Les États-Unis considèrent l’Inde comme un « partenaire hautement stratégique » dans la sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales en intelligence artificielle et semi-conducteurs, a affirmé un haut responsable américain. Cette position intervient dans un contexte d’intensification de la coopération bilatérale en matière de sécurité économique.
Jacob Helberg, sous-secrétaire d’État américain aux affaires économiques, a tenu ces propos en réponse à l’absence de l’Inde lors du récent sommet Pax Silica à Washington. Il a annoncé son intention de participer au sommet India AI Impact à Delhi en février, qu’il considère comme une occasion de concrétiser des avancées tangibles dans la collaboration entre les États-Unis et l’Inde.
Ce briefing virtuel a suivi le sommet Pax Silica, durant lequel les économies technologiquement avancées se sont réunies pour aligner leurs stratégies concernant les infrastructures en intelligence artificielle et les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs. Interrogé sur la non-participation de l’Inde, Helberg a précisé que les discussions commerciales sont un « volet complètement séparé » des échanges sur la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Il a rejeté toute idée d’exclusion liée à des tensions diplomatiques, soulignant que les deux pays communiquent quotidiennement. L’Inde privilégie des canaux bilatéraux plutôt que le format multilatéral du sommet.
« Nous considérons l’Inde comme un partenaire potentiellement hautement stratégique pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement », a déclaré Helberg, insistant sur la volonté de Washington de renforcer rapidement leurs liens. Il a indiqué que le sommet de février devrait permettre des avancées significatives dans les accords bilatéraux sur la sécurité économique.
L’initiative Pax Silica, dévoilée lors du sommet de décembre, marque un tournant dans la politique économique américaine, visant à prioriser la sécurité nationale sur les dynamiques commerciales traditionnelles. Cette démarche repose sur quatre piliers fondamentaux : rééquilibrer les relations commerciales, stabiliser économiquement les zones de conflit, réindustrialiser les États-Unis, et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement face aux vulnérabilités.
Les semi-conducteurs et le silicium représentent « le sang vital » des technologies modernes, a souligné Helberg. L’initiative cible des investissements coordonnés dans les usines de production, les centres de données et le raffinage des minerais parmi les alliés. L’objectif est de réduire les risques dans des secteurs critiques, allant des batteries pour véhicules électriques à l’électronique de défense.
Le premier sommet a réuni le Japon, la Corée du Sud, Singapour, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, Israël, les Émirats arabes unis et l’Australie. Taïwan, l’Union européenne, le Canada et l’OCDE y ont également pris part, malgré la position diplomatique particulière de Taïwan. Ces États dominent l’écosystème mondial des semi-conducteurs, abritant des géants comme Samsung, TSMC, ASML et SK Hynix.
Le Japon occupe un rôle clé, avec l’origine du concept Pax Silica issue des dialogues bilatéraux entre Washington et Tokyo. Le rassemblement témoigne d’un effort concerté pour ancrer la résilience des chaînes d’approvisionnement. Les analystes estiment que l’Inde pourrait être intégrée aux prochaines phases, à l’image de son parcours avec le Minerals Security Partnership (MSP).
Lancé en 2022 sans l’Inde, le MSP a vu New Delhi rejoindre le groupe en juin 2023, aux côtés du Japon, de l’Australie et de l’Union européenne. Ce partenariat cible les minerais critiques comme le lithium, le cobalt et les terres rares, afin de contrer la domination chinoise dans le traitement de ces ressources, qui représente 60 à 70 % de la capacité mondiale.
Pax Silica applique cette même logique aux chaînes d’approvisionnement technologiques, visant à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine. Le projet considère les fragilités des chaînes comme des enjeux existentiels de sécurité nationale, au-delà de simples questions commerciales. Ce recentrage américain s’inscrit dans un contexte plus large de réalignements géopolitiques.
Pour l’Inde, cette dynamique présente une portée stratégique majeure, compte tenu de son rôle croissant dans les secteurs des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle. Des initiatives telles que la India Semiconductor Mission et les liens renforcés avec les firmes américaines placent New Delhi en bonne position. La visite de Helberg à Delhi pourrait accélérer la mise en œuvre de projets communs dans les domaines de la fabrication de puces et de l’infrastructure IA.
Cette coopération bilatérale s’appuie sur des succès antérieurs, notamment les accords iCET et les pactes en technologie de défense. Toutefois, des obstacles subsistent, notamment l’harmonisation réglementaire et le développement des investissements. Le sommet de février offrira une tribune pour aborder ces points, avec la perspective de signer des mémorandums sur des usines conjointes et des cadres éthiques pour l’intelligence artificielle.
Les observateurs anticipent une extension de Pax Silica incluant l’Inde, renforçant ainsi la résilience collective. Ce partenariat pourrait redéfinir la dynamique de la sécurité économique indo-américaine, favorisant une indigenisation accrue tout en limitant les influences adverses. L’engagement de Helberg illustre l’attachement de Washington à New Delhi en tant qu’allié incontournable à l’ère du silicium.