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La création récente d’un Commandement des forces de rockets de l’Armée pakistanaise illustre un réajustement des priorités militaires d’Islamabad et pose une pression accrue sur l’avenir de l’Armée de l’air pakistanaise. Après un affrontement aérien tendu avec l’Inde en mai dernier, cette nouvelle force, centrée sur le développement des capacités de missiles à longue portée, risque de détourner des financements essentiels à une aviation déjà fragilisée.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif a officiellement lancé le Commandement des forces de rockets de l’Armée (ARFC) le 13 août 2025, à l’occasion de la fête nationale. Il a présenté cette initiative comme une amélioration clé de la dissuasion conventionnelle du Pakistan. Ce commandement a pour objectif de consolider et d’étendre l’arsenal balistique du pays, incluant des projets récents comme le missile de croisière Fatah-4, capable d’une portée de 750 kilomètres et doté d’une grande précision. Les experts interprètent ce renforcement comme une réaction directe aux lacunes stratégiques mises en lumière lors de l’« Opération Sindoor », les frappes de représailles indiennes après une attaque terroriste à Pahalgam, au Cachemire.

Cette réorientation stratégique représente toutefois une menace budgétaire pour l’Armée de l’air pakistanaise (PAF). Le budget de la défense a augmenté de 20 % pour l’exercice 2026, atteignant environ 2,55 billions de roupies (près de 9 milliards de dollars), hausse justifiée par les affrontements de mai avec l’Inde.

Avec les besoins financiers importants liés à la production, au stockage et à l’infrastructure des missiles, les analystes craignent que la PAF, qui reçoit environ 21,3 % du budget global de la défense, voie sa part réduite davantage.

« La Force des fusées nécessitera un financement dédié pour ses armements avancés et ses systèmes de lancement, ce qui entraînera inévitablement un prélèvement sur les programmes classiques tels que l’acquisition de chasseurs », a expliqué un expert en défense, soulignant que le contexte budgétaire pakistanais reste contraint, dépendant notamment des aides du FMI.

Le timing est d’autant plus défavorable que la PAF a subi des revers humiliants lors des escarmouches de mai. Pendant l’Opération Sindoor, l’aviation indienne (IAF), protégée par les systèmes de défense aérienne russes S-400, a pénétré profondément dans l’espace aérien pakistanais, frappant des bases aériennes ainsi que des infrastructures, avec une résistance très limitée.

Le chef de l’IAF, le maréchal Vivek Ram Chaudhari, a affirmé que les S-400 avaient abattu cinq à six appareils pakistanais, dont des chasseurs, tandis que la guerre électronique neutralisait d’autres avions. Des affirmations largement rejetées par le Pakistan, qui toutefois n’est pas parvenu à les contredire de façon convaincante.

L’incapacité de la PAF à riposter efficacement et à défendre ses bases a mis en évidence plusieurs faiblesses structurelles persistantes : des flottes vieillissantes, un déficit de capacités de frappe à distance et la barrière quasi infranchissable des systèmes S-400 indiens, combinant détection radar avancée et intercepteurs hypersoniques.

« Le S-400 a bouleversé la donne, rendant toute incursion pakistanaise suicidaire », a témoigné un ancien officier de l’IAF, réfutant les déclarations pakistanaises concernant des frappes radar sur le système. Avec des projets de chasseurs de cinquième génération comme le J-35 encore lointains et un financement opaque, la modernisation de l’aviation pakistanaise risque aujourd’hui de se retrouver bloquée par l’ascension de la Force des fusées.

Ce réajustement des ressources illustre une recalibration stratégique plus large opérée à Rawalpindi. L’ARFC, en partie inspirée par la Force des fusées de l’Armée populaire de libération chinoise, met l’accent sur les menaces asymétriques, telles que les missiles de croisière et balistiques, afin de compenser la supériorité numérique aérienne indienne.

Pour la PAF, cela implique des choix difficiles : des mises à niveau retardées pour les escadrons de JF-17 Thunder, ou des reports dans l’acquisition de technologies satellitaires et de brouillage, deux éléments cruciaux pour la survie future des forces aériennes.