L’Égypte a récemment révélé des lacunes techniques majeures ayant conduit à l’abandon de son acquisition des avions de combat russes Su-35 signée en 2018. Ce rejet met en lumière les faiblesses d’un appareil conçu pour la 4,5e génération, mais perçu comme dépassé face aux exigences modernes des forces aériennes. Ce revirement favorise un réalignement stratégique dans la région du Moyen-Orient.
Un haut responsable militaire égyptien a dévoilé que l’accord portant sur l’achat de 24 chasseurs Su-35 pour un montant de 2 milliards de dollars avait été annulé à la suite d’une évaluation technique approfondie. Cette analyse a mis en évidence des défauts critiques dans plusieurs systèmes-clés de l’appareil.
Au-delà des pressions géopolitiques exercées par les États-Unis, cette décision est fondée sur les limites du radar, la vulnérabilité des systèmes de guerre électronique et les performances jugées insuffisantes des moteurs, autant d’éléments ne répondant plus aux besoins actuels des forces aériennes égyptiennes pour contrer les menaces régionales.
Développé par le bureau d’études russe Soukhoï, le Su-35, surnommé Flanker-E dans l’OTAN, est un chasseur polyvalent bimoteur réputé pour sa supermaniabilité. Son radar Irbis-E PESA — une antenne à balayage électronique passif — détecte les cibles jusqu’à 400 km. L’appareil peut emporter une large gamme d’armements, y compris le missile air-air R-77 et le missile anti-navire Kh-31.
Cependant, l’évaluation égyptienne a souligné plusieurs points faibles :
- Le système de guerre électronique s’est révélé inefficace contre les techniques de brouillage avancées répandues sur les champs de bataille modernes.
- Le radar PESA, bien que performant à son époque, est dépassé comparé aux radars AESA actuels intégrés dans des avions occidentaux comme le F-35 ou le Rafale français. Les composants en arsenure de gallium du PESA sont plus sensibles aux interférences et moins précis que les nouvelles technologies à nitrure de gallium des radars AESA.
- Les moteurs AL-41F1S génèrent une signature thermique et acoustique élevée, rendant l’appareil plus détectable par les capteurs infrarouges et radars ennemis. Leur consommation importante limite aussi l’autonomie et la charge utile, surtout comparée aux moteurs américains General Electric F110 équipant les F-16 égyptiens.
Sur le plan tactique, le Su-35 dépend fortement du guidage par des systèmes AWACS (avions de contrôle et d’alerte avancée), ce qui ne correspond pas à la doctrine égyptienne prioritant l’autonomie opérationnelle. En comparaison, le Rafale intègre des capteurs et systèmes électroniques lui permettant de mener des missions complexes sans support externe, avantage non négligeable dans l’environnement instable du Moyen-Orient.
Ces défauts techniques se sont conjugués à la pression américaine exercée via la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), visant à dissuader les pays d’acheter du matériel militaire russe. Le Département d’État des États-Unis a menacé l’Égypte de sanctions, compte tenu de sa dépendance financière à l’aide militaire américaine, estimée à plus d’un milliard de dollars par an.
Signée en 2018, l’accord a été discrètement abandonné en 2020. Les appareils commandés ont ensuite été redirigés vers l’Iran, bien que la livraison ait été retardée en raison des difficultés de production liées au conflit en Ukraine, qui a fortement impacté la flotte russe de Su-35, avec des pertes estimées à plus de 40 % selon des sources ukrainiennes.
Ce désengagement russe s’accompagne d’un rapprochement égyptien vers d’autres fournisseurs, dont la France et la Chine. Au total, 54 Rafale ont déjà été livrés à l’Égypte, dotés de systèmes modernes dépassant le Su-35 en termes de polyvalence et de furtivité.
La Chine, par ailleurs, suscite un intérêt croissant avec le chasseur J-10C de 4,5e génération, équipé d’un radar AESA et de missiles longue portée PL-15, dont la performance a été mise en avant lors d’un affrontement entre forces pakistanaises et indiennes en mai 2025. L’Égypte explore activement ce type d’appareil, notamment après des exercices conjoints baptisés « Eagles of Civilization 2025 ».
Par ailleurs, les drones jouent un rôle renforcé dans la doctrine égyptienne. Le Bayraktar TB2 turc, largement déployé dans la région, offre des capacités de frappe abordables. Les drones chinois Wing Loong II fournissent quant à eux des options avancées de surveillance et d’attaque, adaptés aux enjeux sécuritaires que représentent les insurrections dans le Sinaï et la sécurité maritime en mer Rouge.
Dans un contexte global, la situation reflète un recul de l’influence russe sur le marché international des armements. Outre l’Égypte, des pays comme l’Indonésie et l’Inde ont également renoncé au Su-35 pour des raisons similaires. Les sanctions, la guerre en Ukraine et les retards de production affaiblissent la capacité de la Russie à rivaliser avec les fournisseurs occidentaux et chinois.
La redirection des Su-35 vers des marchés non traditionnels, comme l’Iran, n’a pas permis de redorer la réputation du chasseur, confronté aux performances supérieures d’appareils comme le F-35 israélien.
Cette dynamique met en lumière un changement d’équilibre militaire au Moyen-Orient, où la montée en puissance chinoise s’ajoute à la volonté américaine de limiter l’influence russe. La position de l’Égypte, tiraillée entre divers partenaires, symbolise ces tensions stratégiques et les mutations technologiques qui redessinent la carte militaire de la région.
Alors que le Su-35 échoue à répondre aux exigences du théâtre opérationnel moyen-oriental, l’avenir de l’industrie russe des armes semble compromis face à la montée des systèmes occidentaux et asiatiques. L’Égypte, quant à elle, devra arbitrer entre fiabilité éprouvée et nouveaux acteurs aux coûts compétitifs, une décision aux conséquences durables pour la stabilité régionale.