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Malgré un récent accident, les défenseurs du Tejas soulignent son solide bilan de sécurité accumulé sur des milliers de sorties en deux décennies, ainsi que son rôle stratégique dans la modernisation des capacités de l’armée de l’air indienne et dans la promotion de l’autonomie technologique de la défense nationale.

Contribution à la sécurité nationale :
Le chasseur Tejas est un avion de 4,5e génération, tout temps et polyvalent, conçu pour des missions variées telles que le soutien offensif, l’attaque au sol et les opérations maritimes. Son développement est essentiel pour l’objectif de l’Inde de s’affranchir des fournisseurs étrangers en matière de technologie militaire, en remplaçant les flottes vieillissantes et en maintenant un avantage technologique.

Un incident isolé :
Le crash survenu lors du Salon aéronautique de Dubaï, bien que tragique, représente un épisode isolé dans l’histoire d’un programme qui cumule des milliers d’heures de vol avec un remarquable dossier de sécurité. Mettre l’accent uniquement sur cet incident, particulièrement à l’échelle internationale, risque d’occulter la performance globale et l’apport de cet appareil.

Bilan général de sécurité et de production :
Le Tejas bénéficie d’une réputation forte en matière de sécurité aérienne mondiale, le récent accident étant seulement le deuxième en 24 ans d’exploitation. Par ailleurs, des efforts sont déployés pour augmenter la cadence de production et renforcer les capacités industrielles nationales dans le secteur aéronautique.

Conséquences de l’accident :
La visibilité élevée de l’accident, surtout dans le cadre d’un événement international comme le Salon de Dubaï, peut affecter la perception du public et exercer une pression diplomatique ou susciter des doutes chez des acheteurs potentiels. Cependant, l’argument majeur reste la valeur stratégique à long terme du programme Tejas pour la sécurité et l’autonomie de l’Inde.

Comment analyser le crash du Tejas à Dubaï sans se laisser influencer ?

Avant tout, il convient de rappeler que le Tejas possède un bilan de sécurité exemplaire. C’est en réalité l’une des meilleures histoires dans l’aviation mondiale récente.

Avec l’un des dossiers de sécurité les plus propres dans sa catégorie, c’est ce fait qu’il faut retenir malgré le tumulte médiatique.

Le crash survenu à Dubaï illustre parfaitement les risques inhérents aux démonstrations aériennes, où les figures acrobatiques sont poussées à leurs limites pour mettre en valeur l’agilité de l’appareil. Selon les premières analyses, il s’agirait d’une manœuvre en régime négatif-G effectuée à trop basse altitude, ne laissant aucun temps de récupération avant l’impact au sol. C’est la dure loi de la physique.

Les manœuvres à basse altitude en négatif-G sont peu tolérantes. Dès que l’avion reprend un vol horizontal, la chute verticale est déjà trop importante. Même le pilote le plus expérimenté ne dispose que de quelques secondes, parfois moins, avant que l’appareil ne touche le sol, empêchant tout déclenchement de la procédure d’éjection.

Il ne s’agit ni d’une défaillance technique, ni d’un défaut de conception ou d’une rupture structurelle. C’est le prix extrêmement élevé du vol acrobatique, et cette fois, la limite fatale a été atteinte.

La nuance disparaît souvent rapidement. Avant même que la fumée ne se dissipe, certains « experts en défense » sur les réseaux sociaux pakistanais et chinois se sont emparés de l’incident pour en faire un argument propagandiste.

Les mêmes accusations récurrentes ont refait surface : aéronefs indiens jugés peu sûrs, pilotes insuffisamment formés, fiabilité douteuse. Ce discours, déjà entendu lors de la campagne sur le Rafale pour promouvoir les plateformes chinoises, s’est régulièrement heurté à la réalité opérationnelle quand les appareils concurrents ont échoué durant des opérations telles qu’ « Opération Sindoor ».

Ce genre d’attaques était prévisible et n’a pas manqué de s’amplifier après l’accident.

Le principal tort est que beaucoup se laissent piéger en croyant à une rareté des accidents lors des shows aériens modernes. Or, ces incidents sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense.

La Chine elle-même, qui dénonce ces accidents depuis ses médias contrôlés, a perdu des chasseurs en démonstration : un JH-7 « Flying Leopard » durant le salon de Shaanxi en 2011, un J-10S de son équipe acrobatique Ba Yi en 2016.

Les États-Unis, référence mondiale en matière de sécurité aérienne, ont également subi des pertes lors de leurs démonstrations : des F/A-18 Hornet des Blue Angels et des F-16C des Thunderbirds ont été détruits, certains pilotes ayant perdu connaissance sous fortes charges gravitationnelles. En 2003, un pilote Thunderbird a dû s’éjecter une fraction de seconde avant le crash de son F-16 lors d’une manœuvre Split-S ratée.

Ces faits démontrent que même les équipes acrobatiques les mieux financées et entrainées, utilisant des avions très fiables, affrontent des risques élevés à chaque vol en conditions extrêmes.

Cela n’enlève rien à la gravité de l’accident à Dubaï. La perte d’un pilote militaire indien formé selon les standards les plus élevés est une douleur immense pour l’armée de l’air, son escadron, les ingénieurs, l’équipe de HAL et l’ensemble des acteurs du programme Tejas.

Mais refuser d’en analyser les causes de manière honnête, c’est céder le discours à ceux qui ne cherchent pas la vérité.

Ce drame aura des conséquences concrètes : il pèsera sur les perspectives d’exportation du Tejas, et il serait vain de nier cet impact.

Depuis des années, l’Inde présente le Tejas comme une alternative crédible pour les pays souhaitant s’affranchir des fournisseurs occidentaux ou ne voulant pas compromettre leur souveraineté face à Pékin. Le discours commercial est clair : avion moderne, fiable, abordable, doté d’une avionique performante et d’une feuille de route d’améliorations.

Et surtout, un bilan de sécurité exemplaire. Avant cet accident, le Tejas avait effectué des milliers de sorties sans incident majeur. L’accident de Dubaï survient lors d’une manœuvre extrême, dans un contexte où bon nombre d’appareils, dans le monde entier, ont déjà connu ce genre d’épreuves.

Essayez d’expliquer la notion de sécurité statistique à un ministre de la défense d’un petit pays devant la vidéo virale d’un Tejas s’écrasant en plein salon international. Les décisions d’acquisition ne relèvent pas toujours de la rationalité : elles dépendent de la perception, des pressions politiques et des préférences diplomatiques. Ce crash offre un angle d’attaque à la concurrence, notamment à la Chine, pour semer le doute auprès des futurs clients.

Certains acheteurs potentiels pourraient attendre, demander un rapport d’enquête, ou tout simplement éviter de prendre une décision aussi sensible suite à un accident aussi médiatisé.

Tel est le poids de l’image en diplomatie militaire, presque aussi important que les performances techniques.

Cependant, cela ne doit pas entraîner en Inde un effet auto-réalisateur négatif. Le Tejas reste un appareil bénéficiant d’un des meilleurs bilans de sécurité dans sa catégorie. C’est un vecteur qui s’est progressivement affiné, intégré avec succès dans les opérations de l’armée de l’air indienne et apprécié par ses pilotes.

L’accident de Dubaï ne fait pas disparaître les milliers de vols sans incident ni ne remet en cause les capacités démontrées par ses différentes versions et mises à jour.

À l’inverse, les bilans de sécurité des avions chinois et pakistanais sont bien connus et peu rassurants. Le JF-17 a connu plusieurs accidents, et plusieurs appareils d’origine chinoise en service à l’étranger souffrent de problèmes techniques récurrents et de fiabilité fragile.

Ce moment doit au contraire servir à renforcer la transparence. L’enquête doit être menée à bien, ses conclusions rendues publiques. Les éventuelles failles dans les procédures, les limites des démonstrations, les profils d’entraînement ou les marges de sécurité devront être corrigées. L’avion doit continuer de voler.

La pire erreur que pourrait commettre l’Inde serait d’hésiter ou de laisser un accident tragique dévier un programme qui incarne des décennies d’efforts nationaux.

Les prochains jours connaîtront leur lot de rumeurs, de désinformation et de tentatives coordonnées pour instrumentaliser la mort d’un pilote afin de miner les ambitions aéronautiques indiennes.

La réalité est beaucoup plus simple et terre à terre : le vol en démonstration est impitoyable, les pilotes restent humains et les machines ont des limites. Parfois, ces limites entrent en collision avec les lois de la physique, laissant aucune chance de récupération.