De nouvelles images en provenance de Russie dévoilent pour la première fois les baies d’armes internes du Sukhoï Su-57 « Felon » ouvertes, offrant un aperçu inédit du potentiel combat du chasseur furtif. Ces clichés montrent l’appareil armé de missiles anti-radiations Kh-58UShKE et de missiles air-air courte portée R-74M2, soulignant une orientation claire vers la mission de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) – un rôle clé pour la supériorité aérienne dans les conflits modernes.
Les images, prises lors d’essais sur une base aérienne, révèlent la configuration interne du Su-57 avec notamment deux missiles Kh-58UShKE. Ce missile constitue la dernière arme anti-radiation russe à longue portée, conçue pour neutraliser les radars et systèmes de missiles sol-air (SAM) adverses. La présence concomitante des missiles R-74M2, destinés aux combats rapprochés, illustre la flexibilité tactique du chasseur, capable d’affronter aussi bien des menaces au sol que des avions ennemis.
Jusqu’ici, Moscou avait diffusé seulement quelques séquences montrant le Su-57 tirer des munitions air-air ou guidées de précision, mais c’est la première fois que ses baies internes sont exposées chargées en armement opérationnel, témoignant d’une maturité accrue et d’une confiance renforcée dans ses capacités furtives au combat.
Sur le plan théorique, le Su-57 pourrait occuper une position similaire à celle des F-35 ou F-16CJ « Wild Weasel » américains, avec pour mission d’intervenir profondément en territoire contesté afin de détruire radars et batteries SAM protégeant des objectifs critiques. Sa faible signature radar (RCS), son système de guerre électronique avancé et sa fusion de capteurs lui permettent de détecter, localiser et éliminer ces défenses tout en limitant son exposition.
Le missile Kh-58UShKE, doté d’ailettes repliables afin de s’intégrer dans les baies d’armes furtives, est une innovation signifiant la volonté de Moscou de faire du Su-57 une plateforme SEAD performante. Avec une portée officielle dépassant les 200 kilomètres, il offre la capacité d’engager les systèmes radar à distance de sécurité, avant qu’ils n’aient le temps de riposter.
Cette capacité SEAD revêt un intérêt particulier pour l’Indian Air Force (IAF), confrontée à des réseaux denses de défense aérienne chez ses potentiels adversaires, notamment les systèmes S-400 et HQ-9 chinois. À l’heure actuelle, l’IAF s’appuie sur des plates-formes Su-30MKI et Mirage 2000 équipées de missiles anti-radiation comme le Rudram-1, tandis que les programmes Rudram-2 et Rudram-3 visent à étendre ces capacités.
Cependant, l’Inde ne dispose pas encore d’un chasseur furtif dédié à la mission SEAD, que le Su-57 pourrait potentiellement combler. En cas de reprise des discussions autour du projet FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft) ou d’une acquisition limitée, cet appareil offrirait à l’IAF une option de frappe en profondeur contre des cibles fortement protégées.
Plusieurs facteurs tempèrent toutefois toute perspective d’achat à court terme :
- Fiabilité et production : Le programme Su-57 a subi de multiples retards et reste produit en série limitée. Fin 2025, seuls quelques exemplaires sont opérationnels au sein des forces aérospatiales russes.
- Sanctions et logistique : Les sanctions américaines et européennes compliquent l’entretien, le transfert technologique et la fourniture de pièces détachées.
- Priorités indigènes de l’IAF : Avec les projets AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft) et Tejas MkII en cours, importer un autre avion furtif risquerait de détourner des ressources cruciales.
- Problèmes d’intégration : Incorporer des missiles d’origine indienne comme le Rudram ou l’Astra dans l’architecture du Su-57 nécessiterait un développement conjoint conséquent, retardant la disponibilité opérationnelle.
La récente révélation du Su-57 avec ses baies d’armes ouvertes et chargées pour des missions SEAD illustre une étape significative dans le développement du chasseur furtif russe, mettant en évidence sa montée en puissance et sa préparation au combat.
Pour l’Inde, bien que les capacités du « Felon » renforceraient sans doute ses options de frappe et de suppression des défenses aériennes, les réalités stratégiques, le coût et les orientations politiques rendent son acquisition improbable à court terme. L’IAF semble privilégier le développement de ses propres capacités furtives et SEAD, un choix valorisant l’autonomie stratégique et la souveraineté opérationnelle sur le long terme.
Cependant, ces nouvelles images du Su-57 susciteront certainement l’attention à New Delhi, relançant le débat sur l’opportunité d’une collaboration renouvelée avec Moscou ou la poursuite résolue de la voie indigène vers un chasseur de cinquième génération.