Le Tejas Mk1A de l’Indian Air Force (IAF) se prépare à franchir une étape décisive avec un tir de missile Astra guidé par un Su-30MKI, une première qui pourrait révolutionner la doctrine collaborative multi-plateforme de l’aviation indienne.
Fort de sa capacité reconnue en guerre en réseau, le chasseur léger Tejas Mk1 a déjà démontré en 2024 son aptitude au tir « silent shooter », lançant un missile air-air Astra à longue portée au-delà de la visibilité directe (BVR) grâce à l’illumination radar d’un second Tejas. La prochaine phase, prévue début 2026 sur le polygone de Pokhran, consiste à reproduire cette démonstration en coopération avec le Sukhoi Su-30MKI, pièce maîtresse de l’IAF avec ses 272 exemplaires en service. Cette intégration vise à combiner la furtivité et l’agilité du Tejas avec le radar à balayage électronique (PESA) N011M Bars du Su-30MKI, offrant une capacité de détection et d’illumination à longue portée pour une létalité distribuée optimale.
L’Astra Mk1, un missile « tiré-et-oublier » mature
Le missile Astra Mk1 dispose d’une portée opérationnelle comprise entre 80 et 110 km, avec une tête chercheuse radar active (ARH) et une mise à jour de la trajectoire en vol via liaison de données. Lors d’un essai marquant en septembre 2024, deux prototypes de Tejas ont effectué un tir coordonné contre une cible drone Banshee à grande vitesse au large de Chandipur (Odisha). L’équipement radar EL/M-2032 du premier avion a verrouillé et illuminé la cible, permettant au second Tejas de lancer l’Astra et d’obtenir un impact direct à 70 km sans rompre le silence électromagnétique.
La capacité d’engagement coopératif (CEC) employée s’apparente au système américain Link-16 mais repose entièrement sur une technologie indigène développée par le DRDO : la liaison de données RF-80. Ce mode minimise l’exposition de l’avion tireur et se révèle particulièrement adapté aux scénarios où les forces sont numériquement inférieures, notamment le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine. L’extension de cette capacité au Su-30MKI, qui bénéficie des améliorations GaN de son radar Bars post-2025, ouvre la voie à des tirs multiples d’Astra depuis des positions sécurisées, hors de portée des défenses aériennes adverses.
Un pilote d’essai de l’IAF impliqué dans la validation des Astra a souligné : « Ce n’est pas simplement de l’intégration, c’est une évolution doctrinale — transformer des flottes disparates en une meute de chasseurs unifiée. » Le Su-30MKI, armé de ce missile depuis 2019 et ayant réalisé plus de 50 tirs en conditions réelles, a validé en juillet 2025 les variantes Mk2 à portée supérieure à 160 km. L’association avec le Tejas conjugue des atouts complémentaires : une autonomie de 3 000 km et une capacité de frappe profonde pour le Flanker, et une vitesse de pointe à Mach 1,6 pour des interceptions rapides du Tejas. Cette connectivité s’appuie sur une mise à jour des radios définies par logiciel (SDR) déployée sur l’ensemble de la flotte.
La collaboration entre HAL et DRDO s’inscrit dans le cadre du « Integrated Air Command and Control System » (IACCS) de l’IAF, qui exploite le CEC pour permettre aux plateformes « silencieuses » comme le Tejas Mk1A équipé du radar Uttam AESA de tirer parti du radar Su-30MKI, dont l’horizon de détection s’étend jusqu’à 400 km. Des simulations précoces menées au Tactics and Air Combat Development Establishment (TACDE) de Gwalior ont révélé un taux de réussite de 95 % dans des environnements contestés par des contre-mesures électroniques, notamment face au missile chinois PL-15.
À l’issue de ces essais, une certification complète pourrait être obtenue, ouvrant la voie à des formations mixtes pour des exercices majeurs comme Tarang Shakti 2026. Par ailleurs, cette avancée stratégique pourrait renforcer l’attractivité du Tejas sur les marchés d’exportation, comme en Argentine où les offres couplent l’avion et la solution missile Astra.