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Les députés britanniques ont été alertés sur le net déséquilibre entre la Russie, largement en avance, et le Royaume-Uni ainsi que ses alliés en matière de guerre sous-marine. Cette audition par le comité de la Défense a mis en lumière la montée en puissance des capacités sous-marines russes et la menace grandissante que représentent ses actions pour les infrastructures critiques.

Au cours de son témoignage, le professeur Peter Roberts a indiqué que la Russie dispose d’une flotte sous-marine de 64 bâtiments, comprenant notamment des sous-marins lanceurs d’engins, éléments clés de sa dissuasion nucléaire, mais aussi des sous-marins d’attaque à capacité terrestre et antinavire. Il a souligné que la posture russe repose toujours sur des concepts hérités de la Guerre froide, notamment celui d’une capacité de seconde frappe assurée, centrée autour d’un « bastion » protégé dans le Grand Nord.

« Leur flotte est avant tout une force de bastion pour leur dissuasion nucléaire, et tout le reste vient ensuite », a affirmé Peter Roberts aux députés.

Le spécialiste a également présenté la direction principale russe des recherches sous-marines profondes (GUGI), qui déploie environ 50 navires et sous-marins spécialisés capables d’opérer jusqu’à 6 000 mètres de profondeur. Ces moyens, selon lui, ont pour but non seulement de protéger les infrastructures sous-marines russes, mais aussi de menacer celles des autres nations.

« Leur rôle principal est la protection de leurs infrastructures critiques sous-marines, mais ils ont aussi une fonction secondaire, qui est d’atteindre celles des autres », a-t-il précisé.

Le comité a noté la vulnérabilité particulière du Royaume-Uni, en raison de sa géographie. Roberts a mentionné que le pays héberge 119 câbles de données et constitue un point d’entrée majeur pour la connectivité numérique entre l’Europe et les États-Unis. Il a averti que toute perturbation pourrait avoir de graves conséquences économiques et sociales, soulignant que le Royaume-Uni est exposé d’une manière différente du théâtre terrestre en Europe de l’Est.

« Sur le plan de la première ligne de défense et du combat terrestre, nous sommes nettement éloignés du front est, mais sous l’eau, nous sommes presque sur la ligne de front, n’est-ce pas ? » a demandé le député Derek Twigg. Roberts a répondu « Oui, absolument ».

Le professeur Roberts a aussi mis en garde contre une stratégie russe qui cible de plus en plus les infrastructures civiles afin d’affaiblir la volonté politique, décrivant une approche dite de « contre-valeur » axée sur la perturbation de la société plutôt que sur des cibles purement militaires. Il a cité les attaques en Ukraine sur les infrastructures énergétiques, suggérant que des menaces similaires pèsent sur les États européens via les câbles, pipelines et autres systèmes vulnérables.

Interrogé sur la capacité des pays occidentaux à rivaliser avec la Russie, il a répondu de manière catégorique : « Je pense qu’ils sont bien en avance sur nous ».

Le commodore John Aitken, ancien sous-marinier de la Royal Navy aujourd’hui chez Thales, a confirmé cette évaluation, assurant que les sous-marins les plus modernes de Russie représentent une menace sérieuse. Il a décrit les sous-marins lanceurs d’engins de classe Boreï et les sous-marins nucléaires d’attaque de classe Yasen comme étant « des sous-marins de premier ordre » et de « redoutables adversaires ».

Aitken a également mis en avant la spécialisation russe dans les opérations sous la banquise arctique, qui demeurent un environnement difficile pour les forces de l’OTAN. « Nous avons une capacité très limitée sous la glace à la Royal Navy actuellement, il est nécessaire d’y réinvestir », a-t-il relevé.

Selon lui, la Russie utilise cet environnement sous-glaciaire pour dissimuler ses sous-marins lanceurs d’engins, réduire le temps d’alerte et compliquer les opérations de suivi. Il a décrit les mers arctiques comme « bruyantes » à cause des mouvements de la glace, ce qui rend la détection plus difficile. Les sous-marins russes en profitent notamment en se positionnant près de la glace elle-même. « On sait aussi qu’ils peuvent percer la glace pour lancer des missiles sur l’Europe ou l’Amérique du Nord, ce qui réduit considérablement les délais de réaction », a-t-il ajouté.

La discussion a également abordé la mer Baltique, où les députés ont interrogé la capacité russe à opérer malgré la contrainte des détroits danois. Aitken a confirmé que la Russie conserve la possibilité d’opérer des sous-marins depuis ses bases en Baltique, même si l’environnement y est plus complexe et que la traversée accroît le risque de détection. « La mer Baltique est peu profonde et très contestée, c’est précisément pour cela qu’ils y déploient des sous-marins conventionnels (SSK), capables d’opérer dans ces eaux difficiles », a déclaré le commodore.