Article de 1222 mots ⏱️ 6 min de lecture

Les États-Unis ont autorisé la Corée du Sud à construire un sous-marin à propulsion nucléaire équipé d’armement conventionnel au chantier naval Hanwha Philly de Philadelphie, suite à une rencontre entre le président américain Donald Trump et le président sud-coréen Lee Jae Myung.

Au terme de leur entretien du 29 octobre à Gyeongju, Washington a validé le projet proposé par Séoul visant à construire un sous-marin à propulsion nucléaire sur le sol américain. Ce bâtiment, dont l’assemblage aura lieu dans les installations récemment acquises par Hanwha à Philadelphie, exploitera une propulsion nucléaire tout en étant armé de systèmes conventionnels.

Cette initiative s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures économiques et sécuritaires qui couvrent le commerce, l’investissement industriel et la coopération en matière de défense.

Cette annonce coïncide avec un accord bilatéral plus vaste réduisant les droits de douane américains appliqués aux véhicules et pièces automobiles sud-coréens à 15 %, incluant jusqu’à 350 milliards de dollars d’investissements sud-coréens dans l’économie américaine. De ce montant, 150 milliards seront alloués au renforcement des capacités de construction navale aux États-Unis. Selon la présidence sud-coréenne, ce projet vise à produire un sous-marin conventionnel à propulsion nucléaire afin d’améliorer en priorité la capacité de la Corée du Sud à détecter les sous-marins nord-coréens et chinois tout en réduisant la dépendance opérationnelle aux ressources américaines.

La Maison Blanche n’a pas communiqué de calendrier précis concernant la construction de ce sous-marin.

À ce jour, le chantier naval Hanwha Philly, installé sur le site de l’ancien chantier naval naval de Philadelphie, est principalement engagé dans la production de navires commerciaux tels que des pétroliers et porte-conteneurs, sans expérience préalable dans la construction navale militaire ou nucléaire.

Hanwha a acquis le chantier pour 100 millions de dollars en décembre 2024 et a annoncé un plan d’expansion de 5 milliards destinés à ajouter des cales sèches, des grues et des quais capables de soutenir des projets d’envergure. La société détient actuellement des contrats pour dix pétroliers de moyenne portée et deux méthaniers, exprimant par ailleurs son intérêt pour participer à des programmes navals futurs par le biais d’une coopération industrielle.

La construction d’un sous-marin nucléaire sur ce site nécessitera l’obtention de licences radiologiques, la mise en place de périmètres de sécurité stricts et la formation de personnels spécialisés dans le domaine nucléaire. Par ailleurs, les filiales américaines de Hanwha subissent actuellement les restrictions commerciales imposées par la Chine, ce qui pourrait ralentir la mise en œuvre du programme.

La décision relative aux sous-marins s’inscrit dans un ensemble de mesures combinant aspects économiques et sécuritaires. Lors du sommet de Gyeongju, Donald Trump et Lee Jae Myung ont présenté cet accord comme un renouveau des bases économiques et industrielles de leur alliance. Trump a souligné que ce projet contribuerait à revitaliser la construction navale américaine et a réitéré que l’investissement sud-coréen aurait un impact industriel tangible à Philadelphie et dans d’autres centres portuaires.

La présidence sud-coréenne a qualifié l’approbation de ces sous-marins à propulsion nucléaire de mesure coopérative destinée à renforcer la sécurité nationale et moderniser l’alliance, tout en précisant que Séoul vise uniquement à accéder au combustible de propulsion, sans intention de développer des armes nucléaires. Les deux parties ont convenu de poursuivre des consultations sur les aspects techniques, la coordination industrielle et la conformité réglementaire concernant la fourniture de combustible nucléaire.

À l’heure actuelle, la Marine sud-coréenne exploite environ 21 sous-marins à propulsion conventionnelle, répartis en trois programmes : neuf sous-marins de la classe Jang Bogo (KSS-I), neuf de la classe Son Won-il (KSS-II) et trois unités de la classe Dosan Ahn Chang-ho (KSS-III), d’un tonnage de 3000 tonnes et de conception nationale, certains déjà en service, d’autres en phase d’équipement.

Les sous-marins KSS-I, construits sous licence allemande entre 1993 et 2001, restent en service avec des améliorations, tandis que la classe KSS-II, intégrée entre 2007 et 2020, utilise une propulsion indépendante de l’air pour augmenter l’autonomie en immersion.

Le programme KSS-III, conçu et construit en Corée du Sud, prévoit neuf sous-marins répartis en trois lots : le Lot I de 3000 tonnes et le Lot II de 3600 tonnes équipés de 10 cellules VLS, actuellement en construction chez Hanwha Ocean. Les deux premiers sous-marins, le ROKS Dosan Ahn Chang-ho (SS-083) et le ROKS Ahn Mu (SS-085), ont été mis en service en 2021 et 2023 respectivement, le troisième étant en phase d’équipement.

Les unités du second lot seront dotées de batteries lithium-ion et seront mises à l’eau successivement entre 2025 et 2031. L’achèvement de tous les sous-marins KSS-III entre 2029 et 2031 permettra le retrait progressif ou la modernisation des sous-marins KSS-I, renforçant leur autonomie, leurs capacités de surveillance et de dissuasion dans la région.

Comparés aux sous-marins diesel-électriques, les sous-marins à propulsion nucléaire présentent plusieurs avantages opérationnels expliquant l’intérêt de Séoul pour cette technologie. Les réacteurs nucléaires autorisent des périodes d’immersion de plusieurs mois sans besoin de surface, réduisant ainsi fortement la vulnérabilité à la détection. Leurs systèmes de propulsion offrent des vitesses soutenues supérieures à 25 nœuds sous l’eau et permettent un déplacement rapide sur de longues distances sans ravitaillement.

Cette autonomie accrue alimente aussi des systèmes sonar avancés, des ensembles de capteurs et des équipements électroniques qui améliorent significativement la connaissance de la situation et la traque des cibles. Ces éléments rendent les sous-marins nucléaires particulièrement adaptés aux patrouilles prolongées en zone Pacifique et à la surveillance des mouvements navals stratégiques et tactiques des adversaires. Pour la Corée du Sud, ces capacités représentent un saut qualitatif majeur en termes de dissuasion sous-marine et de collecte de renseignement par rapport aux plateformes conventionnelles.

Récemment, la Corée du Nord a annoncé des avancées dans le développement d’une coque de sous-marin à propulsion nucléaire et testé des missiles de croisière lancés en mer, tandis que la Chine continue d’intensifier ses activités navales et l’extension artificielle d’îles dans les mers Jaune et de Chine orientale.

Selon des informations, le président Lee a expliqué à Donald Trump que les sous-marins diesel-électriques conventionnels disposent d’une autonomie limitée pour les longues patrouilles, faisant de la propulsion nucléaire une nécessité stratégique pour renforcer la surveillance autour de la péninsule coréenne. La prise de parole ultérieure de Trump a mis en avant le fait que ce projet constituait une mesure défensive en adéquation avec le contexte régional.

La Corée du Sud a réaffirmé que la demande concernait exclusivement la technologie de propulsion nucléaire, et non l’armement, insistant sur la nécessité d’une dissuasion renforcée face à l’évolution des menaces maritimes.

Jérôme Brahy