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Le navire chinois Yuan Wang 5, spécialisé dans le suivi des missiles et des satellites, a repris ses opérations dans l’océan Indien après une escale de ravitaillement en Malaisie. Cette reprise d’activité coïncide avec l’annonce par l’Inde d’une extension de son NOTAM (Notice to Airmen) en vue d’un probable test de missile dans le golfe du Bengale, étendant la zone d’exclusion aérienne à environ 3 550 kilomètres du 15 au 17 octobre 2025.

Cette coïncidence a suscité des spéculations sur une surveillance internationale renforcée, notamment avec la présence simultanée d’un navire de recherche américain dans la région, soulignant les enjeux stratégiques croissants dans ces eaux.

Le Yuan Wang 5, un bâtiment auxiliaire de renseignement général de 6 000 tonnes, opéré par la marine de l’Armée populaire de libération chinoise, s’était arrêté quatre jours au port de Port Klang, en Malaisie, vraisemblablement pour du ravitaillement et de la maintenance. Selon des images satellites et les données AIS, le navire a quitté le port le 12 octobre 2025 pour se diriger vers l’ouest, empruntant le détroit de la Sonde en direction de l’océan Indien, où il est actif depuis la mi-septembre.

Doté de radars avancés, de récepteurs de télémétrie et de systèmes de communication par satellite, le Yuan Wang 5 est conçu pour surveiller en temps réel les lancements de missiles balistiques, les missions spatiales et les manœuvres navales, des capacités qui suscitent depuis longtemps l’attention et l’inquiétude des puissances régionales.

Ce retour dans l’océan Indien n’est pas une première pour ce bâtiment, qui était réapparu dans la zone en septembre 2025 après une absence de trois ans. Ce déploiement avait alors provoqué des inquiétudes en Inde et aux États-Unis quant à une possible collecte de renseignements près de sites d’essais sensibles. Les mises à jour techniques effectuées en 2022 sur la navigation et l’équipement spécialisé du navire augmentent sa discrétion et son autonomie, lui permettant de rester déployé plus longtemps sans retour fréquent à la base.

Les analystes soulignent que ces navires jouent un rôle clé dans la stratégie navale à vocation mondiale de la Chine, lui offrant la capacité de projeter son influence à travers l’Indo-Pacifique.

Parallèlement, l’Inde intensifie ses préparatifs pour un test de missile hautement médiatisé depuis le site d’essais intégré (Integrated Test Range, ITR) de l’île Abdul Kalam, dans l’État d’Odisha. Le dernier NOTAM, publié le 9 octobre 2025, élargit la zone aérienne restreinte au-dessus du golfe du Bengale à une envergure remarquable de 3 550 km, contre 1 480 km lors de la première notification, puis 2 520 km lors d’une extension précédente. Cette surface étendue suggère l’implication d’un vecteur stratégique de longue portée, potentiellement un missile de la série Agni ou un véhicule de planeur hypersonique, dans la continuité du succès du test d’Agni-V en août 2025.

La Defence Research and Development Organisation (DRDO) n’a pas confirmé officiellement la charge utile, mais l’extension progressive du NOTAM indique une série d’essais destinés à valider des capacités de portée accrue, dans un contexte de menaces régionales en constante évolution. Ces essais sont essentiels pour la triade nucléaire indienne et sa posture de dissuasion crédible, notamment face aux tensions frontalières avec la Chine et aux défis maritimes dans la région de l’océan Indien.

Le calendrier coïncide de façon spectaculaire : le retour du Yuan Wang 5 correspond précisément à la fenêtre du NOTAM, le positionnant idéalement pour observer les trajectoires de lancement. De plus, le navire américain Ocean Titan, opéré par la Scripps Institution of Oceanography, est également présent dans la région, équipé pour la collecte de données acoustiques et électromagnétiques qui peuvent servir au suivi des missiles. Sur les réseaux sociaux et via des analystes en sources ouvertes (OSINT), cette présence simultanée est qualifiée d’« audience attentive » autour du lancement attendu, possiblement celui du Divyastra, le missile indien supposé équipé de MIRV (ogives multiples indépendamment ciblées).

Pour l’Inde, la présence de ces observateurs étrangers est ambivalente : elle souligne l’importance internationale du test, tout en imposant le déploiement de mesures de contre-surveillance telles que le brouillage électronique ou des lancements de leurres. Du côté chinois, ce déploiement s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes au Ladakh et pourrait traduire la volonté de Pékin d’évaluer la capacité de riposte de New Delhi. Quant aux États-Unis, leur implication reflète un renforcement des liens dans le cadre du QUAD et une vigilance accrue face à l’affirmation stratégique chinoise dans la région.