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L’armée américaine a déployé un nouveau système de missiles au Japon, capable de lancer des missiles Tomahawk et SM-6 depuis un camion. Baptisé Typhon, ce déploiement, bien que limité à un exercice d’entraînement, marque un changement important dans la stratégie américaine en Indo-Pacifique tout en envoyant un message clair dans la région.

Pendant des décennies, les capacités de frappe à longue portée ont été dominées par la Marine et l’Armée de l’Air. Ce sont les navires, sous-marins et bombardiers qui assuraient la portée, tandis que l’Armée de Terre concentrait ses forces au sol. Avec Typhon, cette dynamique évolue.

Le système Typhon, également connu sous le nom de Strategic Mid-Range Fires, est conçu pour tirer deux missiles éprouvés de la Marine américaine : le Tomahawk Land Attack Missile et le Standard Missile-6 (SM-6). Chaque batterie Typhon comprend quatre lanceurs montés sur remorque, chacun équipé de quatre cellules de lancement verticales, soit un total de 16 missiles par batterie. Le système intègre également un poste de commandement mobile et des véhicules générateurs pour alimenter ses capteurs et ses communications.

Le Tomahawk est un missile de croisière subsonique utilisé par la Marine depuis plusieurs décennies. Il vole à faible altitude en suivant le relief du terrain, capable de frapper des cibles jusqu’à 1 600 kilomètres (environ 1 000 miles). Portant une ogive explosive d’environ 450 kg, il est particulièrement efficace contre des infrastructures fixes comme des postes de commandement, des bases aériennes ou des installations radar. Le Tomahawk a été employé dans tous les conflits américains depuis la guerre du Golfe et bénéficie d’une longue expérience opérationnelle. Ses récentes améliorations lui permettent désormais de frapper des cibles navales en mouvement.

Le SM-6, initialement conçu comme intercepteur supersonique pour la défense aérienne, a été adapté pour des missions de frappe antinavire et terrestre. Atteignant des vitesses supérieures à Mach 3, il utilise un chercheur radar actif et dispose d’une portée estimée à environ 320 kilomètres (200 miles). Ces deux types de missiles, employés sous commandement naval, ont été essentiels lors des opérations menées par la Marine dans la mer Rouge.

La capacité à frapper des cibles à 1 000 miles représente en elle-même une rupture majeure. L’Armée de Terre américaine n’avait pas disposé d’un système terrestre d’une telle portée depuis la Guerre froide. Pendant des années, le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), signé entre les États-Unis et la Russie, interdisait aux États-Unis de déployer des missiles terrestres dont la portée se situe entre 500 et 5 500 kilomètres. Après le retrait américain de ce traité en 2019, justifié par des violations russes, l’Armée a accéléré le développement de capacités pour combler ce vide.

Typhon fait partie des trois principaux programmes de missiles intégrés dans la stratégie Long Range Precision Fires de l’Armée de Terre. Le premier est le Precision Strike Missile (PrSM), destiné à remplacer l’ATACMS vieillissant, qui peut être tiré depuis les lanceurs HIMARS et M270. Le second est Dark Eagle, un système de missile hypersonique à longue portée (environ 2 775 km) toujours en développement, mais déjà déployé en Australie à des fins d’entraînement. Typhon vient combler la plage intermédiaire entre ces deux systèmes, avec une portée supérieure au PrSM tout en utilisant des munitions navales éprouvées, évitant ainsi le coût et les risques de développement d’armes entièrement nouvelles.

Cette approche rend Typhon plus facile à déployer et moins coûteux en maintenance que les plateformes inédites. Le lanceur mobile capable d’utiliser des Tomahawk et des SM-6 à partir du sol complexifie la stratégie de ciblage pour les adversaires. Plutôt que de ne surveiller que les navires et avions comme menaces majeures, ils doivent désormais repérer d’éventuels lanceurs de la taille d’une remorque sur des routes, des îles ou au cœur de forêts lointaines, à plus de 1 000 miles.

Jusqu’ici, le système a été testé au White Sands Missile Range au Nouveau-Mexique, a tiré un SM-6 sur une cible maritime lors de l’exercice Talisman Sabre en Australie, puis a été déployé aux Philippines pour l’exercice Salaknib. Aujourd’hui, Typhon est au Japon où il participera à l’exercice Resolute Dragon 2025, prévu pour durer deux semaines ce mois-ci. Ces déploiements ne sont pas des opérations de combat, mais ils permettent de renforcer la confiance dans les capacités du système, dans sa mobilité et son intégration avec les forces alliées, tout en envoyant un message stratégique dans la région.

De son côté, le Japon développe également ses propres capacités de missiles longue portée, notamment avec des missiles anti-navires de type 12 modernisés et des véhicules hypersoniques à plané déroulant en phase de tests, tout en achetant des Tomahawk auprès des États-Unis. L’accueil de Typhon témoigne d’une convergence croissante des stratégies américaines et japonaises dans la zone Indo-Pacifique.

Ce déploiement ne fait cependant pas l’unanimité. Les autorités chinoises et russes ont condamné l’installation de ce système. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu’il « s’oppose au déploiement par les États-Unis du système de missiles Typhon Mid-Range Capability dans les pays asiatiques », tandis que la Russie qualifie cette initiative de « mesure déstabilisatrice ».

Cette opposition était prévisible. Les capacités offertes par Typhon compliquent les ambitions régionales de la Chine et représentent également une menace sérieuse pour la Russie à l’est. La portée, la mobilité et la polyvalence de ce système redéfinissent les équilibres militaires régionaux.