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Les soldats doivent rapidement interpréter un volume croissant de données en temps réel sur le champ de bataille pour élaborer et mener à bien leurs plans d’opération. Pour améliorer la rapidité et la qualité des décisions tactiques, les chercheurs de l’armée américaine développent un ensemble d’applications capables d’analyser ces données et d’offrir une supériorité décisionnelle ainsi qu’une létalité accrue.

Ces nouvelles applications, regroupées sous le nom de Projet Odin, suivent en continu les flux de données en direct, les positions des unités, la couverture des capteurs, les niveaux de carburant, l’état de maintenance et des munitions, ainsi que les conditions météorologiques et le terrain. Elles synthétisent toutes ces informations en temps réel pour comprendre et anticiper les actions ennemies, permettant ainsi aux commandants et à leur état-major de devancer les manœuvres et prises de décisions adverses.

Le Centre C5ISR (Command, Control, Communications, Computers, Cyber, Intelligence, Surveillance and Reconnaissance) de l’armée exploite les avancées en intelligence artificielle et le traitement des données des capteurs en temps réel, explique Ben Rosen, responsable du Projet Odin. En juillet 2022, le centre a reçu un retour clair : l’armée avait besoin d’un outil décisionnel destiné aux commandants pour faciliter les concepts de guerre, en particulier la synchronisation, la létalité et la flexibilité.

« Nous avons développé un prototype en moins d’un an, puis lancé une campagne d’expérimentation intensive pour orienter les cycles de développement par la suite. En nous concentrant sur les lacunes capacitaires, notre objectif était de nous immerger directement dans le contexte opérationnel », précise Ben Rosen. « La charge cognitive imposée aux états-majors par l’analyse de toutes ces données peut ralentir le processus décisionnel. Le Projet Odin réduit ce délai à une fraction du temps habituel.

« Ce programme ingère les informations du champ de bataille, les analyse, et fournit une compréhension adaptée aux commandants afin qu’ils puissent appliquer leur jugement, prendre des décisions et agir plus rapidement que l’adversaire. »

Les hauts responsables de l’armée soulignent les avantages offerts par les technologies émergentes d’intelligence artificielle dans l’évolution des outils de commandement et de contrôle de nouvelle génération. Le général James Rainey, commandant de l’Army Futures Command, déclarait lors d’un sommet sur l’IA en 2024 : « Le véritable potentiel militaire de l’intelligence artificielle est de donner du pouvoir à nos commandants, les hommes et femmes qui dirigent nos formations. Comment mettre la puissance de l’IA à leur service pour qu’ils puissent prendre plus de décisions, de meilleures décisions et plus rapidement ? »

Pour accélérer la transition du Projet Odin de la recherche et développement à une capacité opérationnelle déployée auprès des soldats, les experts du Centre C5ISR travaillent étroitement avec plusieurs unités au cours d’événements d’expérimentation, tels que Project Convergence et les rotations Transformation in Contact.

« L’expertise scientifique et technologique du Centre est essentielle pour livrer ces outils aux unités. Nous combinons cette expérience technique, notre capacité à interagir avec les soldats sur le terrain, nos collaborations avec d’autres organismes de R&D de l’armée, et l’intégration rapide des retours opérationnels pour améliorer continuellement les solutions », explique Ben Rosen.

Cette collaboration entre la communauté scientifique et les unités opérationnelles a fait ses preuves. Comme l’écrivait récemment le Secrétaire à l’Armée dans sa déclaration sur la posture de l’armée devant le Congrès : « Les retours des participants à TiC ont validé que nos formations peuvent évoluer rapidement lorsqu’on associe le talent des développeurs à l’ingéniosité des soldats. En ajustant leur organisation et l’emploi de leur équipement, les unités TiC ont pu mieux appréhender le champ de bataille, frapper et manœuvrer face à l’ennemi durant les exercices. »

Les capacités du Projet Odin sont intégrées sous forme d’applications sur des plateformes de commandement tactique, comme Android Tactical Assault Kit (ATAK). En s’appuyant sur les infrastructures existantes et la couche de données du Next Generation Command and Control (NGC2), ce projet élimine la nécessité d’avoir des logiciels autonomes dédiés et isolés au sein des forces.

« Odin contribue à alimenter l’annexe « Operational Modeling Tool » du NGC2 », précise encore Ben Rosen. « Nous développons et expérimentons rapidement, en pensant à NGC2, en nous demandant comment exploiter la couche de données pour mieux comprendre le champ de bataille via un ensemble d’applications et de services intégrés à l’écosystème NGC2 global. »

Le Centre C5ISR collabore étroitement avec le Army Research Laboratory et le Corps des ingénieurs de l’armée pour tirer parti de leur expertise respective en intelligence artificielle, modélisation numérique et données topographiques. En deux ans, les capacités sont passées du stade de concept à un système déployé en unité.

Les expérimentations avec des unités en opération permettent de faire évoluer les concepts et d’identifier les lacunes à combler.

« Le Projet Odin accélère les cycles décisionnels tactiques en allégeant la charge cognitive liée au suivi de plans très synchronisés dans des environnements de plus en plus complexes », témoigne le major Aaron Phillips, qui a utilisé Odin lors d’une récente rotation au Joint Readiness Training Center. « Cela permet aux commandants et leurs états-majors de se concentrer sur le choix de leur prochaine action, plutôt que de suivre leurs actions actuelles ou passées. »

Les différents composants logiciels d’Odin affichent des niveaux variés de maturité technique, selon Steve Webster, responsable technique du projet au Centre C5ISR. Certaines fonctionnalités sont prêtes à être employées par les soldats lors des exercices d’expérimentation comme Project Convergence ou Transformation in Contact.

« Nous développons aussi des logiciels plus avancés, encore en phase initiale de maturation technologique, qui bénéficient des retours d’expérience fournis par l’expérimentation des services plus matures », précise Steve Webster. « Tous ces efforts contribuent à la fois à la livraison de capacités concrètes et à la définition des besoins pour les outils de modélisation opérationnelle du NGC2. »

Une des fonctionnalités en cours de développement est la génération de choix tactiques. Elle compare en continu les actions planifiées aux données en temps réel — conditions environnementales, capacités de combat disponibles, position ennemie — pour produire de nouvelles recommandations guidant l’état-major vers les meilleures décisions. Ces outils exploitent une vitesse d’analyse inaccessible aux humains.

« Le Projet Odin répond au besoin de l’armée d’une plateforme de commandement et contrôle axée sur les données, dans un contexte de progression rapide des technologies. Une prise de décision plus intelligente et plus rapide accroît la létalité des soldats », conclut Steve Webster.

Par Dan Lafontaine, Service Communication du Centre C5ISR