Dans une démarche visant à doter les forces armées indiennes de capteurs plus furtifs et intelligents, le Fonds de Développement Technologique (TDF) de l’Organisation de Recherche et Développement pour la Défense (DRDO) a lancé un appel à informations (RFI) relatif à des antennes à réseau à commande de phase à large bande et à ouverture partagée. Ces antennes, couvrant les bandes 1-6 GHz et 5-18 GHz, visent à fusionner sur une même surface radar les fonctions de détection radar, de guerre électronique (GE) et de communications, afin de réduire significativement la section radar (RCS) des plateformes de combat tout en améliorant leur efficacité multitâche sur avions, navires et véhicules terrestres. La date limite de soumission a été repoussée au 17 novembre, témoignant de la volonté du DRDO de stimuler l’innovation industrielle face aux menaces croissantes dans la région Indo-Pacifique, où de tels systèmes intégrés pourraient s’avérer déterminants dans les environnements électromagnétiques contestés.
Cette demande d’informations, diffusée sur le portail du TDF et relayée par les canaux officiels de la DRDO, invite les industriels et le monde académique à proposer des conceptions rassemblant en une seule unité les antennes traditionnellement volumineuses et sources d’augmentation de la signature radar.
Lancé en 2019 sous l’égide du ministère de la Défense indien, le TDF fait le lien entre la recherche et développement du DRDO et l’agilité du secteur privé, finançant jusqu’à 90 % des coûts de projets (avec un plafond de 50 crores de roupies) sous forme de subventions destinées aux PME et startups travaillant sur des défis prioritaires de défense.
À ce jour, plus de 25 projets ont bénéficié de ce soutien, allant de radars pilotés par intelligence artificielle à des matériaux hypersoniques, avec une enveloppe totale de 10 000 crores de roupies. L’appel à informations concernant les antennes partagées s’inscrit parfaitement dans cette dynamique : il s’agit d’une phase de faisabilité préalable à la soumission des propositions détaillées, visant à évaluer la maturité technologique de l’industrie et favoriser la propriété intellectuelle locale dans un contexte de tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le défi principal identifié est de surmonter le fléau dit de la « ferme d’antennes » : les plateformes déploient généralement de nombreuses antennes distinctes pour le radar (détection), la guerre électronique (brouillage, désinformation) et les communications (transmission de données), ce qui augmente la RCS de 20 à 30 % et pénalise l’aérodynamique. En multipliant les signaux sur un réseau commun, le concept vise à réduire la RCS de 40 à 50 %, selon les modèles préliminaires du DRDO, tout en permettant des opérations simultanées : détecter des missiles PL-15, brouiller des radars HQ-9 et transmettre des données Link-16 sans nécessité de basculement entre modes.
Un double spectre pour une polyvalence tactique
Le cahier des charges précise deux bandes complémentaires pour assurer une couverture large :
- 1-6 GHz (basse bande) : optimisée pour les radars de surveillance longue portée et les communications par satellite, avec un balayage électronique à 360°. Adaptée à la guerre électronique hors de l’horizon et aux relais voix/données en zones littorales à fort bruit électromagnétique.
- 5-18 GHz (haute bande) : dédiée aux radars de conduite de tir, aux dispositifs de guerre électronique millimétrique, et aux réseaux tactiques à haut débit. Assure une agilité comparable à celle des radars à réseau actif (AESA) pour le suivi des menaces hypersoniques ou d’essaims de drones.
Parmi les exigences techniques figurent des éléments en nitrure de gallium (GaN) pour une puissance élevée (50 à 100 W par module), des lobes secondaires faibles (< -20 dB) pour améliorer la furtivité, ainsi qu’une modularité adaptée par exemple à des matrices 256×256 pour les chasseurs ou plus grandes pour les destroyers. L’intégration doit garantir une isolation croisée supérieure à 30 dB et une gestion thermique capable d’opérer entre -40 °C et +55 °C. Les soumissionnaires doivent présenter des prototypes avec un niveau de maturité technologique compris entre TRL 4 et 6, dans un délai de 18 à 24 mois après financement.
Ce projet n’est pas une simple utopie : il s’inspire de modules multifonctions à ouverture partagée développés à l’étranger, comme ceux de Raytheon pour le F-35, mais le TDF impose un taux d’industrialisation locale de 70 %, en s’appuyant notamment sur les usines de GaN de Bharat Electronics Limited (BEL) et sur les outils de simulation des instituts indiens de technologie (IIT).
| Paramètre | Exigences bande 1-6 GHz | Exigences bande 5-18 GHz |
|---|---|---|
| Couverture fréquentielle | 1-6 GHz (bandes S/C) | 5-18 GHz (bandes C/X/Ku) |
| Fonctions principales | Radar de surveillance, satcom, GE longue portée | Conduite de tir, GE tactique, communications haut débit |
| Gain / Angle de balayage | > 20 dBi, ±60° azimut/élévation | > 25 dBi, ±45° azimut/élévation |
| Impact sur la RCS | Réduction de 30-40 % via intégration conforme | Réduction de 40-50 % avec éléments à faible profil |
| Puissance / isolation | 50 W/module, > 30 dB isolation inter-bande | 100 W/module, > 35 dB isolation inter-fonctions |
| Adaptation plateforme | Chasseurs, drones, véhicules terrestres | Navires, AWACS, têtes chercheuses de missiles |
La date limite initiale du 29 octobre ayant été prolongée, les candidats disposent désormais de deux semaines supplémentaires, jusqu’au 17 novembre à 17h, pour soumettre leurs rapports de faisabilité, incluant des données de simulation (modèles HFSS) et des estimations financières. Les sociétés sélectionnées devront ensuite fournir des dossiers de projet détaillés d’ici le premier trimestre 2026, avec un objectif de prototypes testés en 2028 dans les laboratoires DRDO de Hyderabad.