jérôme Brahy