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Les États-Unis envisagent de réduire les ventes de missiles guidés et d’armes de précision à leurs alliés européens afin de renforcer leurs propres stocks. Cette décision expliquerait notamment le choix récent du Danemark d’opter pour le système de défense aérienne franco-italien SAMP/T équipé de missiles Aster, au lieu du système américain Patriot. Des spéculations avaient évoqué l’influence des revendications de l’administration Trump sur le Groenland, territoire danois, mais cette hypothèse n’a pas été confirmée.

Le ministère américain de la Défense manifeste désormais peu d’intérêt pour la livraison à ses alliés de systèmes d’armes critiques tels que le Patriot. C’est ce qu’a indiqué début août Eldridge Colby, sous-secrétaire adjoint à la Défense, lors d’un échange téléphonique avec le département d’État américain. Le Pentagone souhaite à l’avenir s’opposer à ce type de livraisons, en raison d’un déficit important dans ses propres capacités. Les forces américaines ne disposent actuellement que d’environ 25 % des missiles Patriot nécessaires à leurs plans opérationnels.

Un recentrage américain sur la menace chinoise

Eldridge Colby fait partie des partisans d’une approche focalisée sur la Chine, perçue comme la seule puissance rivale à peu près équivalente aux États-Unis. Par ailleurs, selon un rapport du Washington Post, l’administration Trump a récemment bloqué une vente d’armes à Taiwan, évaluée à 400 millions de dollars (environ 340 millions d’euros), une décision motivée par le souhait d’éviter de froisser le président chinois Xi Jinping avant un sommet bilatéral prévu à l’automne sur les questions tarifaires et commerciales.

Selon The Atlantic, cette nouvelle orientation politique ne remet pas en cause le programme d’armement de l’Ukraine, financé par des alliés européens. L’administration Trump avait précédemment interrompu l’aide militaire à l’Ukraine, notamment en suspendant temporairement au printemps la fourniture de systèmes clés comme la roquette d’artillerie de précision ATACMS, suscitant ainsi des interrogations au sein de l’OTAN sur la fiabilité des États-Unis en tant qu’allié.

La production du Patriot s’étend à l’Allemagne

Bien que l’Ukraine utilise divers systèmes anti-aériens, dont une batterie SAMP/T et envisage d’en acquérir une seconde, la défense contre les missiles balistiques russes repose largement sur le système Patriot. Les besoins ukrainiens ont probablement contribué à réduire les stocks américains. Conçu initialement sans envisager une guerre d’usure prolongée, le programme Patriot voit sa production accélérée : Lockheed Martin a produit plus de 500 missiles PAC-3 MSE en 2024, soit 30 % de plus que l’année précédente, avec l’objectif de porter cette production à 650 unités annuelles d’ici 2027.

Parallèlement, la production du missile PAC-2 GEM-T, une autre variante de défense aérienne Patriot, devrait passer de 20 à 35 unités par mois. Plus de 1 500 missiles sont déjà commandés, dont 1 000 dans le cadre d’une commande groupée de quatre pays de l’OTAN menée par l’Allemagne, dans le cadre de l’initiative European Sky Shield, visant aussi à répondre aux besoins ukrainiens. Une nouvelle ligne de production partiellement européenne doit être mise en place d’ici 2028 à Schrobenhausen, en Bavière, sous la direction de MBDA.

Outre le missile Patriot PAC-2 GEM-T, la roquette d’artillerie de précision ATACMS pourrait être bientôt fabriquée en Allemagne.
Outre le missile Patriot PAC-2 GEM-T, la roquette d’artillerie de précision ATACMS pourrait être bientôt fabriquée en Allemagne. (Photo : U.S. Army)

De potentielles tensions dans les relations transatlantiques

Jusqu’ici, la production extérieure au sol américain du système Patriot était limitée au Japon, avec environ 60 missiles par an. Depuis le début du conflit en Ukraine, Tokyo a modifié ses règles d’exportation afin d’aider à reconstituer les stocks américains. Par ailleurs, la production de roquettes ATACMS et de missiles anti-chars Hellfire devrait prochainement être lancée conjointement par Rheinmetall et Lockheed Martin sur le site allemand d’Unterlüß. Selon l’importance des composants américains requis et des systèmes concernés, les conséquences de cette nouvelle politique américaine sur les utilisateurs européens seront probablement limitées et temporaires.

Cependant, malgré la compréhension des besoins américains, cette évolution risque d’amplifier les frictions transatlantiques, s’inscrivant dans une série de revirements brutaux et de positions contradictoires de l’administration Trump. Rappelons que celle-ci avait également appelé les Européens à investir davantage dans leur propre sécurité, en s’équipant notamment de systèmes d’armes américains, notamment lors des négociations tarifaires avec l’Union européenne.

Stefan Axel Boes