La triade nucléaire indienne s’apprête à franchir une nouvelle étape majeure avec la mise en service imminente de l’INS Aridhaman, le troisième sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) construit de manière autonome. Le chef d’état-major de la marine indienne, l’amiral Dinesh K Tripathi, a annoncé le 2 décembre 2025 que ce submersible de 83 mètres de long entrait dans la phase finale de ses essais en mer et sera prochainement intégré à la Marine indienne, renforçant ainsi les capacités stratégiques sous-marines du pays.
L’INS Aridhaman, deuxième unité de la classe Arihant, a été mise sur cale au chantier naval de Visakhapatnam le 20 novembre 2017, lancée le 21 novembre 2021 et a depuis mené une série approfondie d’essais d’acceptation en bassin et en mer, débutés en 2022. Ce sous-marin a été développé dans le cadre du projet Advanced Technology Vessel (ATV), une initiative initiée dans les années 1990 d’une valeur de près de 26 000 crores de roupies. Il déplace 6 000 tonnes en surface et 7 000 tonnes en plongée, propulsé par un réacteur à eau pressurisée de 83 MW conçu par le Bhabha Atomic Research Centre. Ce système de propulsion nucléaire indigène lui assure une capacité d’immersion quasi illimitée, limitée uniquement par les provisions alimentaires pour son équipage de 95 à 100 membres.
L’armement de l’INS Aridhaman comprend quatre tubes de lancement capables de déployer jusqu’à 24 missiles balistiques lancés depuis sous-marin (SLBM) K-15 Sagarika, dont la portée atteint 750 km avec une charge utile de 1 000 kg, ou des missiles K-4 à plus longue portée, pouvant atteindre 3 500 km pour des frappes intercontinentales. Le sous-marin est également équipé de six tubes lance-torpilles de 533 mm destinés aux torpilles lourdes telles que la Varunastra. Conçu pour des opérations furtives dans la région Indo-Pacifique, l’INS Aridhaman est recouvert de carreaux anéchoïques pour réduire son acoustique et dispose d’une suite sonar avancée, incluant des systèmes avant, latéraux et un sonar remorqué, optimisant ainsi sa capacité à échapper à la détection.
Cette mise en service intervient après l’intégration de l’INS Arihant en août 2016 et de l’INS Arighat le 23 août 2024, ce qui porte à trois le nombre de SNLE opérationnels dans la flotte indienne, une première pour le pays. Le déploiement de l’Aridhaman sera supervisé par le Commandement des Forces Stratégiques, sous l’autorité du Commandement nucléaire, garantissant une capacité de seconde frappe crédible conformément à la doctrine indienne de non-emploi du premier nucléaire. L’amiral Tripathi a souligné que ce nouveau sous-marin renforcera considérablement la portée des frappes sous-marines et la posture de dissuasion, notamment dans un contexte de tensions croissantes dans la région de l’océan Indien.
Le programme de la classe Arihant, mené par l’Organisation de Recherche et Développement de la Défense (DRDO) et le chantier naval Mazagon Dock Shipbuilders Limited, est réalisé avec un contenu local dépassant les 90 %, y compris la fabrication de la coque en acier à faible teneur en carbone spécialement développé par le Defence Metallurgical Research Laboratory. Les essais de l’INS Aridhaman ont permis de valider les lancements à chaud de missiles en immersion et la performance du réacteur à pleine puissance, tandis que l’intégration finale des systèmes d’armes s’est achevée à la mi-2025. Après sa mise en service, le sous-marin sera basé à Rambilli, près de Visakhapatnam, renforçant ainsi le rôle de la Commandement naval de l’Est dans les opérations en haute mer.