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Le ministère de la Défense des Pays-Bas a annoncé que, conjointement avec « plusieurs pays partenaires [de l’OTAN] », ils ont mis fin à l’acquisition de six avions Boeing E-7 Wedgetail du système d’Alerte et de Contrôle Aéroporté (AWACS), invoquant la perte de « fondements stratégiques et financiers ».

La Haye précise qu’un groupe de huit alliés de l’OTAN, parmi lesquels les États-Unis, participait au programme destiné à remplacer les avions E-3A Sentry par le E-7. Les nations, « unies au sein du Comité de Partenariat de Soutien, ont arrêté l’acquisition du E-7. Les membres explorent désormais des alternatives pour le remplacement de la flotte et recherchent de nouveaux partenaires », indique un communiqué du ministère néerlandais de la Défense.

Confirmant cette position, Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a déclaré à la presse depuis la principale base opérationnelle AWACS de l’alliance à Geilenkirchen, en Allemagne, que le processus de remplacement des E-3A Sentry était en cours. Il a ajouté : « Je ferai tout mon possible pour accélérer ce processus. Il est important que nous le fassions rapidement ».

Après l’approbation des alliés, l’Agence de Soutien et d’Acquisition de l’OTAN (NSPA) avait décidé en 2023 d’acheter le Wedgetail, avec pour objectif une mise en service opérationnelle en 2031, dans le cadre du projet initial de surveillance et de contrôle futurs alliés (iAFSC) de l’alliance.

Ce programme « connaît des changements importants », précise le communiqué néerlandais, suite au retrait de l’US Air Force du projet Wedgetail. En effet, la USAF a annulé ce programme problématique en juin 2024 en raison de l’augmentation vertigineuse des coûts et de doutes sur sa viabilité.

Dans le cadre d’une loi sur les prorogations et les allocations budgétaires pour l’exercice 2026, le Congrès américain a proposé mercredi près de 200 millions de dollars pour les activités de prototypage rapide du Wedgetail, malgré les efforts de l’administration Trump pour arrêter le programme. Cette initiative s’inscrit dans un plan alternatif basé notamment sur les capacités spatiales, qui aideraient les avions de combat à localiser et suivre les aéronefs ennemis, mission dite d’indicateur de cibles aériennes en mouvement (AMTI).

« Le retrait américain du Wedgetail souligne aussi l’importance d’investir au maximum dans l’industrie européenne », a déclaré le secrétaire d’État néerlandais Gijs Tuinman. « L’objectif reste d’avoir d’autres avions plus discrets [en remplacement des E-3A] opérationnels d’ici 2035 ».

Les Pays-Bas n’ont pas précisé quelles plateformes leurs alliés étudiaient pour remplacer le Wedgetail, mais le programme iAFSC a précédemment vu s’affronter le GlobalEye de Saab, le E-2D de Northrop Grumman et la proposition de L3Harris, basée sur l’avion d’affaires Bombardier Global 6500 « adapté » avec un système de mission d’alerte avancée aéroportée conformée (CAEW), déjà installé sur des Gulfstream G550.

Un porte-parole de L3Harris a déclaré : « Nous sommes prêts à participer à toute compétition menée par la NSPA avec une solution disponible rapidement, optimisée pour survivre et intégrée à un système de communication assurant l’interopérabilité avec l’OTAN et ses partenaires de coalition. Suite à notre récente sélection par la République de Corée pour une capacité AEW&C de dernière génération basée sur le Bombardier Global 6500, notre solution permettra de créer un espace de bataille en réseau avec les avions de cinquième génération et au-delà ».

Ce même porte-parole, insistant sur le fait que l’entreprise « suit de près » les évolutions concernant le retrait de l’E-7A, a ajouté : « Si la NSPA lance un appel d’offres, nous sommes prêts à répondre ».

De son côté, un représentant de Saab a indiqué qu’« ils étaient au courant des nouvelles relatives au programme AWACS de l’OTAN ». Il a souligné « l’intérêt mondial croissant pour le GlobalEye, qui représente une excellente solution pour de nombreux pays nécessitant des capacités de détection et d’identification longue portée, tant dans les airs, sur mer que sur terre. Nous sommes ouverts au dialogue pour explorer comment notre technologie peut répondre aux besoins de clients potentiels ».

Northrop Grumman a décliné tout commentaire.

L’OTAN exploite actuellement une flotte de 14 E-3A, mais la décision initiale d’acquérir six Wedgetail avait été justifiée à l’époque par un responsable de l’alliance, arguant que ce nombre limité représentait le minimum nécessaire pour garantir une capacité opérationnelle minimale au Commandant Suprême Alliés en Europe (SACEUR) pour la gestion du combat aérien au « jour zéro ».

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, l’OTAN utilise régulièrement les E-3A pour des missions de surveillance sur le flanc oriental.

Ce nouvel échec concernant le Wedgetail s’ajoute aux problèmes techniques et financiers du programme britannique, dont le coût est estimé à 1,89 milliard de livres sterling (2,57 milliards de dollars). Bien que le plan initial prévoyait un déploiement des appareils au début des années 2020, la mise en capacité opérationnelle a été repoussée à l’année prochaine.

Initialement, le Royaume-Uni avait signé un contrat avec Boeing pour acquérir cinq avions destinés à remplacer sa flotte d’E-3, avant de réduire ensuite cette commande à trois appareils pour des raisons budgétaires.

Tim Martin