L’Armée de l’air indienne franchit une étape majeure vers l’autonomie technologique en dotant la commande complémentaire de 97 chasseurs Tejas Mk1A d’une nacelle de contre-mesures électroniques (ECM) développée localement par le Combat Aircraft Systems Development and Integration Centre (CASDIC) du DRDO. Ce dispositif avancé, intégré dans la suite de guerre électronique Swayam Raksha Kavach, remplacera la nacelle israélienne Scorpius-SPJ déjà utilisée sur le premier lot de 83 appareils, marquant ainsi une progression significative vers la réduction de la dépendance aux équipements étrangers.
Le Scorpius-SPJ, conçu par ELTA Systems, filiale d’Israel Aerospace Industries, constitue une amélioration clé pour les 83 premiers Tejas Mk1A. Ce système, officialisé en octobre 2024, exploite une technologie AESA (Active Electronically Scanned Array) multibeam avancée qui projette simultanément plusieurs centaines de faisceaux concentrés dans toutes les directions. Cette capacité permet au Tejas Mk1A de détecter, suivre et brouiller simultanément de multiples menaces aériennes et sol-air. Compact et léger, son design fait penser à un missile air-air, ce qui limite la traînée aérodynamique et conserve la flexibilité opérationnelle, notamment sur les points d’emport extérieurs des ailes. La nacelle peut fonctionner sur des fréquences indépendantes et utiliser diverses techniques de guerre électronique, augmentant ainsi la survie de l’appareil dans des espaces aériens contestés.
Parallèlement, le CASDIC, en partenariat avec le Defence Electronics Research Laboratory (DLRL) de Hyderabad, a développé une nacelle ECM indigène destinée à égaler, voire surpasser, les performances du Scorpius-SPJ. La suite Swayam Raksha Kavach comprend un avertisseur radar (RWR) à quatre canaux large bande ainsi qu’une nacelle de brouilleur autonome avancé (ASPJ). Ce système utilise une technologie de réseau à commande de phase active (APA) et une mémoire radiofréquence numérique ultra-large bande (DRFM), offrant une couverture radar à 360 degrés capable de traiter plus d’un million d’impulsions par seconde. Il est conçu pour contrer un large spectre de menaces guidées par radar, notamment les radars AESA de dernière génération et les chercheurs de missiles. L’ASPJ intègre aussi un système de refroidissement développé localement, solution auparavant importée, permettant de gérer la dissipation thermique liée à l’électronique à haute énergie.
La décision d’adopter la nacelle ECM développée par CASDIC pour les 97 Tejas Mk1A supplémentaires, validée par le Defence Acquisition Council en novembre 2023, témoigne de l’accent stratégique mis sur l’indigénisation en Inde. Si le Scorpius-SPJ a été retenu pour la première tranche afin de respecter les exigences opérationnelles urgentes et les délais de certification, la dépendance aux systèmes israéliens était également liée à des retards dans l’homologation de la suite EW locale par le Centre d’Agrément Militaire pour la Certification Aéronautique (CEMILAC). Aujourd’hui, avec la suite Swayam Raksha Kavach proche de la mise en service et les obstacles de certification levés, le DRDO et CASDIC ouvrent la voie à son intégration dans le programme de production des avions post-2028.
La nacelle ECM indigène présente des avantages spécifiques adaptés aux besoins opérationnels indiens. Ses capacités de brouillage et de leurre basées sur la technologie DRFM visent à perturber efficacement les radars ennemis et les capteurs de missiles, tandis que sa conception modulaire garantit la compatibilité avec la suite unifiée de guerre électronique du Tejas Mk1A (UEWS), intégrant un RWR numérique pour un traitement temps réel des signaux. Cette adaptabilité à des environnements électroniques complexes renforce la survivabilité de l’appareil face à des menaces modernes telles que le Chinois J-20 ou le Pakistanais JF-17 Block III, équipés du radar AESA KLJ-7A. De plus, le profil léger et aérodynamique de la nacelle s’intègre parfaitement au design compact du Tejas, limitant tout impact sur ses performances.
Ce passage à la nacelle ECM indigène illustre les progrès du DRDO en matière de guerre électronique et s’inscrit dans la stratégie à long terme de l’IAF visant à réduire la dépendance aux importations. Le Tejas Mk1A, qui compte déjà plus de 70 % de composants locaux, renforcera ce taux de localisation grâce à l’intégration de la nacelle CASDIC ainsi que du radar AESA Uttam également développé par le DRDO, doté de 980 modules d’émission et réception (TRM). L’alliance de ces radars et systèmes EW indigènes positionnera le Tejas Mk1A comme un chasseur de 4,5 génération performant, capable de rivaliser avec des concurrents mondiaux comme le Saab Gripen E et le F-16V.