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Les avions de guet aérien ont longtemps été au cœur des préoccupations stratégiques dans l’Armée populaire de libération (APL). Avec l’arrivée du KJ-500, un modèle plus moderne, la perception de la menace aérienne a évolué, tant au sein de l’Armée de l’air que de la Marine. De nombreux KJ-500 et ses versions améliorées ont été intégrés, offrant une visibilité accrue sur le champ de bataille. Malgré cela, le KJ-500 ne représente pas la solution finale aux attentes de l’APL en matière d’avions de guet.

Le KJ-500A, grâce à l’ajout d’une perche de ravitaillement en vol, atteint un niveau de performance mondialement reconnu. Cependant, la plateforme Yun-9 sur laquelle il repose montre ses limites, notamment en termes de vitesse de vol, d’espace intérieur restreint et de taille relativement modeste de l’antenne radar embarquée. Dans les combats aériens à venir, la multiplication des avions furtifs et les capacités accrues de guerre électronique des adversaires imposent d’augmenter la taille de l’antenne radar afin d’élargir la portée de détection.

Cette problématique rappelle le KJ-2000, premier avion de guet à grande envergure opérationnel au sein de l’APL. Bien que peu nombreux et désormais plus discrets, ces appareils reposent sur la plateforme plus puissante de l’IL-76, offrant une plus grande taille d’antenne, un espace électronique plus vaste et une alimentation électrique plus robuste que le Yun-9. Après l’entrée en service du Yun-20B, la conception d’un nouvel avion de guet basé sur cette plateforme, destiné à remplacer le KJ-2000 et à compléter le KJ-500, s’impose. Ce nouvel appareil est provisoirement désigné sous le nom de KJ-3000.

Des images récentes de satellites commerciaux occidentaux ont dévoilé une plateforme au sol de test de radar à antennes phasées en Chine. On y distingue clairement trois antennes radar discoïdes de formes et tailles différentes. L’antenne la plus à gauche correspond à celle du KJ-500, un radar actif à trois faces fixes. À droite, une antenne à rotation mécanique à deux faces passives est associée au KJ-03 pakistanais. Au centre, une antenne moins familière, semblable à celle du KJ-03 mais plus grande, est visible : il s’agit très probablement du radar du KJ-3000. Ce dernier retourne à une forme traditionnelle de dôme circulaire, délaissant la configuration à trois faces du KJ-2000 ou un design conformal plus avancé.

La disposition adoptée pour l’antenne radar du KJ-3000 vise à maximiser l’ouverture de l’antenne, augmentant ainsi la portée et les performances du radar pour contrer les capacités électroniques ennemies renforcées et la prolifération des aéronefs furtifs à partir de 2030.

Selon la formule de portée radar, l’ouverture de l’antenne et la puissance rayonnée sont les deux facteurs-clé déterminant la détection. Les radars fixes à trois faces du KJ-500 et du KJ-2000 permettent une balayage électronique simultané sur tous les azimuts, facilitant l’interception, le suivi et le verrouillage des cibles, face à des attaques saturantes ou mobiles. Cependant, ce design limite la taille de l’antenne, restreignant la portée.

Alors que l’armée américaine développe actuellement son chasseur furtif de sixième génération avec un premier vol prévu avant 2030, et une mise en service initiale autour de cette date, de nouveaux défis en matière de détection apparaîtront. Ces avions furtifs de dernière génération, ainsi que les nouveaux bombardiers stratégiques et drones de combat invisibles, profiteront d’une capacité de furtivité accrue, complexifiant la détection aux radars aéroportés.

Pour assurer des performances suffisantes après 2030, l’augmentation de l’ouverture de l’antenne apparaît comme une solution fiable. Le KJ-3000 abandonne ainsi la configuration à trois faces du KJ-2000 et du KJ-500 pour revenir à deux antennes planaires circulaires, répondant mieux aux menaces des avions furtifs de sixième génération.

Certains pourraient s’interroger sur l’absence de radar à antenne conformale sur ce nouvel appareil, une technologie qui utilise la peau de l’avion comme antenne et permet une surface radar bien plus grande. En effet, les drones de guet chinois adoptent déjà cette technologie, dont l’avantage est l’intégration parfaite à la cellule et la faible incidence aérodynamique. Cependant, la conception de telles antennes reste complexe et coûteuse, avec un prix élevé. De plus, elles offrent une couverture limitée à l’avant et à l’arrière, compromettant la surveillance continue du champ de bataille. C’est pourquoi l’APL a choisi le design classique et réserve l’antenne conformale à ses drones de longue endurance.

En général, le diamètre du dôme radar d’un avion de guet est au maximum d’un tiers de la longueur de l’appareil, et son épaisseur un tiers du diamètre. Le Yun-20 mesure environ 53 mètres de long, ce qui laisse une capacité d’accueil de dôme d’environ 17 mètres de diamètre et 5 mètres d’épaisseur. Une telle taille permet de loger des antennes de grande ouverture pour une performance optimale.

Cette configuration ne peut toutefois accueillir qu’une ou deux antennes, avec une portée de balayage limitée à environ 120 degrés par antenne du fait des propriétés des réseaux phasés plans. Même deux antennes opposées ne couvrent que 240 degrés. Pour une couverture totale, un mécanisme de rotation mécanique serait requis, mais déplacer un dôme aussi volumineux est complexe, lourd et demande des capacités accrues à l’avion porteur.

Le Yun-20, grâce à son aérodynamique avancée, sa commande de vol électrique et une excellente stabilité de vol, constitue un environnement idéal pour la cabine et le système radar. De plus, sa version Yun-20B est équipée des moteurs domestiques WS-20, des turbofans à haut taux de dilution, économes en carburant et silencieux, améliorant encore la capacité opérationnelle de l’avion.

Enfin, l’espace intérieur généreux du Yun-20 permet d’installer de nombreuses consoles de commandement et de communication. Au cours des combats aériens, un avion de guet doit fournir une coordination détaillée pour plusieurs escadrons de chasseurs. La plateforme Yun-20 peut ainsi accueillir plus de 10 consoles, capables de soutenir la coordination de plus de 20 avions de chasse simultanément.

Mis en service en 2007, le KJ-2000 approche de sa fin de carrière, notamment à cause de la vétusté de la plateforme IL-76. Son retrait est prévu dans la décennie à venir, remplacé par le KJ-3000 qui, avec le KJ-500 modernisé, constituera le duo d’appareils de guet aérien de l’APL. Cette combinaison permettra à l’Armée de l’air chinoise de s’adapter aux environnements de combat futurs, de plus en plus complexes.