La Défense Indienne franchit une étape décisive dans le domaine des armes hypersoniques avec le prochain essai en vol du véhicule hypersonique familial (HGV) Dhvani, développé par l’Organisme de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO). Selon le Dr Anil Kumar, directeur associé du Laboratoire des Systèmes Avancés (ASL) de la DRDO, ce premier test est prévu dans les mois à venir après une série de validations au sol et à l’échelle réduite.
Ce lancement imminent témoigne de l’accélération du programme Dhvani, alors que les grandes puissances mondiales renforcent leurs capacités en armes hypersoniques maniables. Présenté publiquement sous forme de maquette grandeur nature plus tôt en 2025, ce véhicule s’inscrit dans la volonté de la DRDO de déployer des systèmes hypersoniques opérationnels d’ici la fin de la décennie.
Dhvani marque une avancée majeure dans la technologie boost-glide hypersonique indienne. Le concept consiste à propulser le véhicule à l’aide d’un lanceur-fusée jusqu’à des altitudes proches de l’espace, d’où il effectue ensuite une phase de glisse à plus de Mach 5 (soit plus de 6 000 km/h), capable d’exécuter des manœuvres imprévisibles pour contourner les défenses ennemies. Contrairement aux missiles balistiques traditionnels à trajectoire déterministe, cette capacité de glisse permet d’atteindre avec précision des cibles stratégiques telles que des porte-avions ou centres de commandement, à une portée potentielle dépassant les 1 500 km.
Le design du véhicule témoigne d’une conception robuste pour l’endurance à des conditions extrêmes. Il est équipé d’un système de protection thermique (TPS) performant conçu pour résister à des températures de rentrée atmosphérique pouvant aller jusqu’à 2 000 °C.
Les principaux éléments structurels sont les suivants :
- Peau céramique et système TPS en silicate : une couche extérieure composée de tuiles céramiques et de panneaux à base de silicate, d’une épaisseur de 4 à 5 mm, assurant la dissipation de la chaleur pendant la rentrée.
- Structure métallique interne : un squelette métallique conférant rigidité et intégrité mécanique, supportant le TPS lors des contraintes hypersoniques.
- Panneaux C-SiC : des panneaux composites en carbure de silicium/carbone, d’une taille approximative de 325 mm sur 360 mm, avec plus de 140 tuiles sur la face sous le vent et plus de 100 sur la face sous le vent pour une dispersion thermique optimale.
Le schéma technique révèle un assemblage sophistiqué du TPS, utilisant des boulons en zircone (CSK, M8) pour la fixation, une peau extérieure exposée en C-SiC résistant à la chaleur et des adhésifs spécialisés (Y2O3-ZrO2) assurant la liaison entre les matériaux. Cette architecture multi-couches combine céramique, silicate et composites afin de garantir la survie de la cellule du véhicule lors du pic thermique en vol de glisse, comme confirmé par les simulations thermiques de la DRDO.
Le projet Dhvani s’appuie également sur le savoir-faire accumulé avec le démonstrateur technologique d’avion hypersonique (HSTDV) testé en 2020 et sur des recherches avancées dédiées au moteur scramjet. La présentation du modèle grandeur nature au salon « Vigyan Vaibhav » en juin 2025 à Hyderabad a suscité l’attention pour son profil aérodynamique en forme de coin, optimisé pour réduire la traînée durant la phase de glisse.
Le développement mobilise plusieurs laboratoires de la DRDO tels que l’ASL, l’Agence de Développement Aéronautique (ADA) et le Laboratoire de Recherche Métallurgique de Défense (DMRL). L’objectif est d’atteindre une pénétration locale de plus de 70 % en matériaux indigènes. Les essais à échelle réduite ont permis de valider les dynamiques de séparation du booster et la stabilité du vol plané. Le lancement complet, vraisemblablement depuis l’île Abdul Kalam, devra démontrer la performance globale, incluant la précision terminale via des détecteurs RF embarqués.
Dr Anil Kumar indique qu’un essai pourrait être réalisé dès début 2026, en intégrant potentiellement un lanceur de la série Agni, capable d’emporter des charges conventionnelles ou nucléaires. Ce calendrier est rendu possible grâce à la maturité technologique, notamment grâce à la soufflerie hypersonique d’un investissement de 400 crores INR, opérationnelle au Laboratoire National d’Aéronautique depuis 2020.
Avec Dhvani, l’Inde rejoint le cercle restreint des nations disposant de véhicules hypersoniques avancés, aux côtés des États-Unis (Common Hypersonic Glide Body), de la Russie (Avangard) et de la Chine (DF-17), dans un contexte de rivalités croissantes en Indo-Pacifique. La capacité de manœuvre à des vitesses extrêmement élevées rend l’interception difficile, renforçant ainsi la dissuasion stratégique navale et terrestre, en complément des missiles de croisière hypersoniques BrahMos-II et LR-AShM déjà en développement.