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Les États-Unis ont récemment conclu un important accord d’achat auprès de la Jordanie portant sur des véhicules blindés équipés de canons antiaériens, dans une opération estimée à environ 110 millions d’euros. Ces véhicules, destinés à être transférés à l’Ukraine, devraient renforcer les capacités de défense aérienne du pays face aux menaces actuelles.

« Dans un geste remarquable, les États-Unis ont acquis auprès de la Jordanie des véhicules blindés équipés de systèmes de défense antiaériens pour l’Ukraine, pour une dépense avoisinant les 118 millions de dollars. Fait surprenant, ces mêmes véhicules Gepard avaient été vendus à la Jordanie par les Pays-Bas en 2013 pour un montant nettement inférieur, autour de 21 millions de dollars. Cela illustre bien l’évolution significative du contexte géopolitique », rapportent des sources fiables.

Le nombre exact de véhicules blindés Gepard SPAAG (Self-Propelled Anti-Aircraft Gun) acquis par les États-Unis n’a pas été officiellement précisé, mais les estimations font état d’environ 60 unités. L’état technique de ces systèmes, qui ont déjà été transférés deux fois, demeure toutefois incertain, notamment en raison des pratiques de maintenance des forces jordaniennes.

Cette préoccupation rappelle également le cas des missiles antiaériens Osa-AK, initialement vendus à l’Arménie et ensuite transférés à l’Ukraine, qui se trouvent dans un état technique très dégradé avec des performances médiocres.

Le Gepard SPAAG : un système antiaérien allemand classique

Le Gepard, aussi appelé Flakpanzer Gepard, est un véhicule blindé antiaérien autopropulsé développé en Allemagne dans les années 1960. Il a été conçu principalement pour assurer la défense aérienne des unités blindées en opération sur le champ de bataille.

Ce véhicule est armé de deux canons automatiques Oerlikon KDA de calibre 35 mm, capables de tirer jusqu’à 550 obus par minute. Ces canons sont particulièrement efficaces contre les avions volant à basse altitude, les hélicoptères et les drones (UAV). Le Gepard dispose également d’un radar dédié et d’un système de contrôle de tir permettant de suivre et d’engager plusieurs cibles simultanément.

Le moteur turbodiesel MTU MB 838 CaM 500 V8 développe 830 chevaux, offrant au blindé une vitesse maximale sur route d’environ 65 km/h et une autonomie de l’ordre de 550 kilomètres. La fiabilité et la robustesse de ce moteur rendent le Gepard adapté aux opérations prolongées dans des environnements variés.

Le blindage est constitué de plaques d’acier soudées sur la coque et la tourelle, offrant une protection contre les armes légères, les éclats et certaines armes antichars. La partie frontale peut résister à des projectiles perforants de 23 mm, tandis que les flancs et l’arrière offrent une protection moindre. Le véhicule est également équipé de systèmes NBQ (nucléaire, biologique et chimique) pour assurer la sécurité de l’équipage dans des environnements contaminés.

Grâce à sa mobilité et à ses moyens de transport variés (ferroviaire, routier, aérien), le Gepard peut être déployé rapidement aux endroits nécessitant une protection antiaérienne rapprochée.

Gepard en Ukraine : défis d’utilisation et munitions

Suite à l’invasion russe de 2022, l’Ukraine a introduit le Gepard dans sa stratégie défensive. Le premier lot de trois véhicules est arrivé le 25 juillet 2022. Cette étape a toutefois révélé un problème majeur : la munition fournie par la Norvège n’était pas compatible, occasionnant des défauts de tir. Des tests supplémentaires avec un lot amélioré ont été réalisés en août 2022.

Au 20 septembre 2022, trente Gepard et 6 000 cartouches avaient été livrés à l’armée ukrainienne, qui déclarait disposer au 26 septembre d’environ 50 000 munitions fabriquées en Norvège, notamment par le fabricant Nammo. Des images montrent notamment l’emploi de munitions incendiaires à haut pouvoir explosif, identifiables par un marquage jaune et une bande rouge.

Un attaché de défense ukrainien aux États-Unis souligne que le Gepard a prouvé son efficacité contre des drones de type Shahed-136, drones kamikazes rudimentaires d’origine iranienne, largement utilisés par la Russie.

Le « Conflict Intelligence Team » attribue à un Gepard la destruction, le 18 octobre 2022, d’un missile de croisière russe Kh-101 visant une centrale électrique à Kiev. Ce même système aurait neutralisé plus d’une dizaine de drones Shahed-136 ainsi que deux missiles de croisière. Ces véhicules sont ainsi considérés comme plus efficaces et moins coûteux que certains systèmes antiaériens modernes tels que les NASAMS ou les IRIS-T, en plus d’être moins sensibles politiquement du fait de leur portée limitée.

Une première perte face au drone Lancet russe

Le Royal United Services Institute (RUSI), un groupe de réflexion britannique, relève que les canons automatiques restent souvent préférés aux missiles pour leur coût d’engagement moindre et la disponibilité de leurs munitions, contrairement aux missiles sol-air (SAM) ou aux MANPADS (systèmes portables).

Il relate toutefois un incident survenu en avril 2023 en Ukraine, où un Gepard a été touché par un missile de croisière de type Lancet russe. Malgré les dommages visibles sur les images, le véhicule est resté opérationnel.

Par ailleurs, l’Allemagne a récupéré sept autres Gepard en fin de vie qu’elle a remis à niveau avant de les envoyer en Ukraine, portant à 37 le nombre total de véhicules destinés au pays. Leur livraison est attendue pour le printemps 2024.

La disponibilité des munitions demeure un défi

Les approvisionnements en munitions posent un défi notable : la Suisse, selon son principe de neutralité, refuse que ses stocks soient réexportés via l’Allemagne. Face à ces contraintes, l’entreprise Rheinmetall a contourné l’interdiction en construisant une usine en Allemagne pour produire ces munitions. Un accord signé en février 2023 a permis d’expédier le premier lot vers l’Ukraine en septembre 2023.

Boyko Nikolov