Article de 1087 mots ⏱️ 5 min de lecture

Les autorités turques ont attribué la faible performance du drone armé Songar à une utilisation inadaptée lors de l’attaque massive menée par le Pakistan contre l’Inde en mai 2025. Conçu pour des missions de soutien aérien tactique et des réponses rapides dans des contextes à faible intensité, ce drone n’était pas destiné à des frappes transfrontalières à haute intensité contre un adversaire doté de défenses aériennes sophistiquées.

Dans la nuit du 8 mai 2025, après une escalade des tensions consécutive à une attaque terroriste à Pahalgam le 22 avril, qui avait fait 26 victimes civiles, le Pakistan a lancé une vaste incursion aérienne utilisant entre 300 et 400 drones contre 36 sites militaires situés le long des frontières nord et ouest de l’Inde. Ces frappes ciblaient des bases clés entre Leh dans le Ladakh, Sir Creek au Gujarat, et des positions stratégiques à Jammu, Pathankot, Udhampur et Bhatinda. L’opération visait à tester et saturer le réseau de défense aérienne indien, tout en récoltant des renseignements sur les infrastructures critiques. L’analyse des débris récupérés, conduite par le ministère indien des Affaires étrangères et les forces armées, a confirmé qu’une part importante de ces drones était constituée de modèles Songar fournis par la Turquie dans le cadre du renforcement des liens militaires turco-pakistanais.

Malgré l’ampleur de l’attaque, les défenses aériennes indiennes à plusieurs niveaux, incluant les systèmes S-400 Triumph, les missiles Barak-8, les intercepteurs sol-air Akash et les brouilleurs électroniques indigènes, ont neutralisé la grande majorité des menaces. De nombreux drones ont été abattus en vol, tandis que des moyens non cinétiques ont perturbé les communications, contraignant plusieurs appareils à interrompre leurs missions ou à s’écraser. Aucun dégât sérieux ni victime n’ont été signalés côté indien, ce qui témoigne de l’échec de cette incursion. En riposte, l’Inde a lancé l’Opération Sindoor, une campagne de frappes précises qui a détruit quatre sites de défense aérienne pakistanais, dont au moins un radar, infligeant des pertes significatives à l’armée de l’air pakistanaise.

Les représentants d’Asisguard, la firme turque à l’origine du Songar, ont souligné que ce drone était conçu comme un multiplicateur de force au niveau de la section ou du peloton. « Il s’agit d’un quadrirotor léger, portable par un homme, conçu pour fournir un appui aérien rapproché aux installations militaires critiques, permettant une réaction rapide face à des menaces identifiées telles que les insurgés ou les incursions à la frontière dans des environnements permissifs », a expliqué un responsable sous couvert d’anonymat. Avec un poids maximal au décollage d’environ 45 kg, une envergure de rotors de 145 cm et une autonomie de 25 à 30 minutes sans charge utile, ce drone excelle dans la planification autonome de missions, la transmission vidéo en temps réel via des caméras diurnes et infrarouges, ainsi que la stabilisation du tir depuis son armement modulaire. Les options d’armement comprennent une mitrailleuse 5,56×45 mm OTAN avec une capacité de 200 cartouches et un système anti-recul OASIS pour des tirs précis jusqu’à 400 mètres, des variantes équipées de lance-grenades de 40 mm, de mortiers de 81 mm ou encore de lanceurs de grenades lacrymogènes ou fumigènes pour le contrôle non létal de foules.

Les points forts du Songar résident dans sa robustesse certifiée IP67, sa navigation GPS/GLONASS avec protocole de retour automatique en cas de perte de liaison, ainsi que sa compatibilité avec les opérations en essaim pour des actions tactiques coordonnées avec les forces terrestres. Il a fait ses preuves lors de missions de sécurité intérieure en Turquie et de patrouilles dans des zones à faible menace, où son autonomie opérationnelle de 3 à 5 km permet un déploiement rapide depuis des véhicules blindés 4×4. Cependant, son emploi dans une mission de frappe en profondeur dans un espace aérien fortement contesté a mis au jour ses limitations intrinsèques. « Les opérations transfrontalières contre des dispositifs sophistiqués de guerre électronique et des intercepteurs à longue portée nécessitent une endurance, une furtivité et des capacités de tir à distance que le Songar ne possède pas », a précisé le responsable. « Il n’a jamais été conçu pour pénétrer des défenses aussi avancées que celles de l’Inde ; ces missions sont réservées à des drones de combat sans pilote plus grands, comme la série Bayraktar. »

De leur côté, les porte-parole militaires pakistanais ont vanté publiquement la « forte performance » du Songar lors des briefings officiels, affirmant que le drone avait infligé des dégâts et collecté des données précieuses. Toutefois, les analyses post-conflit indiennes et indépendantes dressent un bilan très différent. La courte durée de maintien en vol des drones les rendait vulnérables à une détection rapide et à des ripostes efficaces, tandis que leurs liaisons données en ligne de vue étaient compromises par les brouillages indiens. Plus de 80 % des unités Songar seraient tombées ou contraintes à l’échec, alimentant les doutes sur la fiabilité des drones turcs dans des conflits à haute intensité. Ce constat rejoint les critiques formulées lors des précédents engagements où des drones turcs, tels que le Bayraktar TB2, ont rencontré de fortes difficultés face à des défenses antiaériennes robustes, comme en Ukraine et désormais en Asie du Sud.

Cette mise au jour par Asisguard illustre un décalage croissant entre l’exportation de systèmes tactiques spécialisés et les ambitions stratégiques de certains clients. Le Pakistan, qui a acquis plusieurs centaines de Songar depuis 2023 dans le cadre d’un contrat d’une valeur de 500 millions de dollars avec la Turquie, fait désormais face à un examen critique de sa doctrine dronique. Des analystes indiens estiment que cet échec pourrait pousser Islamabad à se tourner vers des plateformes plus performantes, ce qui poserait des défis budgétaires dans un contexte économique difficile. Pour la Turquie, cet épisode risque de porter atteinte à sa réputation sur un marché mondial très concurrentiel, malgré l’approfondissement des liens militaires avec le Pakistan, y compris via des rôles supposés de conseil dans la planification des frappes, selon les services de renseignements indiens.