Les défenses ukrainiennes devraient tenir en 2025 malgré les avancées russes, a indiqué un haut responsable de l’OTAN. Selon lui, les capacités offensives de Moscou restent limitées et ne laissent pas présager d’effondrement majeur cette année.
Lors d’un point presse tenu le 11 février au siège de l’OTAN, un responsable de l’Alliance a expliqué que les conditions météorologiques défavorables, combinées à des rapports de forces favorables aux Russes, ont permis à Moscou de réaliser des « gains modestes » sur plusieurs secteurs au cours du dernier mois. Toutefois, leur efficacité opérationnelle reste freinée par la qualité des effectifs, les contraintes logistiques et la capacité d’adaptation ukrainienne. « Malgré les réserves limitées et les défenses étendues de l’Ukraine, un effondrement total des lignes défensives reste improbable cette année », a-t-il précisé.
Le responsable a souligné que les forces russes maintiennent la pression grâce à un usage intensif de drones (UAV) et d’artillerie, ainsi qu’à des tactiques d’attrition. Elles parviennent ainsi à des avancées localisées sans toutefois obtenir de percées décisives. « L’efficacité opérationnelle russe est limitée par la qualité des effectifs, les difficultés logistiques et l’adaptation des forces adverses, ce qui ne leur permet d’obtenir que des gains ponctuels sans changements majeurs sur le champ de bataille », a-t-il ajouté.
Le front évolue sur plusieurs axes, notamment autour de Sloviansk et Kramatorsk, avec des progrès notables près de Pokrovsk, Vuhledar et Zaporizhzhia. Dans le même temps, les forces ukrainiennes ont réussi à reprendre certaines positions. « Nous avons observé récemment que les Ukrainiens ont regagné plusieurs localités sur ces secteurs », a-t-il précisé, soulignant également les opérations de nettoyage à Kupiansk malgré les tentatives d’infiltration russes toujours en cours.
Le responsable de l’OTAN a évoqué des pertes très lourdes du côté russe, qualifiant 2025 d’« année la plus meurtrière de ce conflit pour Moscou ». Il a avancé un bilan de « près de 400 000 morts et blessés uniquement en 2025 », portant le total des pertes russes à quelque 1,3 million de tués et blessés depuis le début de la guerre.
En termes de territoires gagnés, la Russie aurait avancé d’environ 4 700 km² en 2025, contre 4 000 km² en 2024, sans pour autant atteindre ses objectifs stratégiques. Le responsable a également souligné une intensification de la campagne d’« information » russe, destinée à présenter la défaite ukrainienne comme inéluctable, en exagérant la prise de petits villages afin d’influencer les négociations.
« La capture de petits villages isolés ne correspond pas à des percées stratégiques capables de forcer une capitulation rapide de l’Ukraine », a-t-il insisté.
Pour l’avenir, le scénario le plus probable demeure une guerre d’attrition, la Russie conservant un avantage local sur le terrain tout en progressant essentiellement dans des zones moins défendues. L’offensive aérienne russe s’amplifie également, avec un recours massif aux drones kamikazes : environ 55 000 UAV d’attaque ont été lancés en 2025, soit une multiplication par cinq par rapport à l’année précédente. Ces frappes ciblent principalement les infrastructures énergétiques, provoquant une « situation humanitaire très grave ».
« Les attaques se concentrent sur les infrastructures critiques de l’énergie en Ukraine, ce qui cause des dégradations potentiellement permanentes du réseau et engendre de longues coupures de courant quotidiennes à Kyiv, ainsi qu’une augmentation des besoins humanitaires », a précisé le responsable.
En retour, l’Ukraine inflige des coûts importants à la profondeur stratégique russe, via des frappes sur des infrastructures pétrolières et gazières, des ports et des navires dits de la « flotte fantôme ». Ces actions contraignent Moscou à revoir ses priorités en matière de défense aérienne et ses routes logistiques.
Sur le plan diplomatique, l’OTAN réaffirme son soutien à l’Ukraine en vue d’une paix durable, mais déplore l’attitude russe. « Aucun signe ne montre que la position de la Russie a changé ou que le Kremlin est prêt à consentir des concessions significatives », a-t-il noté.
Concernant l’aide chinoise, l’Alliance atlantique ne constate pas de transfert d’armes létales vers la Russie, mais avertit que certains composants à double usage ainsi que des machines-outils restent des éléments essentiels du soutien à l’effort de guerre de Moscou. « Nous n’avons pas observé de preuves d’une aide létale directe de la Chine vers la Russie. Cependant, des composants dual-use et des machines-outils continuent à être fournis », a-t-il expliqué.
Enfin, la perte d’accès russe à Starlink aurait eu un « impact significatif » sur le commandement et le contrôle des unités russes, contribuant aux succès ukrainiens notamment autour de Zaporizhzhia.
Interrogé sur les pertes humaines, le responsable a confirmé une estimation d’environ 1,3 million de pertes russes depuis l’invasion à grande échelle, dont environ 400 000 en 2025, avec près de 350 000 tués au combat. Il a également jugé « réaliste » la capacité ukrainienne à infliger jusqu’à 50 000 pertes russes chaque mois, au vu des tendances actuelles.
Sur le partage du renseignement, les États-Unis restent le principal contributeur au sein de l’OTAN, mais d’autres alliés renforcent leur implication. Le responsable a salué un « fonctionnement très efficace du partage des renseignements entre alliés ».