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Un rapport officiel met en lumière la nécessité pour les armées de mieux prendre en charge les problèmes liés au jeu chez les militaires, alors que les recherches récentes indiquent une vulnérabilité croissante des forces armées et des anciens combattants à cette addiction.

Dans un rapport de 19 pages, le Government Accountability Office (GAO) souligne une grande disparité dans les méthodes de prévention mises en œuvre par les différentes branches militaires. Il recommande au Département de la Défense de clarifier les rôles et responsabilités des personnels chargés de lutter contre ce phénomène.

Plusieurs études universitaires ont fait état d’une augmentation générale des problèmes liés au jeu depuis la légalisation des paris sportifs étatiques en 2018. Une étude de l’université Rutgers menée en 2021 a notamment alerté sur le risque accru chez les militaires, en raison d’une population jeune, d’une tendance au comportement à risque, du stress et d’autres facteurs favorisant l’émergence de ce trouble.

Si le Département de la Défense offre un traitement aux militaires diagnostiqués avec une addiction au jeu, les responsables interrogés par le GAO ont reconnu que l’armée ne dispose pas de soins spécialisés adaptés. Le rapport souligne par ailleurs que le nombre de joueurs affectés est probablement sous-estimé, les évaluations reposant sur des déclarations volontaires.

Selon les données de la Defense Health Agency (DHA), 185 militaires ont rapporté un diagnostic lié au jeu l’an dernier, ce qui représente une hausse d’environ 30 % par rapport à 2019. Depuis la décision de la Cour suprême américaine en 2018 autorisant les États à légaliser les paris sportifs, ces derniers, notamment via des plateformes en ligne, ont connu une explosion en popularité, rendant les militaires particulièrement susceptibles de tomber dans cette forme de dépendance.

“Vous êtes un preneur de risques, vous êtes compétitif. C’est un profil parfait. Et désormais, des applications créent une addiction,” a expliqué Mark Lucia, responsable de programme au Kindbridge Research Institute, spécialisé dans l’étude des troubles du jeu chez les militaires. Pourtant, il tempère : “Nous n’avons pas encore de preuve irréfutable que c’est un problème de grande ampleur.”

Le rapport du GAO mentionne également que les établissements récréatifs gérés par l’armée exploitent des machines à sous à travers le monde, générant parfois plusieurs dizaines de millions de dollars par an, fonds réinvestis dans les programmes de loisirs. Cependant, les militaires ont indiqué que ces machines étaient principalement fréquentées par des retraités, des contractuels et des familles, tandis que les militaires actifs privilégieraient plutôt les sites de jeux commerciaux, notamment en ligne.

Une politique militaire publiée en janvier dernier cible désormais les troubles liés à la consommation problématique de substances ainsi qu’au jeu, mais le GAO relève que cette directive manque d’une supervision claire et de personnels spécifiquement responsables de la prévention, de l’évaluation, du diagnostic et du traitement de ces troubles.

La DHA prévoit de publier dès l’année prochaine un rapport annuel visant à suivre l’évolution et la prévalence des troubles du jeu chez les militaires.

Par ailleurs, les opérateurs d’applications de paris sportifs comme FanDuel, BetMGM ou DraftKings appellent à davantage de recherches sur les abus liés au jeu. Ce dernier a annoncé en 2023 financer des études concernant ce trouble chez les vétérans.

Les experts en sciences comportementales reconnaissent que le manque de traitement et d’évaluations précises freine la compréhension de cette addiction dans le milieu militaire. Le GAO note que les taux de réponse aux enquêtes de la DHA sur ce sujet étaient inférieurs à 5 %. De plus, pour accéder aux soins, les militaires doivent obtenir un diagnostic officiel de trouble du jeu, une étape difficile dans un environnement où la stigmatisation liée aux troubles psychiques reste un obstacle important.

Les recommandations du GAO s’adressent à l’ensemble des services militaires, les incitant à aligner leurs politiques avec la directive du Département de la Défense publiée en janvier, afin de mieux prendre en charge et prévenir les problèmes liés au jeu.